AU FIL DES HOMELIES

Photos

ACCOMPLIR LES ÉCRITURES

Ac 3, 11-26 ; Lc 24, 35-48

Jeudi de la semaine pascale – C

(3 avril 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

e Seigneur donne ses dernières instructions à ses disciples en leur rappelant que sa mort et sa Résurrection sont l'accomplissement de la Loi et des prophètes. Et Il évoque Moïse, les prophè­tes et les psaumes, voulant manifester à l'ensemble de ses disciples l'intelligence de ces Écritures et l'intelli­gence des Écritures, c'est Lui-même. C'est Lui qui, en sa mort et sa Résurrection, donne sens à l'ensemble des Écritures, les Écritures n'étant pas seulement du papier écrit, mais étant les événements de l'histoire de Dieu quand Il s'est lié avec l'humanité pécheresse.

Et il est étonnant que saint Luc, qui n'est pas juif, qui ne s'adresse pas à des juifs évoque dans son évangile post-pascal cette présence des Écritures alors que dans tout le récit de son évangile avant la Pâque il fait peu de référence aux Écritures, parce qu'il s'adresse à des païens qui ne connaissent pas l'Ecri­ture, alors que l'évangile de Matthieu est truffé de citations de l'Ancien Testament, parce qu'il s'adresse, lui, à des juifs. Et même lorsque saint Luc rapporte le premier discours de Pierre au peuple, il a bien soin de noter toutes les références que Pierre fait aux Écritu­res, puisqu'il est question du Dieu d'Abraham, du Dieu d'Isaac, du Dieu de Jacob, il est question des prophètes, de Samuel, il est question de Moïse. Ainsi saint Luc a le souci de bien nous manifester que la Résurrection du Christ, si c'est un fait personnel histo­rique du Christ ressuscité dans sa chair, n'en est pas moins un événement qui recouvre toute l'histoire, pas simplement à venir, mais passée.

Et Jésus dira à ses disciples : "De cela vous êtes témoins." Non seulement du fait que je sois res­suscité, mais que dans ma mort et ma résurrection j'accomplis toutes les Écritures, depuis Abraham, en passant par les patriarches, Moïse, Samuel, les pro­phètes et les psaumes. Il y a donc, dans l'enseigne­ment apostolique, un souci évident de nous faire saisir que la Pâque du Christ n'est pas seulement le passage du Fils de Dieu dans la chair humaine quelques an­nées durant, mais que c'est le sceau du passage de Dieu depuis le début de l'histoire du salut. Depuis Abraham, jusqu'au dernier homme vivant sur la terre, la Pâque de Dieu s'accomplit, c'est-à-dire Dieu est en train de faire passer la puissance de la Résurrection du Christ dans le péché et la mort de l'homme, pour que ressuscitant là même où l'homme se perd, s'accom­plisse l'Alliance Nouvelle et l'Alliance éternelle.

Ceci veut dire que l'Église, dans ce dépôt de la Foi qui lui a été donné par Dieu dans les Écritures et dont le sceau est la Résurrection du Christ, l'Église contient, l'Église garde, l'Église enseigne pas simple­ment que le Christ est ressuscité, mais que toute l'histoire du monde (et spécialement son histoire de péché, de misère et de mort) est touchée, est trans­formée, est transfigurée par cette Résurrection. La Pâque du Christ manifeste, de façon totale et de façon définitive, la Pâque même de Dieu qui, depuis Abra­ham, passait dans les événements des hommes, s'as­seyait à la table des hommes, se battait dans les ar­mées des hommes, punissait les fautes des hommes, et ainsi de suite.

La Résurrection du Christ est donc cet évé­nement qui fonde la compréhension de la totalité des Écritures, c'est-à-dire de la totalité du sens de l'his­toire, puisque Dieu, depuis Abraham, a voulu redon­ner à l'histoire humaine le premier sens qu'Il lui avait prêté, la perspective du pardon, la perspective de l'amour, la perspective de l'Alliance et de l'affection, de la communion entre Dieu et l'humanité.

Nous portons en nous-mêmes, comme un mi­crocosme, la totalité de l'histoire. Il y a en nous Adam et Ève, il y a en nous Caïn et Abel, il y a en nous Abraham, il y a en nous les patriarches, il y a en nous Moïse, il y a en nous David et son péché et sa louange, il y a en nous les prophètes et leur exigence de purification du peuple, et il y a en nous tout le peuple avec ses infidélités et ses péchés, et il y a en nous le Christ. Et cette présence du Christ Ressuscité dans les sacrements que nous recevons est en train de faire en sorte que notre histoire qui est toujours un peu vétéro-testamentaire, qui est toujours mélangée de l'ancienne alliance de notre péché, devienne l'his­toire du Christ Ressuscité Lui-même, devienne l'his­toire de la Nouvelle Alliance de l'humanité nouvelle de l'homme nouveau. Ainsi cette présence du Christ Ressuscité évangélise en nous tout ce qui est encore de l'Ancien Testament, de l'homme pécheur, de l'homme à la recherche de Dieu, de l'homme infidèle et d'un Dieu qui vient l'aimer.

Et c'est cela, je crois, qui est la caractéristique même, la spécificité chrétienne. Il y a beaucoup d'au­tres hommes que nous qui en sont encore à l'étape vétéro-testamentaire, qui cherchent Dieu plus ou moins bien, qui ont de Dieu une vision un petit peu puissante, triomphale, militaire ou de juge. Nous avons dans notre cœur et dans notre vie la présence de Dieu comme Dieu mort et Dieu ressuscité, Dieu pro­che, Dieu qui pardonne et Dieu qui appelle à la vie. Et au milieu d'un monde beaucoup plus vétéro-testa­mentaire, voire tout à fait païen, nous avons à être témoins de cela. "De cela vous êtes témoins."

Que la présence du Christ Ressuscité nous évangélise jusqu'au plus profond de nous-mêmes afin que nous puissions, lentement, difficilement émerger et naître personnellement et communautairement, avec l'humanité tout entière, à cette vie nouvelle de la Résurrection du Christ. C'est cela qui a été la conver­sion pascale des apôtres. Il a fallu qu'ils intègrent la totalité des Écritures, mais renouvelés, transformés, transfigurés, totalement évangélisés par la présence du Christ, Fils de l'Homme, Fils de Dieu et Ressus­cité.

Que cette eucharistie approfondisse en nous cette présence du Christ qui vient tout renouveler et qui veut sans cesse nous faire passer de l'alliance de la création, de l'alliance d'Abraham, de l'alliance de Noé, de toutes ces alliances de l'Ancien Testament à son Alliance Nouvelle et éternelle, dans son corps livre, dans son sang versé pour la rémission des péchés.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public