AU FIL DES HOMELIES

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SENS DE LA RÉSURRECTION

Ac 2, 14+22-36 ; Mt 28, 1-10

Lundi de la semaine pascale – C

(31 mars 1986)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

U

n grand tremblement de terre, un ange qui descend comme l'éclair, ce n'est pas le récit de la Résurrection. Ce que nous venons d'entendre, c'est après la Résurrection. Aucun évan­géliste ne nous a donné de récit de l'acte même de la résurrection de Jésus, et pour cause, car cet acte par lequel le Christ s'est levé d'entre les morts n'appartient pas à ce qui est repérable dans notre monde : la résur­rection du Christ, c'est précisément le fait qu'Il quitte notre monde, pour aller au Père, c'est-à-dire pour être la première pierre, la première cellule du monde nou­veau. Par sa Résurrection, le Christ échappe aux pri­ses de notre monde. C'est dire que si quelqu'un avait pu assister à l'instant de la Résurrection, il n'aurait pas, comme nous l'imaginons quelquefois, vu le Christ ouvrir les yeux, s'asseoir sur la banquette du sépulcre, et puis sortir du tombeau. Le Christ, quand Il est ressuscité, a disparu de notre monde. Il ne fait plus partie de notre monde. Et c'est cela que les apô­tres, Jean et Pierre, ont vu quand ils sont entrés dans le tombeau. Ils ont vu les linges vides. Il n'y avait plus le corps dans les linges qui l'enveloppaient aupara­vant.

Ce n'est donc pas de la Résurrection elle-même qu'il s'agit dans cette page d'évangile, mais d'événements qui suivent la Résurrection et qui souli­gnent la signification de la Résurrection. Ces événe­ments sont au nombre de deux, dans le récit de Mat­thieu : il y a cet ange qui descend comme l'éclair et qui vient rouler la pierre du tombeau, puis il y a le Christ Lui-même qui apparaît aux saintes femmes et qui leur dit : "Réjouissez-vous ! Je vous salue !" et se manifeste à elles. Deux événements qui sont explica­tifs, significatifs du mystère de la Résurrection. Ils ne nous montrent pas la Résurrection, ils nous expliquent ce qu'est la Résurrection, ou plutôt un des aspects essentiels qui résultent de la Résurrection.

L'ange vient ouvrir la porte du tombeau. Cela veut dire ce qui séparait notre terre, notre monde de l'au-delà, cet au-delà qui est sous un certain angle la demeure des morts, le lieu où les morts attendent, cet Au-delà qui sous un autre angle est le lieu où Dieu attend de recevoir dans son sein ces morts quand ils seront rendus à la vie, la séparation entre notre monde et l'au-delà se trouve abolie. Quand le tombeau est ouvert, il y a une communication qui est rétablie entre la terre et le Royaume de Dieu. C'est cela la première signification de la Résurrection. Depuis le péché d'Adam, la porte du paradis était fermée. Par son pé­ché, l'homme a rompu la communion avec Dieu, il a refusé l'amitié de Dieu et il a donc, en quelque sorte barré le chemin de communication entre lui-même et Dieu. Et comme l'homme est le chef et le roi de ce monde, le monde entier, avec lui, s'est trouvé séparé de Dieu. Quand l'ange vient rouler la pierre du tom­beau, il manifeste que, désormais, cette séparation est abolie. Le Christ, en traversant la mort pour entrer dans la Résurrection, rétablit la communion, rétablit le contact, rétablit la communication entre Dieu et les hommes.

Et aussitôt, le deuxième événement, c'est l'ap­parition du Christ aux saintes femmes. Le Christ qui, désormais, fait partie de ce monde nouveau, le Christ qui, par sa Résurrection a quitté notre monde pour retourner auprès du Père, revient dans ce monde se montrer aux saintes femmes pour leur manifester que, désormais, la communion existe entre ce monde où elles se trouvent encore et le Royaume de Dieu dans lequel Il vient d'entrer. Il est le trait d'union entre ces deux mondes, ces deux univers. Désormais, notre vieux monde, notre monde ancien va être ensemencé par la vie du monde nouveau, c'est-à-dire par la vie éternelle, par la vie du Christ Ressuscité Lui-même. C'est pourquoi Il peut venir se faire voir, se faire tou­cher, se manifester à ceux qui, comme nous, sont en­core dans ce monde.

Ainsi est rétablie la communication et ainsi le passage est ouvert pour que là où le Christ s'est avancé nous puissions à notre tour, marcher nous aussi vers le Père, marcher vers le monde nouveau, vers le paradis, vers la Résurrection. Nous pourrons désormais recevoir cette vie éternelle puisque le Christ Lui-même, à travers la mort, est entré dans cette vie éternelle où Il nous précède, où Il nous en­traîne et vient nous chercher. C'est le sens de ces ap­paritions : le Christ vient nous chercher pour nous guider jusqu'au paradis. La Résurrection est donc un événement fondateur de notre vie nouvelle. Désor­mais pour chacun d'entre nous, pour le monde tout entier, l'accès à Dieu est possible et nous pouvons, à travers le Christ, rencontrer Dieu, recevoir la vie de Dieu, vivre avec Dieu, vivre de la vie éternelle.

Ce que notre péché avait coupé, avait cassé, ce que notre péché ne cesse d'ailleurs de casser, Dieu le répare, Dieu l'ouvre à nouveau et le remet en mar­che. Le monde nouveau nous aspire, nous attire, s'ou­vre à nous, nous appelle.

C'est cela la Résurrection : un événement qui n'est pas seulement du Christ, mais qui, parce qu'il est du Christ, est aussi de chacun de nous, de l'humanité tout entière. C'est qui, en Jésus, sommes déjà ressus­cités, c'est nous qui sommes appelés à ressusciter en notre propre chair, comme Lui-même est ressuscité, parce qu'Il est notre vie et Il nous attire à Lui pour nous faire partager sa vie et son bonheur.

 

 

AMEN

 

 
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