AU FIL DES HOMELIES

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ALLER JUSQU'AU BOUT DE LA DÉMARCHE DE FOI

Jg 13, 1-7 ; Mt 15, 21-28

(24 avril 2003)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

E

ntre Dieu et nous, il y a toujours une sorte d'attente. Nous nous postons pour vérifier qu'Il vient bien vers nous, que nous sommes bien l'objet d'un amour privilégié, ce qui est vrai. Mais il y a une façon de tester Dieu qui l'empêche peut-être d'agir en nous.

L'exemple que nous avons dans l'évangile aujourd'hui est un exemple de quelqu'un qui va jusqu'au bout. La femme ne s'embarrasse pas de savoir si celui qu'elle rencontre (quelle idée en avait-elle, l'évangile ne nous le confie pas), elle ne s'embarrasse pas de cela, elle va jusqu'au bout de sa démarche de foi. Il y a une sorte d'embellissement, quelque chose fleurit en elle qui ne s'arrête pas d'abord au fait que Jésus ne lui répond pas, et ensuite qu'il lui explique qu'il n'est pas venu pour elle et elle franchit un certain nombre d'étapes, d'obstacles. On pourrait y entendre, en arrière, une sorte d'attitude qui devait agacer fondamentalement les apôtres, puisque avant même qu'elle soit près d'eux, elle commençait déjà à l'agacer, et cela, c'est le côté superficiel, en surface de l'évangile. Derrière cet agacement, cette insistance, ce désespoir, ce jusqu'au-boutisme, il y a un approfondissement de sa propre démarche.

Elle est un exemple pour nous alors qu'elle est l'étrangère par excellence, hors du cercle, du territoire, de celle qui puise en elle une force insoupçonnée, et déploie une confiance certaine en Dieu. Elle va jusqu'au bout de quelque chose qu'elle ignorait peut-être en elle et qui est certainement motivé par des choses moins belles ou moins hautes que son souci de mère évidemment, sa fille est malade, son désespoir n'a plus rien à perdre. Après tout, il n'y a pas à s'offusquer d'imaginer que notre foi doit être une sorte de pure démarche gratuite, désintéressée. Ce sont des rêves pleins d'un idéal qui nous empêchent d'avoir la foi. Dans la foi, comme dans une soupe, il y a un certain nombre d'ingrédients différents, pas toujours de haute volée, mais qui motivent, nourrissent et élancent l'humanité. Il y a quelque chose dans sa démarche qui rend belle l'humanité qui lui a été confiée.

Il y a un rapport entre la foi et la beauté de l'humanité, quelque chose de grand et de beau dans la démarche de la foi, mais cette belle démarche ne va pas sans un certain nombre de parasites dont le désespoir, "je n'ai plus rien à perdre", la résignation, l'agacement, l'entêtement, toutes choses qui peuvent effectivement ont l'air de nous rendre un peu médiocres. Ce sont ces petits morceaux, ces brindilles qui alimentent le grand feu de la foi.

Donc, n'imaginons pas que nous devons parler de Dieu que de colline à colline, que de montagne à montagne, comme nous sommes un peu en hauteur, purs, désintéressés. Notre humanité, la condition même de la foi en cette terre, Dieu acceptera qu'elle se mélange à un certain nombre de démarches. Ce qui nous manquait et ce qui ne lui manque pas, c'est d'aller au terme, au bout. Ce n'est pas qu'elle réussit à convaincre Dieu "de" ! C'est que cette belle humanité déployée devant Dieu, c'est cela que Dieu reçoit et accueille.

A la suite de cette cananéenne qui nous a bien ouvert la porte de la démarche de foi, allons au bout de notre propre foi et faisons à Dieu ce cadeau de notre cœur.

 

 

AMEN

 

 
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