AU FIL DES HOMELIES

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  LES ANGES, ANNONCIATEURS DE LA RESURRECTION

Ac 2, 14 + 22-36 ; Mt. 28, 8-15

 Lundi de Pâques - 28 mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

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rères et Sœurs, je voudrais ce matin attirer votre attention sur un détail du récit, auquel on ne reconnaît jamais son importance. Ça va vous paraître un peu curieux, mais c’est très important. La plupart du temps, parce que notre imagination galope très vite et ne suit pas toujours la rigueur des textes, on s’imagine que le tombeau s’est ouvert, que la pierre a roulé et que Jésus est sorti vivant du tombeau. D’ailleurs, il y a des formulations liturgiques qui le disent explicitement : Il est sorti vivant du tombeau. Or, dans le texte que nous venons d’entendre, tout se passe comme si l’évangéliste saint Mathieu voulait nous faire comprendre exactement l’inverse. Car on ne dit pas que l’ange est descendu pour rouler la pierre et laisser sortir le Christ ressuscité. Je crois même qu’à la limite, ça n’aurait pas de sens. Au contraire, on veut nous montrer que même la résurrection du Christ s’est passée porte fermée, pierre roulée. Une chose est la résurrection, une autre est l’ouverture du tombeau. On a l’impression que le christ sort du tombeau, mais en réalité, il passe de la mort à la vie. Il passe du lieu où on l’avait mis, directement vers le Père. Et il ne sort pas d’abord ici pour l’extérieur, pour reprendre un dernier regard sur Jérusalem et ensuite dire « Ca y est, je vais m’en aller », non en réalité, il a été arraché dans sa mort, arraché du tombeau. Et de là, il est entré dans le cœur du père.

 

 

Alors pourquoi les anges ? C’est très simple : la nouvelle de la résurrection n’est pas accessible à l’homme. Les apôtres, tout comme nous-mêmes, s’ils s’étaient trouvés devant le tombeau vide, porte ouverte, n’auraient pas pu interpréter. C’est ce que l’on voit dans tous les récits : Marie-Madeleine, en voyant le tombeau vide, dit : « Dis-moi où tu l’as mis ». Elle pense tout de suite à un enlèvement du corps, or ce n’est pas un enlèvement du corps. On voit très bien les hypothèses qui se formulent lors du constat de la Résurrection, on a envie à certains moments de se dire qu’ils ont vu le tombeau vide et qu’ils ont cru. Mais précisément, Jean dit ça pour lui car il a compris plus loin que le tombeau vide, à la différence de Pierre qui a peut-être un peu hésité.

 

 

Alors pourquoi les anges ? Parce que la nouvelle dépasse l’intelligence et la sagesse humaines. Il faut que ce soient les anges qui à la fois préparent le signe (rouler la pierre) et donnent ensuite l’interprétation du signe (il est ressuscité). C’est la raison pour laquelle ces récits ne sont pas naïfs. On les appelle les récits du tombeau vide, mais en réalité, le vrai terme, ça serait plutôt les récits de l’annonce de l’ange.  C’est-à-dire, le moment où n’ayant plus rien, plus aucun moyen d’interpréter humainement ce qui s’est passé, c’est le monde de Dieu, du ciel et des anges qui prépare la foi des disciples. Quand nous fêtons la résurrection, nous ne fêtons pas uniquement le Christ qui par ses propres moyens, sa force ou son astuce, arrive à sortir du tombeau. Il est sorti de la condition humaine, à travers le geste de la résurrection que le Père lui a donné. Il lui a donné la vie pour toujours, afin qu’il la diffuse et la donne à tous les fidèles. Mais ce mystère-là nous reste absolument insaisissable. Ce n’est pas la même chose que l’annonce de l’ange et la présence des anges autour du tombeau. C’est antérieur, c’est plus fondamental. C’est vraiment le fait que le Christ dans le mystère même de la Résurrection, échappe totalement à notre regard. Les premiers à nous ouvrir les yeux sur le fait pour que nous puissions le constater et que nous ayons les moyens de l’interpréter, ce sont les anges.

 

 

Dans ce récit, qui peut paraître très étrange, d’abord les femmes approchent du tombeau, l’ange ouvre le tombeau et annonce aux femmes. Et c’est seulement après qu’elles rencontrent Jésus ressuscité. On ne nous dit pas que Jésus sort du tombeau pour aller leur parler. On nous dit que sur le chemin du retour, elles rencontrent le Christ ressuscité. Autrement dit, après que les anges aient préparé leur cœur à comprendre ce qui s’était passé, Jésus lui-même peut venir authentifier la parole et le témoignage du monde céleste. Et à ce moment-là, leur donner les consignes : « je veux les rencontrer en Galilée ».

 

 

Frères et sœurs, ce ne sont pas seulement des subtilités littéraires d’analyse de texte, c’est vraiment la structure de la foi : le Christ ressuscité est un mystère qui ne nous est accessible que par l’église à la fois des anges et des témoins, mais ce sont les anges qui sont à l’origine du témoignage, et c’est le Christ qui vient le conforter et le confirmer dans le cœur des disciples, comme aujourd’hui encore il vient le confirmer et le conforter dans notre propre cœur.

 

 
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