AU FIL DES HOMELIES

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IL FALLAIT...

Ac 2, 14+22-36 ; Lc 24, 1-12

Lundi de la semaine pascale – B

(12 avril 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Monemvassia : Le Christ souffrant

N

 

ous venons d'entendre, dans le résumé qu'en donne saint Luc, ce que tout à loisir, dans la nuit de Pâques, saint Marc nous avait raconté, cette venue des femmes au tombeau, au petit matin, et ce que aint Jean, hier nous rapportait, Pierre venant au tombeau, averti par les saintes femmes, se penchant et ne voyant rien, que les bandelettes. De ce texte de saint Luc, je voudrais retenir seulement un mot : "Il fallait que le Fils de l'Homme souffre, soit crucifié et qu'Il ressuscite le troisième jour."

"Il fallait que le Fils de l'Homme souffre pour ressusciter." C'est tout le mystère profond du mystère de Dieu qui a voulu passer par la condition humaine jusqu'en son abîme le plus profond, celui de la mort, cet anéantissement de l'être vivant, pour pouvoir apporter là, sa résurrection. Mais dans la bouche des évangélistes ce mot "il fallait", a aussi une résonance, peut-être moins profonde, mais d'une grande importance. "Il fallait que le Fils de l'Homme souffre pour entrer dans sa gloire", cela dans leur bouche se réfère aux prophéties de l'ancien Testament, et tout spécialement à ces psaumes que nous entendions tout à l'heure saint Pierre dans la première prédication, la première annonce faite à l'Église du mystère de la Pâque, ces psaumes que saint Pierre citait si largement.

En effet, il y a dans tout l'ancien Testament et spécialement dans les psaumes, comme une annonce voilée, extrêmement profonde du mystère du Christ. C'est déjà le Christ qui nous parle à travers la bouche du psalmiste. Et Saint Pierre le faisait remarquer Quand le roi David écrit : "Tu n'abandonneras pas ton ami à la corruption" Quand il écrit : "Même ma chair reposera dans la paix. Tu ne laisseras pas mon âme dans les enfers" Quand le roi David écrit : "Le Seigneur Dieu a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite" tout cela ne s'applique pas à lui-même, car David, tout ami intime de Dieu qu'il était, le saint roi David a été enseveli et il s'est corrompu. Son corps est retourné à la poussière comme le corps de tout homme. Quand il disait donc : "Tu ne laisseras pas ton ami voir la corruption, tu le prendras près de toi pour des délices éternelles", ce n'était pas seulement de lui qu'il parlait ou plutôt, il parlait de lui à travers Quelqu'un d'autre. Il pressentait, dans l'émerveillement et le tressaillement de sa prophétie, que Quelqu'un qui, d'une certaine manière descendrait de lui, qui d'une certaine manière serait lui-même, Quelqu'un qui le prendrait en lui, qui prendrait en Lui tous les amis de Dieu, qui ferait de tous les hommes son propre être. Quelqu'un viendrait qui lui, ne connaîtrait pas la corruption, dont le corps reposerait dans la paix et qui s'éveillerait auprès de Dieu pour des délices éternelles. C'est cela que David a chanté. C'est cela qu'il a pressenti et c'est pourquoi la Pâque du Christ, son passage à travers la mort, sa résurrection glorieuse ne sont pas des évènements fortuits, de dernière heure. Mais c'est une longue préparation qui, dans le cœur de Dieu, a mûri, à travers l'éternité et que les prophètes, inspirés par l'Esprit Saint, ont en quelque sorte dans l'éblouissement et le ravissement de la contemplation, pressenti.

Oui, "il fallait que le Christ " passe par la mort pour ressusciter, parce que cela était écrit, non pas comme une sorte de prophétie, en un sens banale, un grimoire qu'il faudrait déchiffrer, un plan écrit d'avance, une sorte de scénario déjà écrit et que l'on se contenterait ensuite de réaliser. "C'était écrit", c'est-à-dire c'était écrit dans le cœur de Dieu. C'était Dieu dans l'acte éternel de son amour qui avait imaginé, par ce surcroît de tendresse et de joie victorieuse qui est sa vie profonde, Dieu avait imaginé ce cadeau extraordinaire à faire à l'homme : venir Lui-même traverser la mort de l'homme pour ressusciter, pour entraîner avec Lui tous les hommes hors de la mort, dans la lumière, dans la vie éternelle. Et David peut le dire vraiment, et nous pouvons le dire avec lui : "Tu n'abandonneras pas ton ami aux enfers, tu ne laisseras pas ton ami voir la corruption". Ce qui est vrai de Jésus est vrai du roi David, est vrai d'Abraham, de Moïse, d'Adam, c'est vrai de tous les hommes de tous les temps, de tous les lieux, c'est vrai de chacun de nous. Car, dans le Christ ressuscité, nous sommes tous présents, tous déjà ressuscités. Oui, nous qui connaîtrons la mort, nous qui connaîtrons la corruption, cette corruption n'aura pas victoire sur nous. Elle ne m'emportera pas sur nous, car : "Tu es près de moi, Seigneur, tu m'empêches de chanceler et c'est Toi qui me prendras par la main, et Tu me feras asseoir à ta droite." Déjà le Christ est assis à la droite du Père, et en Lui, nous sommes déjà à la droite du Père, dans l'intimité du Père et nous y parviendrons glorieusement à la fin du monde, quand l'univers tout entier sera transfiguré et ressuscité avec le Christ pour devenir le corps du Christ, le corps ressuscité du Christ.

Oui, en Jésus, nous sommes déjà tous contenus. Il nous agrège à Lui pour que sa vie passe dans tous les membres de son corps et pour que, en nous aussi, germe cette résurrection, cet amour de Dieu qui nous fait tenir debout. La fête de Pâques, c'est la fête des fêtes. C'est notre plus grande fête parce que c'est la fête de l'amour de Celui que nous aimons par-dessus tout. Mais c'est aussi la plus grande fête parce que c'est la fête de notre vie, de notre propre vie, de notre propre résurrection, de la promesse de l'éternité qui nous est donnée, de la divinisation qui, déjà, nous est acquise en Jésus et qui, peu à peu, fait son oeuvre en nous pour éclater au grand jour, à la fin des temps.

Alors, chantons notre joie. Réjouissons-nous car nous sommes sauvés. Nous sommes sauvés, cela ne veut pas dire seulement que nous sommes libérés de la peine, de la souffrance, du péché, de tout ce qui pèse sur nous. Sauvés, cela veut dire que nous sommes vivants, que nous sommes lumineux, que, dès maintenant, en nous, la vie et la lumière font leur oeuvre et qu'elles envahiront tout notre être, comme elles ont déjà commencé de le faire.

 

AMEN

 
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