AU FIL DES HOMELIES

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RENVERSEMENT RADICAL ET DOUBLE RÉVÉLATION DE LA PERSONNE DU CHRIST

Ac 2, 14 +22-36 ; Lc 24, 1-12

Lundi de Pâques

(13 avril 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Clermont-Ferrand : le tombeau vide 

F

rères et sœurs, nous avons la chance d'avoir parmi les quatre évangélistes, un homme qui est un excellent historien. Il n'était pas historien de métier mais il avait bien compris ce qu'était l'histoire, c'est l'auteur du troisième évangile et des Actes des apôtres, saint Luc dont on a lu aujourd'hui deux textes. Saint Luc, comme tous les historiens de l'époque, essaie non seulement de présenter les faits, ce qui est le minimum d'exigence du point de vue de l'historien, mais aussi d'en comprendre et d'en analyser la genèse. Comment en est-on arrivé là ? 

       Dans le cas des Actes des apôtres, c'est assez intéressant. En effet, dans les Actes des apôtres que je vous invite à lire durant le temps pascal, parce que c'est vraiment le moment où l'on doit le lire, ce livre a un seul but : raconter comment la Bonne Nouvelle qui a surgi à Jérusalem a envahi le monde entier. Et Luc explique qu'elle a envahi le monde  entier par la parole des apôtres. Seulement, voilà, la parole des apôtres nous ne l'avons plus, nous ne sommes pas à l'époque du magnétophone, du minidisc et de tous ces instruments actuels qui nous permettent d'avoir ce qu'on appelle le "verbatim", le mot à mot comme les sermons à Saint Jean de Malte. Les historiens de l'époque savent très que lorsqu'on fait un discours, ce discours disparaît en même temps qu'il est prononcé, et la tâche de l'historien c'est d'immortaliser non pas les restes du discours parce que la plupart du temps c'est perdu, mais c'est d'essayer de faire comprendre ce que l'on a dû à peu près dire à l'époque, et de l'expliquer presque mieux que sur le moment où le discours a été prononcé. 

       Le petit discours que nous avons entendu tout à l'heure qui est le discours de Pierre à la Pentecôte, est un chef-d'œuvre du genre. Luc essaie de nous expliquer comment la toute première prédication publique de Pierre au jour de la Pentecôte, a donné le ton à toute l'annonce de Jésus ressuscité qui aura lieu par la suite. C'est un peu un tour de force, car, arriver dans ce petit texte à dire l'essentiel de la genèse de la compréhension, de l'approche des disciples pour le fait de la résurrection, c'est assez merveilleux car il est très difficile de comprendre comment on a pu formuler l'informulable. Il ne faut pas se faire d'illusion. Aujourd'hui nous avons l'impression que les apôtres avaient une sorte d'arsenal tout préparé de citations, de passages de l'Ancien Testament, de schémas tout faits, pour essayer d'annoncer la résurrection. Cela ne s'est pas passé de cette manière. 

       La résurrection au départ c'est un fait absolument brut de décoffrage qui est si original et si neuf qu'on  n'avait pas de quoi le dire. Toutes proportions gardées, c'est un peu comme quand deux jeunes tombent amoureux l'un de l'autre. Ils ont toujours l'arsenal classique, "je t'aime je vais t'offrir des fleurs", d'accord, mais il faut bien avouer que c'est très inadéquat. C'est encore une chance qu'on ait ces mots-là pour dire le caractère absolument original de l'événement qui vous arrive. Mais là, il n'y avait ni je t'aime, ni je t'offre des fleurs. Jamais on n'avait expliqué une résurrection comme celle-là. Précisément dès le début, on a su que cette résurrection n'était pas une résurrection comme les autres. On a su que la résurrection de Jésus n'était pas une résurrection comme Lazare. Jésus n'est pas revenu à la vie pour simplement se promener et recommencer à vivre avec ses disciples. 

       Comment expliquer la différence ? Il y a eu deux choses et c'est ce que nous montre admirablement ce petit texte que je vous invite à relire tranquillement à tête reposée. La première, pour expliquer la résurrection, on a dit : Dieu a radicalement changé la situation, il a inversé la situation. Quelle était cette situation ? Jésus avait annoncé quelque chose qui allait changer le monde : les hommes par la violence ont décidé de le mettre à mort. La situation était que la mort était gagnante et que les puissances de la violence et du pouvoir, comme on le dit, avait livré Jésus aux impies. Ce n'est pas que l'on veuille qualifier la vie morale de Pilate qui était tout à fait dans l'impiété, c'est clair, mais ce qu'on veut dire surtout, c'est qu'au moment même où s'accomplit la mort de Jésus, le pouvoir du mal et du mal est tel qu'il étouffe celui qu'on tenait pour un prophète et un annonciateur du Royaume. 

       Or, on dit que Dieu a inversé la situation : il a fait que là où il y avait la mort, il y a la vie, que là où il y avait le mal, il y a le salut. Cela a été la première manière de proclamer la résurrection. C'est pour cela qu'aujourd'hui encore quand on dit le Credo, quand on regarde la première forme du Credo dans I Corinthiens au chapitre quinzième, c'est toujours l'opposition entre la mort et la vie : il a été mis à mort, et il a été ressuscité. Mis à mort par les hommes, ressuscité par Dieu. La formulation première de la résurrection, c'est le paradoxe du changement radical de situation. Cela restera. Aujourd'hui encore quand on annonce la résurrection, on ne dit pas que c'est simplement une sorte de survie qui continue, c'est mineur, mais ce qu'on dit, c'est que Dieu est capable de retourner radicalement la situation puisqu'il l'a changée radicalement pour Jésus de Nazareth et que pour nous aujourd'hui, la puissance de Dieu est encore capable de faire rayonner cette résurrection jusque dans nos propres existences. 

       La deuxième assez intéressante dans ce discours se trouve dans la longue citation attribuée à David, le psaume 15. Que veut dire Luc ? David était Messie, était oint de l'huile pour conduire le peuple. Or, quand il a composé le psaume, c'est du moins ce que l'on pense, David dit dans le psaume qu'il ne verrait pas la corruption. Et Pierre dit : David a vu la corruption, il est mort. Luc fait allusion au Cénacle qui était tout près du lieu traditionnel du tombeau de David, la mise en scène était parfaite. Il disait : le tombeau est là, vous pouvez constater qu'il est mort et cependant, il avait dit qu'il ne verrait pas la corruption. Pierre dit : David était prophète, il était Messie, il a parlé en "je". Donc, cela ne s'applique pas à David. Mais alors, qui est le Messie ? C'est celui dont nous annonçons la résurrection. 

       Voilà les deux premières lignes directrices de l'affirmation de la résurrection. Dieu renverse la situation et c'est dans ce renversement de la situation que nous comprenons qu'il est Messie. Tout est là, pourquoi ? Parce que la résurrection c'est l'œuvre de Dieu seul, et comme toute œuvre de Dieu quand on veut essayer de la cerner à sa racine, nous sommes toujours débordés et dépassés. Il n'y a pas d'explication scientifique, rationnelle, il n'y a pas d'explication de convenance. C'est le fait brutal de l'action de Dieu qui renverse la situation. C'est le Magnificat : "Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles". C'est l'action de Dieu qui renverse la situation. C'est à l'intérieur de cet événement que commence à se révéler qui était vraiment Jésus. La première chose qui apparaît c'est sa messianité. Pourquoi ? Parce que quand on est Messie, on est responsable du devenir du peuple et par conséquent dans le fait même de la résurrection, dire que quand il ressuscite c'est là qu'il ne voit pas la corruption, c'est donc que Dieu nous le révèle comme Messie, celui qui a désormais la charge de l'humanité. 

       C'est un tour de force extraordinaire de la manière dont Luc nous donne le premier surgissement de la prédication de la résurrection. C'est cette double conjonction de l'action de Dieu qui inverse le cours de l'histoire, et ensuite du fait que dans cette action Dieu révèle Jésus, l'homme accrédité dont Pierre parle au début de son discours, cet homme accrédité par ses miracles, et après, c'est le Messie. Dieu révèle que cet homme était véritablement le Messie, qu'il avait véritablement la charge du peuple. 

       Frères et sœurs, c'est encore sur cette affirmation-là que notre propre foi repose aujourd'hui. Quand nous disons simplement Jésus-Christ, nous ne faisons pas attention, mais c'est la première proclamation de la résurrection : Jésus, cet homme accrédité, Christ, Messie. C'est le renversement, l'homme a été confirmé par Dieu comme Messie dans la résurrection qui est la base même de notre foi et de notre espérance. 

       AMEN 

   

 

 
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