AU FIL DES HOMELIES

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LES PLAIES DU CHRIST, C'EST SON IDENTITÉ

Ac 3, 11-26 ; Lc 24, 35-48

Jeudi de la première semaine après Pâques – A

(31 mars 2005)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous confessons dans le Credo : "Je crois en la résurrection de la chair". Pour comprendre cette affirmation qui pourrait nous faire croire que nous avons à adhérer à une sorte de concept, une affirmation intellectuelle, d'ailleurs difficile à manier puisqu'elle se heurte à de nombreux paradoxes. En quoi notre chair dont nous éprouvons qu'elle est toujours un lieu de difficulté et de soins nécessaires, et voire de déchéance et de mort, comment cette chair peut-elle être le lieu d'une résurrection, comme une sorte de passe-passe magique qui ferait que ce que nous voyons n'est qu'une apparence, et derrière, il y a un noyau dur que nous ne voyons pas, mais ce noyau dur résiste au temps. Ca, c'est la manière dont nous pouvons penser conceptuellement la résurrection.

Il faut revenir au début, ce qui se passe actuellement dans l'évangile, est le contact entre des hommes, des femmes, et une personne vivante, un ressuscité. Donc, avant d'être témoin de la résurrection, ils sont témoins d'un ressuscité. Vous avez entendu que ce n'est pas sans problème, il y a trois éléments que je pourrais dégager de cet évangile. Le premier, les disciples d'Emmaüs dont nous avons simplement entendu la fin de l'évangile ne l'ont reconnu qu'à la fin lorsqu'Il disparaît. Eux sont d'abord saisis d'étonnement et de frayeur. Ce qui les "rassure" entre ce mort qui revient de la mort et leur vie terrestre, comme le passeport de garantie : "C'est bien moi, voyez mes mains, voyez mes pieds". C'est-à-dire que les blessures mêmes qui ont causé la mort sont la garantie de l'identité du vivant qui est devant eux. Ce qui fait comprendre différemment : nous avons à faire une expérience de rencontre avec un type nouveau, définitif, révolutionnaire, de quelqu'un qui est vivant dans sa chair mais qui est passé par la mort, et cette expérience a été si déterminante pour les premiers apôtres, Marie-Madeleine et les autres, qu'après tout, nous leur faisons confiance, nous leur accordons notre foi. Cela s'est passé une fois, nous y croyons. C'est de cette manière qu'a été proclamée la Bonne Nouvelle, l'évangile. Nous avons d'abord à faire confiance à des gens parce que nous les considérons comme crédibles, et que nous, nous avons à faire confiance, en quelqu'un qui en cette terre, a vu le Christ revenu des morts.

Deuxième élément, c'est que le lien qu'il y a entre la vie d'avant et la vie d'après, qui passer par cette mort qui désormais n'est plus définitive, n'est plus une porte qui se ferme, ce que malheureusement nous vivons encore, car la résurrection n'est pas acquise encore pour tous, pour chacun de nous, mais la porte s'est entr'ouverte. Le passeport et le lien, l'étiquette de reconnaissance sont les blessures du Christ. Cela veut dire que quelque chose et de la vie d'avant, et de ce qui a causé la mort et de cette souffrance, qui nous apporte le Salut, reste écrit dans la chair du ressuscité. Quand nous pensons à la résurrection de la chair, nous pensons à une nouvelle page blanche sur une chair nouvelle, une sorte de dessin nouveau, l'idée que nous serons tous beaux, merveilleux, brillants, et que nous ressemblerons aux pages des magazines. Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je n'ai pas du tout envie finalement de devenir un autre, même si je me désespère d'être moi-même. Je peux être mieux, c'est certain, mais il y a une continuité d'identité entre ce que je suis aujourd'hui sur cette terre, que les autres connaissent de moi, et que je donne à connaître de moi, et ce que je serai. C'est cela qui est expliqué. Cette blessure, ce qui est arrivé proprement au Christ, ce n'est arrivé qu'à lui à ce moment-là, ces cinq blessures sont la marque de la continuité de l'identité de cet homme qui est passé par la mort et qui en est revenu. Ce qui veut dire que notre propre chair ressuscitée gardera les marques de notre vie terrestre, que cette chair ressuscitée plutôt que de s'arrondir en perfection lisse, gardera, et au contraire, embellira nos particularités, nos singularités, d'hommes de cette terre. Je ne sais pas à quel point nous ressemblerons ou non à l'homme et la femme que vous êtes, en tout cas, le Christ ressemble, mais, à la fois Il ressemble et Il ne ressemble pas, vous avez vu cette hésitation qui fait que les apôtres ont mis un certain temps à passer par-delà la frayeur. Il y a quelque de nouveau et d'ancien qui se mélange. L'ancien y est, comme un message inscrit sur le corps même du Christ, qui fait que c'est bien lui parce qu'Il est passé par ces événements de la mort sur la croix.

On ne peut pas aller beaucoup plus loin, après, le reste serait fantasmes. Le Père et le Fils ne nous ont pas frustrés d'en savoir davantage, mais pensent en toute sagesse, non pas nous empêcher de comprendre la résurrection, mais pensent qu'avec ces éléments-là, nous pouvons y adhérer librement et qu'il y a là une question de foi, c'est-à-dire de témoignage qui passe de bouche à oreille et qui se transmet jusqu'aujourd'hui pour que nous-mêmes nous continuions à transmettre ce premier message, cette bonne nouvelle. Ce n'est pas que Dieu ait voulu nous cacher la vie paradisiaque et la vie des ressuscités entre eux, la danse mystique et toutes les images qui peuvent continuer à nous aider à garder le goût du Paradis : un festin, une danse, et vous y ajoutez de votre propre crû. Chacun y fera un peu ce qu'il n'a pas pu faire sur terre, mais ce que Dieu a dit et dévoilé dans les évangiles de résurrection, sont l'aliment nécessaire pour notre condition de chrétiens et notre foi. C'est juste, mais ce n'est plus cela ! Au fond, il fallait en même temps que cette proclamation nous laisse libre, qu'elle ne nous démissionne pas de la vie terrestre que nous avons à mener, et c'est compliqué à manier, il ne fallait que nous puissions penser que c'est tellement après, donc méprisons la vie. Il y a une telle continuité que ce que nous faisons écrit déjà à l'avance ce que nous serons. C'était cela tout l'art de Dieu que d'inscrire dès maintenant dans la vie terrestre la promesse d'une nouvelle vie, d'une vie de ressuscité, car c'est bien moi et chacun de vous qui seront appelés nommément à être ressuscités auprès du Christ.

 

AMEN

 

 

 
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