AU FIL DES HOMELIES

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ALLEZ DIRE ! ....

Ac 2, 14+22-36
Lundi de Pâques - année A (16 avril 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

Au monde entier …

J

ésus est le sacrement de Dieu. Par sa chair, par ses œuvres et par sa parole, Il manifeste, de façon visible et efficace, l'existence et l'amour de Dieu pour les hommes. Dans sa Pâque, Jésus confie ce qu'Il est, sacrement de Dieu, à ses disciples, à son Église pour que celle-ci manifeste au monde d'aujourd'hui ce témoignage qu'elle a reçu du Christ mort et ressuscité pour tous les hommes de tous les temps. C'est le concile Vatican II qui insiste pour proclamer que l'Église est le sacrement du salut de Dieu pour les hommes d'aujourd'hui, un signe visible qui soit porter dans sa visibilité non seulement la réalité du salut mais son efficacité pour tous les hommes de ce temps. Face à ce témoignage, l'Église doit vivre ce qu'elle a reçu, mais pas uniquement pour elle-même. Elle doit l'annoncer pour le salut de tous les hommes car c'est ce salut universel qui est la raison profonde de la mort et de la Résurrection de Jésus. Face à ce témoignage auquel les disciples sont conviés et qu'ils doivent manifester, les textes de ce matin nous évoquent deux attitudes.

La première est celle des femmes : "Elles ne disent rien parce qu'elles ont peur", alors que Jésus leur a dit : "Allez dire !" Elles ne disent rien car elles ont peur. La deuxième attitude est celle de Pierre qui, debout, avec les Onze, élève la voix et adresse ces mots à tous les hommes. Face à la mission, face au témoignage de la Résurrection du Christ que nous avons solennellement célébrée, ou bien nous ne disons rien parce que nous avons peur, de qui ? et de quoi ? ou bien nous nous levons, à la suite des apôtres, et nous adressons ce témoignage aux hommes de ce temps : "Apprenez ceci, prêtez l'oreille à nos paroles !"

Nous nous posons souvent la question de la transmission de la foi dont nous vivons qui est en principe notre trésor, cette foi dans laquelle nous devons puiser, chaque matin, toutes nos raisons de vivre, toutes nos raisons de croire et toutes nos raisons de mourir. Nous nous demandons comment la transmettre à ce temps, comment les hommes pourraient arriver à croire ce que nous croyons qui est la vérité absolue et qui est le seul chemin pour que les hommes soient vraiment hommes. Jésus nous le dit, Jésus dit aux femmes : "Allez le dire !" et les apôtres le proclameront dès le lendemain de la célébration pascale qui va de la Résurrection à la Pentecôte. Comment dire notre foi ? Comment amener les hommes d'aujourd'hui, nos plus proches parfois, enfants, voisins, amis, à entrer dans la foi ? Je me souviens de cette parole extrêmement éclairante. Lorsque l'officier d'état civil écoutait le témoignage de Bernadette de Lourdes qui racontait ce qu'elle avait vu, le gendarme lui dit : "Jamais vous ne me ferez croire cela !" Et Bernadette a répondu : "Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire !"

Frères et sœurs, que la foi soit transmise aux hommes, c'est le problème de Dieu. Mais que la foi soit dite aux hommes, c'est notre problème, Que la foi soit annoncée c'est notre propos. Et peut-être que nous passons tellement de temps à nous demander comment les autres vont croire que nous oublions de leur dire la foi, de leur proclamer qui est le Christ, à temps et à contretemps, comme dit saint Paul, et allons nous réfugier, comme ces femmes dans la stupeur, dans la frayeur, Une des grandes consignes du temps pascal, dans l'Écriture c'est : "N'ayez pas peur ! Ne vous effrayez pas ! Dite ce dont vous êtes témoin ! Dites-le aux apôtres ! Dites-le au monde entier à commencer par Jérusalem, puis la Judée, puis la Galilée, jusqu'aux limites de la terre."

Au cœur de cette Pâque, que disons-nous de la Pâque ? que disons-nous du mystère que nous avons célébré ? que disons-nous aux hommes de leur vérité ? de cette vérité qui contient toute leur identité profonde et véritable et l'avenir de ce monde ? Nous pouvons nous réjouir, quoique dans les affaires du monde il faut toujours se réjouir avec prudence, nous pouvons nous réjouir de l'évolution des pays de l'Est. Nous pouvons sereinement et humblement reconnaître que la foi de nos frères chrétiens y est peut-être pour quelque chose, sûrement, que le pontificat d'un certain pape originaire de ces pays a commencé par ce mot pascal : "N'ayez pas peur !" mais nous n'allons pas rester simplement à admirer nos frères. Il faudrait que dans cette région de l'Ouest, où pèsent d'autres totalitarismes où pèsent d'autres couvercles moins évidents mais dont nous sommes peut-être encore plus complices, nous puissions aussi vivre ce que nos frères de l'Est ont dit et qui a fini par ébranler le pouvoir des ténèbres et du mal.

"Les femmes s'enfuirent, elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur." "Pierre se leva et proclama à tous les hommes : "Jésus est ressuscité !" De quelle Église sommes-nous ?

 

AMEN


 

 

 
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