AU FIL DES HOMELIES

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LA DÉPOSSESSION

Ac 8, 26-39 ; Jn 20, 11-18

Jeudi de Pâques – C

(10 mars 1980)

Homélie du Frère Michel MORIN

A

 

ujourd'hui encore, l'expérience de notre foi sera toujours proche, si proche qu'elle sera d'autant plus à l'expérience qu'a faite cette femme, Marie de Magdala, au matin de Pâques, au bord du tombeau. C'est l'expérience de la dépossession. L'expérience de la dépossession pour mieux posséder ce que l'on va laisser.

A deux reprises, Marie de Magdala dit ces quelques mots : "Si tu sais où Il est, dis-le moi et j'irai le prendre." Cela ce n'est pas la foi, car c'est une attitude encore beaucoup trop attachée à conserver, à garder, à tenir, à comprendre. Ce n'est pas la foi parce que, pourtant le Christ est ressuscité, pourtant le tombeau est vide, mais ce que n'a pas encore compris Madeleine, c'est que, si le tombeau est vide du corps du Christ, du corps humain, du corps visible, il est rempli de son corps glorieux. Le tombeau vide, ce n'est pas une absence, c'est une présence, mais une présence tout autre que ce à quoi l'on s'attend. Et c'est cela qui a blessé le cœur de Marie-Madeleine. C'est qu'il y a eu, dans sa conception de la mort du Christ, quelque chose de trop physique, de trop matériel. Elle pensait garder la véritable présence de son Maître, de son Seigneur, en sachant où reposait son corps et en allant près de ce tombeau pour y rester.

C'est l'expérience de la dépossession qu'elle va faire, cette dépossession qui va passer à travers son incompréhension, à travers son refus de la Résurrection du Seigneur, en premier lieu. L'expérience de sa foi au Christ ressuscité va passer par une obscurité, par une difficulté, par la blessure de son cœur, de son incompréhension de cette résurrection. Or cette expérience de la dépossession est celle de l'amour. Nous ne possédons rien. Nous n'avons aucune certitude humaine. Nous n'avons aucune preuve scientifique. Nous n'avons qu'une seule chose : le témoignage de Marie-Madeleine, le témoignage des apôtres qui n'ont rien possédé de la Résurrection du Christ, mais qui ont cru, à partir du moment où ils se sont laissé posséder par le Christ ressuscité. C'est profondément, fondamentalement, et peut-être uniquement, l'expérience de la foi chrétienne. Ce n'est pas posséder le Royaume, c'est d'être possédé par lui.

Et déjà le Seigneur avait préparé les saintes femmes et les disciples à l'expérience du matin de Pâques lorsqu'Il avait dit un jour : "Si l'on vous dit que le Royaume de Dieu est là, n'y allez surtout pas ! Si l'on vous dit qu'il est ici, n'y courez pas, car le Royaume de Dieu est au milieu de vous". Il n'est plus à prendre, il faut se laisser prendre par lui. Et il faut se laisser prendre par lui, non pas quelque chose qui vient de l'extérieur et qui nous attraperait malgré nous, mais comme quelque chose qui monte de l'intérieur et qui va nous hisser, de la dépossession vers une autre possession, qui est celle du Royaume discrètement accompli en nous, dans notre cœur, dans notre vie de chaque jour.

Le Christ ressuscité ne se laisse pas toucher : "Ne me touche pas !" L'œuvre du Christ, aujourd'hui ne se laisse pas toucher. Il n'est guère facile de dire : c'est ceci ou c'est cela. En tout cas, si on vous le dit, n'y allez pas ! Le Royaume de Dieu, le Christ ressuscité remplit le monde comme Il remplissait le tombeau vide. On ne le voyait pas, mais Il était là. On ne le voit pas, mais Il est là et Il nous possède, Il est en nous. Et, petit à petit, nous possédant, nous transformant, Il va nous acheminer vers ce dépouillement total, vers cette dépossession ultime de notre mort, au moment où nous basculerons d'un monde où nous possédons dans un monde où nous serons possédés entièrement par ce Royaume de Dieu. Car dans la foi au Christ ressuscité, on ne peut que pour mieux vivre et l'on ne possède vraiment que ce que l'on a donné.

 

AMEN

 
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