AU FIL DES HOMELIES

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DE CELA VOUS ÊTES TÉMOINS

Ac 3, 11-26 ; Lc 24, 35-48

Jeudi de Pâques – A

(23 avril 1987)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

D

e cela vous êtes témoins !" dit Jésus à ses apôtres. Et de quoi donc ? "Que le Christ souffrirait, ressusciterait d'entre les morts, et qu'en son Nom, le repentir pour la rémission des péchés serait donné à toutes les nations.'' Et quelques jours après, l'apôtre Pierre, dans son discours au peu­ple à Jérusalem, après la guérison de l'impotent qui se trouvait à la porte du Temple, reprendra dans les mê­mes termes l'instruction de Jésus."De cela nous som­mes témoins !" Et de quoi donc ? Pierre le dit juste avant : "Celui dont les prophètes ont annoncé qu'Il souffrirait, Il est ressuscité des morts. Convertissez-vous, repentez-vous, pour que vos péchés soient effa­cés !"

Nous ne sommes plus dans le temps du ca­rême, et pourtant, encore aujourd'hui, il nous faut nous convertir. Nous sommes appelés à demander à Dieu le pardon de nos péchés. Sans cela, il n'y a pas de salut véritable. Et si le temps de Pâques est un temps de réjouissance, c'est parce qu'il est en même temps un temps de délivrance de notre péché, et de manifestation de cette rémission donnée par la Pâque du Christ au monde entier. C'est cela que nous avons à vivre personnellement, c'est cela qu'ensemble, en Église, parce que nous sommes l'Église des apôtres, nous avons à annoncer au monde. L'Église d'aujour­d'hui n'a rien d'autre à dire aux hommes de ce temps, c'est-à-dire à ceux qui nous entourent immédiatement, que ce que le Christ Lui-même a dit aux apôtres, et que les apôtres ont transmis : "Vos péchés sont par­donnés parce que le Christ est ressuscité !" Tout autre combat est secondaire. Tout autre parole est dérisoire. Tout autre engagement ne correspond pas à la fidélité que le Christ demande à son Église.

Nous n'avons pas, comme dit saint Paul aux Ephésiens, "à combattre contre la chair et le sang". Je dirais en termes modernes, contre la perversité des mœurs ou la pornographie Notre premier combat, c'est d'annoncer le Christ vivant, c'est de dire que Dieu a sauvé les hommes, pour qu'ensuite, en entrant dans ce salut, ils se convertissent. saint Augustin di­sait : "Tant que l'homme ne connaît pas le Dieu uni­que, il ne peut pas faire le bien." Notre premier de­voir, notre première tâche, la seule parole que nous avons à recevoir pour nous et à transmettre aux autres, c'est de leur dire : "Le Christ est ressuscité !" "Le Christ vous sauve !" Lui-même pardonnera leurs pé­chés, convertira leur cœur, voire leurs mœurs.

La fête de Pâques nous oblige à retrouver, de façon exacte, j'allais dire de façon étroite, la mission de l'Église dans le monde. Elle n'est pas donnée au monde pour arranger le monde avec des valeurs. Elle ne nous est pas donnée pour que nous puissions ar­ranger religieusement notre vie. Elle nous est donnée pour la rémission de nos péchés, pour la délivrance de notre mal, pour que nous puissions connaître la force, la puissance du Christ Ressuscité. Tout le reste peut être fait, mais ce n'est pas d'abord ce qui nous est de­mandé.

Evidemment, on peut parfois se demander : "Comment cela se fait-il ?" C'est la question que la vierge avait posée à l'ange. C'est la question que Ni­codème avait posée à Jésus. C'est donc une question que nous sommes en droit de nous poser. Je voudrais, bien que je n'aime pas cela, vous parler d'une expé­rience que je suis en train de vivre et qui pour moi est peut-être la plus belle liturgie de Pâques. Depuis quelques semaines, j'accompagne à la mort, extrême­ment proche, une personne d'âge moyen qui n'a pas vécu apparemment de façon chrétienne, selon nos critères officiels. Elle meurt d'une maladie grave, dans de très grandes souffrances, mais je crois que sa souf­france la plus grande n'est pas celle de son corps mais c'est celle de son cœur, c'est celle de son âme, et c'est celle de l'angoisse de ne pas connaître Dieu. Et la souffrance de son époux, c'est moins de constater celle de son épouse que de dire : "tout se détruit, tout disparaît, des quarante ans que nous avons vécus ensemble, rien ne reste."

Le péché, le mal qui entrave les hommes, c'est beaucoup moins les actions de péché qu'ils font que ce mal fondamental de l'absence de Dieu, qui les entraîne inexorablement vers la destruction, et pas simplement morale. Quand je disais à l'une de ces personnes : "Vous êtes au bord du gouffre " elle m'a dit : "Non, je suis au fond." Et je crois que le minis­tère de l'Église, que ce soit le mien en tant que prêtre ou celui de tout baptisé dans une même situation, peu importent les individualités, l'essentiel c'est que l'Église soit présente là. L'essentiel c'est que la parole de Dieu rejoigne, non pas pour expliquer, non pas pour parler de valeurs ou de je ne sais quoi de théori­que, ces gens-là.

Quand cette malade m'a dit, au bout de la énième rencontre, (avant je n'avais jamais parlé de Dieu) : "Que faut-il faire pour mourir en paix ?" je lui ai simplement répondu : "Répétez après moi cette parole : "Seigneur, souviens-toi de moi dans ton Royaume !" Elle a répété cette parole, puis elle m'a dit : "Je voudrais me réconcilier avec Dieu !" Je lui ai simplement répondu : "Confessez vos péchés !"

Frères et sœurs, lorsque Jésus nous demande, à nous son Église, d'annoncer le "salut pour la rémis­sion des péchés", c'est cela qu'il faut faire. Que nous soyons prêtres, baptisés, laïcs, quelles que soient nos situations, quelles que soient nos connaissances théologiques, peu importe, ce que nous savons, c'est ce que nous avons célébré, que le Christ nous sauve de nos péchés, c'est-à-dire essentiellement de notre angoisse radicale par rapport à tout ce qui, à un mo­ment ou l'autre de notre vie, nous détruit et détruit tout ce que nous avons construit. Hors de cela, je crois profondément que nous ne sommes plus fidèles à ce que nous avons célébré en la fête de Pâques : le Christ mort et ressuscité pour que le salut soit annoncé à tous les hommes pour le pardon de leurs péchés, et pour qu'ils puissent, comme nous venons de le chanter, "marcher sur la terre des vivants", c'est-à-dire entrer, par le mystère de leur propre mort, configurée à celle du Christ, dans le Royaume de Dieu. Car c'est pour cela que nous sommes sur la terre, c'est pour cela que le Christ nous a institués en Église. Et lorsque le Pape Jean-Paul Il reprend toujours ce refrain lancinant, que "l'Église doit prendre la route des hommes", cela ne veut pas dire qu'elle doit devenir humaine, cela veut dire qu'elle doit prendre chaque homme par la main, pour le conduire vers le Royaume.

Alors lire tous ces évangiles de Pâques c'est une joie pour nous, mais cette joie doit devenir signe du salut, doit devenir espérance, et doit devenir mar­che de nos frères vers la terre des vivants. Car nous sommes appelés à y marcher et à y entrer ensemble, la main dans la main. Et nous qui tenons la main du Ressuscité, nous avons à tenir la main de nos frères qui ne l'ont pas encore rencontré, pour qu'un jour, au moment même de leur mort, ils puissent tendre leur main à celle que Lui-même leur tendra.

 

 

AMEN

 

 
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