AU FIL DES HOMELIES

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SE LAISSER DÉRANGER PAR LA RÉSURRECTION

Ac 3, 11-26 ; Lc 24, 35-48

Jeudi de Pâques – A

(11 avril 1996)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

e récit de l'apparition du Christ ressuscité à ses disciples tel que nous venons de l'entendre et de le proclamer présente un aspect particu­lier que j'aimerais relever avec vous. Il s'agit du fait que le Christ est obligé de s'y reprendre à deux fois pour faire comprendre aux disciples qu'Il est bien le Christ et qu'Il est bien le Christ ressuscité. Les Apô­tres doutent, mais Il leur dit : "Touchez-moi. C'est bien moi. Voici mes plaies, ma chair, mon corps res­suscité. Or un esprit n'a ni chair ni os." Les disciples sont certes dans la joie, mais ils continuent à douter. Jésus leur dit alors : "Avez-vous quelque chose à manger ?" Il mange un morceau de poisson grillé et ensuite Il leur ouvre l'intelligence des Écritures. "Ce qu'il y avait dans les Psaumes, dans les Prophètes et Moïse, les paroles que je vous avais dites à propos de ma Résurrection, elles se sont accomplies : c'est bien moi." Ensuite Il les envoie.

Je crois que les apôtres sont tombés dans une attitude assez commune à ce que nous vivons. Je pose une question assez farfelue en apparence : cela n'ar­rangeait-il pas les apôtres que le Christ soit mort ? Cela n'arrangeait-il pas les disciples de le voir mort et enterré, de telle sorte qu'après on n'en parle plus ? On a eu beau Le suivre pendant trois ans, Il était quand même dérangeant, ce Jésus. Même les personnes très chères, on finit par se dire qu'elles sont mortes, elles sont bien mortes, mais la vie continue. On s'installe dans une habitude, un ronron, un train-train pas si mal que cela. Je dirais même que quand on a beaucoup de peine et qu'on ne se remet pas de la mort de quel­qu'un, savoir que sa souffrance et sa peine sont termi­nées, c'est consolant. L'homme est réellement fragile. Il a toujours tendance à tout ramener à lui, y compris ce qui lui fait mal, parce que quand on détient quelque chose qui nous fait mal, c'est à nous et l'on espère qu'il n'arrivera rien de pire ou de plus grand.

Seulement voilà ! Le Christ est dérangeant ! Il est dérangeant jusqu'au bout ! Il est ressuscité. Il dé­passe donc toutes les conventions et tous les confor­mismes dont les Apôtres, et nous avec eux, ont l'ha­bitude.

Avec les Apôtres, nous devons donc toujours aller plus loin, plus loin que ce que nous avons prévu, que nos a-priori, que nos simples habitudes humaines. Nous sommes provoqués à la foi. C'est cela l'origina­lité du chrétien. Si le chrétien doit être la lumière du monde et le sel de la terre, où est son originalité s'il continue à agir comme si la foi ne lui sert que de pommade spirituelle sur sa vie ? Le Christ n'est pas là pour nous consoler ou nous réconforter, mais pour nous dire d'aller plus loin : "Je vous montre la vérité. Passez par la vérité. Touchez-moi. Passez par mon corps. Écoutez les Ecritures, mais n'en restez pas là. Allez plus loin et vous serez mes témoins." C'est à ce prix-là. Nous avons l'habitude encore de suivre le Christ en nous disant qu'Il est mort et ressuscité, mais c'est comme si cela n'avait rien changé à notre vie. Nous continuons à participer à l'eucharistie comme si elle était un acte purement religieux, non qu'elle ne le soit pas, mais comme si la religion n'était qu'un élé­ment statique et immuable qui finit par établir des bases bien solides, bien concrètes et assez consolantes pour ce que nous vivons.

Mais l'eucharistie est une fracture dans notre vie. Ce n'est pas du pain. C'est le corps du Christ ! L'eucharistie, c'est aussi la Parole que l'on célèbre et que l'on écoute. La voix des prophètes, de Moïse et des Psaumes, c'est aujourd'hui qu'on les a écoutés ! Touchez-les ! Ecoutez-le ! Et vous serez provoqués. Vous serez amenés à la foi. Vous serez mes témoins à Jérusalem, c'est-à-dire ici à Aix-en-Provence et dans les nations.

Alors, frères et sœurs, je crois que nous ne pouvons pas nous endormir. Nous sommes obligés honnêtement d'aller au-delà du doute. Nous sommes dans la joie de la Résurrection. Les disciples y étaient aussi, mais ils doutaient encore. Il faut aller plus loin, nous laisser toucher par la Parole de Dieu, par le corps du Christ présent ici. C'est fondamental pour le chrétien et c'est ce que le monde attend de nous. On peut se demander parfois si célébrer l'eucharistie sert à quelque chose, si cela change quelque chose. Ecou­ter la prédication de tel ou tel frère qui prêche plus ou moins bien cela ne sert à rien. Cela effectivement ne sert à rien si cela ne nous amène pas à changer nous-mêmes notre vie. Parce que le jour où nous paraîtrons devant Dieu, Jésus nous dira à tous et à chacun : "Re­gardez, touchez mon corps, touchez mes plaies. C'est bien moi. Ne doutez plus." Et Il dira encore : "Les paroles que je vous avais dites quand vous assistiez tous les jours à la messe, c'est cela qui s'est accom­pli." Alors, soyez en paix.

 

 

AMEN

 

 
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