AU FIL DES HOMELIES

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AVEC LA RÉSURRECTION, TOUT EST DIT !

Ac 3, 11-26 ; Lc 24, 35-48

Jeudi de la semaine de Pâques – C

(15 avril 2004)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

a couture avec le monde d'avant et le monde du Ressuscité n'est pas évidente. Ces diffé­rents chapitres de saint Luc vont décliner les sentiments qui vont saisir les apôtres. D'ailleurs, saint Luc rapporte ce "radotage" qui est la première inter­prétation de la Résurrection. Puis ensuite, c'est la crainte, même la stupeur et l'effroi, ensuite, l'étonne­ment. Ils sont saisis, ébahis. Il y a une concentration d'impossibilités de comprendre, de saisir, en un seul instant. C'est d'ailleurs ce qui peut nous rassurer nous-mêmes, le fait même de la Résurrection dans nos vies qui agit secrètement en chacun de nous, nous saisirait d'étonnement également. La manière dont Dieu nous ressuscite, bien à l'abri de nos esprits et de nos senti­ments, ce qui n'en est pas moins vrai, nous ferait peut-être peur à nous-mêmes. Si nous pouvions contempler dans toute sa force et sa pertinence, la manière dont le salut est vraiment à l'œuvre paradoxalement, secrète­ment, nous serions d'abord étonnés, ébahis ou dans l'effroi.

C'est pour cela que la couture qu'il y a, la fa­çon dont on va jouer de la continuité et de la disconti­nuité entre le monde des vivants et le monde inauguré par le Christ ressuscité, cette couture, Jésus va l'écrire doucement, point après point. Il faut d'abord rassurer les apôtres, le point de contact, la passerelle qu'il y a entre ces deux mondes, c'est qu'il l'avait déjà dit avant, on l'avait entendu comme on entend beaucoup de choses, sans en comprendre et en saisir l'effet, sans éprouver à l'intérieur quelle serait la conséquence d'une telle phrase. Et puis, ils l'éprouvent, ils en font l'expérience. Il n'est pas un fantôme, ce n'est pas une invention, un radotage, Il n'est pas un pur esprit, Il a sa chair, ses os, Il mange. Et en même temps, Il est cependant ailleurs. Il est le point inabsorbable par le monde ancien, Il est le point à partir duquel le monde va basculer. C'est le grain de sable dans la mort, l'en­grenage est rayé. C'est comme le tout premier élément d'un roman où l'on vous dit au fil des pages, ce détail, cet indice qui paraît ordinaire, qui s'inscrit, mais Lui, se désinscrit, et c'est le diamant qui va enrayer la ma­chine infernale irréversible de la maladie et de la mort et de la souffrance.

Autrement dit, cette Passion, cette Résurrec­tion, dont les derniers mots à penser et à dire au sujet de la mort, il n'y en a pas d'autres. Au fond, nous, dans les prédications, et tout ce qui va se passer près dans l'Église, nous nous inscrivons dans cette Parole totale et globale. Nous la dépassons pas, ce ne sont pas des choses supplémentaires qu'on va apprendre ou éprouver. On est toujours dans cette annonce de la Résurrection, on y est de l'intérieur, ne faisant en quelque sorte que décrire ce nouveau Royaume, et la description est toujours incomplète, insuffisante, ma­ladroite. Nous n'avons pas dépassé l'annonce de la Résurrection, elle est la phrase définitive et le point final que l'Église essaie de transmettre, maladroite­ment, heureusement, joyeusement et fière d'annoncer aux hommes que la mort est vaincue.

 

AMEN

 

 

 
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