AU FIL DES HOMELIES

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LES REPAS APRÈS LA RÉSURRECTION

Ac 3, 11-26 ; Lc 24, 35-48

Jeudi de la première semaine de Pâques – A

(4 avril 2002)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, je ne sais pas si vous avez été frappés comme moi par le caractère eucharis­tique de plusieurs des apparitions du Christ ressuscité.

Hier, nous lisions le passage qui précède im­médiatement celui que nous venons d'entendre, le passage bien connu de l'apparition de Jésus aux deux disciples d'Emmaüs, et si vous avez prêté attention, sur le chemin, Jésus parle avec ces deux disciples qui ne l'ont pas encore reconnu, de la manière dont les Écritures, Moïse, les Prophètes, avaient parlé de Lui. "Commençant par Moïse, et parcourant toutes les Écritures, Il les interpréta en ce qui le concernait". Nous avons là comme une sorte de liturgie de la Pa­role, accomplie par Jésus pour ces deux disciples, ouvrant ainsi leur cœur à la compréhension de ce qui dans les écrits de Moïse, les prophètes et dans tout l'Ancien Testament, avait annoncé comment il devait souffrir pour "entrer dans la Gloire", selon les paroles mêmes de Jésus. Et puis, ayant accompli cette liturgie de la Parole sur le chemin, voici qu'Il s'arrête au vil­lage et tandis qu'il était à table, Il prend le pain, Il rend grâces, Il le rompt, et le leur donne. C'est le geste même de l'eucharistie, et c'est à ce geste qu'ils appel­lent comme l'Église primitive, l'appelait, à la fraction du pain, qu'ils reconnaissent Jésus.

Aujourd'hui, nous avons quelque chose d'analogue, dans l'apparition aux disciples, aux apô­tres rassemblés à Jérusalem, que viennent de rejoindre les disciples d'Emmaüs qui leur ont raconté l'appari­tion dont ils ont été témoins. Les apôtres leur disent que Pierre, lui aussi a vu le Seigneur. Tandis qu'ils parlent encore Jésus est au milieu d'eux. Que va-t-Il faire pour manifester la vérité de sa Résurrection ? Il va leur demander le Lui donner à manger. Ils lui don­nent un morceau de poisson, et il le mange devant eux. Aussitôt après Jésus va reprendre son enseigne­ment à partir des Écritures : "Telles sont bien les paro­les que je vous disais quand j'étais encore avec vous, il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de Moi dans la Loi de Moïse, les prophètes et les Psaumes. Et Il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures, leur disant : Il était écrit que le Christ souffrirait, et ressusciterait des morts le troisième jour."

Ainsi, là encore, Jésus joint le geste du repas à celui de l'enseignement des Écritures, ouvrant le cœur des disciples à une compréhension plus pro­fonde, plus intense de ces Écritures, en tant qu'elles parlent de Lui C'est le grand principe que l'Église a reçu de Jésus Lui-même : les Écritures, c'est-à-dire toute la Bible, parlent de Jésus. Tous les événements, tous les personnages, touts les paroles de l'Ecriture se réfèrent au mystère du Christ qu'elles annoncent d'une manière voilée, et que la vie du Christ et plus particu­lièrement sa Pâque, dévoilent pleinement. Ainsi, l'An­cien Testament est comme une pédagogie de la vie du Christ, et la vie du Christ est la lumière éclatante qui révèle la signification de l'Ancien Testament. Cette lecture de l'Écriture, comme nous l'accomplissons tous les jours à la Messe va s'achever dans la commu­nion du repas partagé entre Dieu et les hommes.

Et demain, nous lirons le récit d'une nouvelle apparition de Jésus, tiré de l'évangile de saint Jean cette fois, au bord du lac. Là encore, Jésus a préparé un repas, Il a allumé un feu, y a mis à cuire des pois­sons, Il a partagé le pain, et lui-même passe entre les rangs de ses disciples qui n'en croient pas leurs yeux, et Il leur donne à manger.

La dimension eucharistique de ces repas ne fait pas de doute, et même si à côté du pain on nous parle poisson, ceci n'est pas un obstacle, à la dernière Cène, il y avait aussi à côté du pain, un agneau pascal. L'Eucharistie primitive a été prise au cours d'un repas normal dont les éléments de base, la coupe de vin, le pain partagé, ont été transfigurés par les paroles du Christ en sacrement de son corps et de son sang, à l'intérieur même de ce repas. Plus tard, l'eucharistie se séparera du repas, elle deviendra comme une sorte de repas à part, un repas sacré, tel que nous le célébrons aujourd'hui, mais la liaison profonde entre la table eucharistique et la table de la parole, est toujours comme on se plaît à le dire d'actualité dans notre cé­lébration de la Messe aujourd'hui encore. Aujourd'hui encore, c'est en ruminant, en mâchant la Parole de Dieu, en nous assimilant cette nourriture de vie, que nous préparons notre cœur à recevoir le don des dons, et la nourriture des nourritures, qui est le pain devenu son corps, et le vin devenu son sang. Il n'y a pas de solution de continuité entre ces deux parties de la célébration de la Messe. C'est d'un même mouvement que nous sommes remplis de la présence de Dieu dans sa Parole vivante, et dans ce pain et ce vin qui sont son corps et son sang et dont Jésus a dit : "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en Moi et je demeure en lui".

Ainsi, Jésus vient faire sa demeure en nous à la fois par sa Parole, et d'une façon plus merveilleuse encore, par ce pain et ce vin.

Frères et sœurs, chacun de nos eucharisties, c'est la Résurrection du Christ, c'est l'apparition du Christ ressuscité, c'est la Pâque du Christ qui est re­nouvelée. Cette semaine de Pâques ne cesse de dé­ployer ce mystère pour que nous puissions en vivre jour après jour tout au long de nos eucharisties, pour qu'à chaque repas, ce soit le Christ ressuscité que nous rencontrions, dans sa vie nouvelle, qui est notre propre vie, nouvelle elle aussi.

 

 

AMEN

 

 
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