AU FIL DES HOMELIES

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DIEU S'EXPLIQUE À LA CROIX

Ac 3, 11-26 ; Lc 24, 35-48

Jeudi de Pâques – C

(19 avril 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

A

ujourd'hui, on veut avoir accès à tout, rien ne doit rester inaccessible, rien ne doit rester voilé, telle minute d'un procès que l'on trouve sur Internet, même l'Église n'échappe pas à cette quête passionnée de tout savoir sur tout : on voudrait connaître les coulisses du Vatican, on vou­drait connaître les secrets des couvents, on voudrait connaître ce que les évêques se disent à Lourdes quand ils se retrouvent. Tout aujourd'hui peut être filtré, comme saisi, mais il y a Dieu qui reste inacces­sible, incompréhensible. Dieu ne se laisse pas enfer­mer dans la sécheresse d'une définition. Dieu ? Les mots ne peuvent pas comme l'enfermer comme dans une prison, on ne peut pas avoir un accès direct et immédiat à Dieu. C'est comme le Mal, et si la perma­nence du mal et de la mort, de notre devenir au-delà de la mort, même si cela n'a jamais été voulu par Dieu, ce serait impossible de dire cela, mais si cette permanence du Mal, cette incompréhension aussi qu'on avait vis-à-vis du mal, n'était pas non plus pour nous dire cette incompréhension encore plus grande qui est celle que l'on a vis-à-vis de Dieu. Dieu l'in­compréhensible. Et Dieu va venir s'expliquer. A Noël, Il s'explique en s'incarnant, Lui qui était caché dans le sein du Père, qui était caché dans les plis de son manteau de lumière, Dieu se déplie, Dieu explique qui Il est, Il va expliquer qui Il est à travers des mots, des gestes. Il va s'expliquer avec l'homme, Il s'explique à travers un combat pour dire vraiment qui Il est, qui est cet incompréhensible. Et Il va devoir aussi s'expliquer avec le Mal et la mort. Et là, les mots ne vont plus suffire. Il faudra que cette grande explication défini­tive ait lieu à la Croix. La Croix dit Claudel, comme l'explication d'un Dieu qui à jamais enraciné dans son hypostase se tient debout au milieu d'un monde en voie de consommation. La Croix pour l'explication d'un Dieu qui de tient debout. Le Christ sur la Croix est debout pour une ultime explication, et autour de Lui, tout s'effondre. Autour de lui cette machine qui l'avait conduit jusque-là, cette machine part en voie de consommation, elle semble devenir folle, le soleil se cache.

Et ce qui me frappe dans tous ces évangiles, que nous entendons ces jours-ci, c'et que l'explication continue. Cette grande explication de la croix a besoin d'être poursuivie, continuée. Hier c'était Emmaüs, le Christ explique dans l'Écriture ce qui le concerne, dimanche, ce sera Thomas, le Christ qui montre à Thomas ses plaies, le Corps du Christ qui est comme un livre dans lequel est expliqué le sens de la croix. Cet évangile d'aujourd'hui encore, avec le Christ qui montre ses plaies, et puis ses gestes, le geste de la fraction, ses gestes et ses paroles qui expliquent, et cette grande explication aussi avec Pierre : "Pierre, m'aimes-tu ?" Cette explication de la croix, et cela souligne encore le rapprochement entre la croix et la Résurrection, cette explication de la croix se poursuit dans le temps de la Résurrection, à travers le mystère de l'Église qui reprend les paroles et les gestes de Jésus. La permanence de la croix demeure, les mar­tyrs continuent à verser leur sang, cette explication de la croix demeure dans une permanence qui nous per­met de la toucher encore. Et puis, il y a le don de l'Es­prit : "Lui vous rappellera tout ce que je vous ai dit, Lui vous expliquera tout, y compris l'explication qui a eu lieu à la croix".

Profitons de ce temps pascal, de cette octave particulièrement pour demander à Dieu qu'Il nous explique profondément le sens de tout cela, qu'Il nous explique et nous fasse vivre de cet amour qu'il nous partage.

 

AMEN

 

 

 
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