AU FIL DES HOMELIES

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PREMIÈRE PRÉDICATION APOSTOLIQUE

Ac 3, 11-26 ; Lc 24, 35-48

Jeudi de la première semaine de Pâques – B

(12 avril 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Pierre (Le Bizot)

 

F

rères et sœurs, pendant cette semaine on va lire un certain nombre de morceaux choisis des Actes des apôtres qui évoquent un des aspects de la prédication de la résurrection. Ce sont en général des discours de Pierre puisqu'il s'agit de la première communauté et qu'il s'adresse au fur et à mesure des épisodes qui jalonnent la vie de la communauté, il s'adresse aux témoins, à la population juive de Jérusalem essentiellement, pour expliquer la raison d'être de la communauté, les débuts de l'Église et en même temps, ce qui s'est passé pour que la communauté soit constituée comme telle.

Nous avons lu ce discours de Pierre sans avoir lu le récit auparavant qui est la guérison d'un impotent que Pierre a guéri. Luc souligne que ce petit épisode à miracle provoque aussitôt de l'émoi et un attroupement dans le milieu du temple de Jérusalem. C'est déjà une chose que de voir comment l'annonce du salut ne commence pas nécessairement par l'annonce de l'évangile, mais cette annonce du salut peut commencer par des gestes ou des actes qui n'ont pas encore leur explication ou leur raison d'être. C'est ce qui se passe ici, c'est à cause du geste de guérison que Pierre va expliquer le sens et le pourquoi de cette guérison. Il va utiliser une sorte de pédagogie pour expliquer que celui qui s'est levé, et ce n'est pas tout à fait un hasard que ce soit la guérison d'un impotent, c'est-à-dire quelqu'un qui ne peut pas se tenir debout, celui qui a été relevé l'a été par Jésus-Christ lui-même relevé d'entre les morts. Il y a une sorte de jeu de miroir entre l'acte même du miracle qui relève l'impotent qui se met debout, et Pierre dit que s'il s'est relevé c'est parce que le Christ s'est lui-même relevé d'entre les morts. C'est une première chose.

La deuxième chose c'est que Pierre ayant expliqué que la puissance du miracle ne vient pas de lui mais du Christ ressuscité est obligé de dire que le miracle de la résurrection de Jésus ne concerne pas uniquement l'impotent, mais qu'il concerne tous ceux qui en sont les témoins directs ou indirects. Pierre va profiter de ce geste miraculeux qu'il a accompli presque malgré lui, pour éveiller par l'explication et la manifestation du sens de ce miracle, la foi au Ressuscité dans le cœur des témoins. Le texte que nous avons lu est intéressant, du moins à ce point de vue. Au début du texte, quand Pierre explique pourquoi Jésus est ressuscité, cela a une saveur d'antisémitisme assez marquée : vous l'avez crucifié, vous l'avez arrêté, vous êtes responsables de sa mort, vous l'avez renié devant Pilate alors que celui-ci était décidé à le relâcher. Le dossier est très lourd. On pourrait croire que Luc a des comptes à régler avec un certain nombre de membres de la communauté juive. Mais en fait, la prédication de Pierre souligne à la fois que les chefs des prêtres ont une responsabilité, mais aussitôt après, quand il a expliqué que le Christ était ressuscité et que la puissance du Christ ressuscité continuait à agir parmi eux, Pierre ne souligne pas la responsabilité des autorités juives comme à plaisir, pour noircir le trait, mais c'est pour mieux souligner ensuite dans la deuxième partie que vous êtes les fils des prophètes, de l'Alliance que Dieu a conclu, c'est pour vous d'abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et l'a envoyé vous bénir.

Ce problème assez fondamental repose sur le fait que dans la tête de beaucoup de chrétiens, ce qui a séparé les juifs des communautés chrétiennes, c'est la mort du Christ, comme si les nouvelles communautés chrétiennes pouvaient dire aux juifs : vous avez été responsables de la mort du Christ, nous n'avons pas la même responsabilité que vous. C'est ce qui a abouti à la théorie du déicide et à d'autres événements dont vous connaissez les conséquences surtout au XXème siècle. Si l'on regarde de près l'histoire de la communauté primitive de l'Église à Jérusalem, et même dans la prédication de saint Paul, jamais les premiers apôtres évangélistes n'ont renoncé à proposer d'abord aux juifs la prédication du salut. Ce qui fait la coupure entre le peuple juif et l'Église ce n'est pas la mort de Jésus, au contraire. Encore dans l'épître aux Éphésiens, des textes plus tardifs, disent que par sa mort, le Christ a abattu le mur qui les séparaient. La mort du Christ est considérée comme le lieu de jonction des juifs et des païens et non pas comme un lieu de séparation. C'est ensuite, lorsque l'Église issue du paganisme s'est aperçue que les communautés juives, surtout celles qui s'étaient répandues dans le bassin méditerranéen, ne répondaient plus à l'annonce de Jésus Messie, prophétisé par Moïse, que la rupture a eu lieu. La rupture n'a pas eu lieu sur le problème de la mort de Jésus. Pierre leur explique très bien qu'il est mort, certes, vous avez votre responsabilité dans sa mort, oui, mais c'est à vous en priorité qu'on annonce maintenant un moyen de salut et de résurrection. Ce qui a été le point de rupture est beaucoup plus tardif, il ne se situe pas dans les années trente, il vient après, lorsque les deux communautés ont pris leur propres positions, les ont durcies et cela a aboutit à la théologie des deux peuples. Mais ce n'était pas cela au départ.

Cela nous invite donc, surtout quand on relit les Actes des apôtres qui sont assez sensibles à tous ces problèmes, cela nous invite à reconsidérer le rapport entre Israël et l'Église. Ce qui nous divise ce n'est pas la mort du Christ, ce n'est même pas la résurrection du Christ. Ce qui nous divise c'est le fait qu'ensuite les pagano-chrétiens ont plus accepté le salut que les autorités juives ne l'ont accepté. C'est à partir de ce moment-là que s'est fait la rupture.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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