AU FIL DES HOMELIES

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CÉLÉBRER LA PÂQUE

Ac 2, 14+22-36 ; Lc 24, 1-12
Lundi de Pâques - année A (20 avril 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Ac 2, 14+22-36 ; Lc 24, 1-12

 

Q

ue signifie pour nous "célébrer la Pâque" ? Il y a pour ainsi dire deux temps, deux moments. Il y a ce premier moment qui a mobilisé notre regard depuis jeudi soir jusqu'au moment de la fête de la Nuit Pascale qui se prolonge dans la messe du di­manche de Pâques. Ce moment-là, je dirais que par rapport à nous, il a une sorte d'extériorité. C'est le choc, c'est le choc de la mort et de la résurrection du Seigneur. C'est le fait qu'il se passe, il se produit quelque chose, une sorte de changement radical, mystérieux, qui se produit dans Celui-là même que les disciples avaient connu et qui est Jésus de Nazareth, Celui qu'ils avaient suivi et auquel ils étaient de plus en plus attachés. Et encore aujourd'hui, pour l'Église, lorsque nous célébrons la Pâque, tout notre regard est comme focalisé, polarisé sur la personne même de Jésus Christ. Et toute notre manière de fêter, de célé­brer, c'est de reconnaître que Celui qui avait été mis à mort, voici qu'Il est vivant.

D'abord la Pâque c'est cette espèce de retour­nement, de bouleversement radical de situation, mais qui se produit en face de nous, hors de nous. C'est tellement grand que cela nous dépasse. C'est trop fort, c'est trop grand. L'Église ne peut fêter cela que par des chants de joie, par une sorte de bonheur qui est presque indescriptible. C'est l'annonce, c'est la pro­clamation brutale : "Il est ressuscité ! Il est vivant !" C'est comme si on disait : il nous est arrivé quelque chose, mais on ne sait pas trop quoi.

Et puis il y a un deuxième temps. C'est celui dans lequel nous commençons à entrer. C'est le mo­ment où les femmes vont au tombeau. C'est le mo­ment où Pierre s'en va vers le tombeau. C'est le mo­ment où l'on regarde, et curieusement, il n'y a rien. On ne voit plus que le suaire, que les bandelettes. Et l'on pourrait se dire : au fond, tout ce grand brouhaha, tout ce grand charivari qu'on a fait durant trois jours, voilà que subitement c'est retombé dans le silence, dans l'insignifiance, dans la quotidienneté. Il faut continuer à vivre.

Pourtant ce n'est pas tout à fait cela. Au mo­ment même où nous sommes mis devant le tombeau, nous nous rendons compte, subitement, des consé­quences de ce grand bouleversement qui a eu lieu. Sur le moment, lorsque nous étions sous le choc, nous ne pouvions dire simplement que : "Il est ressuscité !" Et maintenant, progressivement, germe dans notre cœur et dans notre existence le pressentiment, que ce bou­leversement n'était pas simplement extérieur à nous-mêmes, mais que nous étions partie prenante, et que d'une certaine manière le premier moment, celui dans lequel le Christ mort est ressuscité, ce moment dans lequel Celui qu'on avait tenu pour un mort est devenu vivant, pour la gloire, pour la vie éternelle, voici que, tout à coup, nous nous apercevons avec les disciples, avec les femmes qui vont au tombeau, que cette ré­alité indescriptible, insaisissable, qui nous dépasse de tous côtés, voici que désormais, elle se grave en nous et qu'elle nous entraîne dans son mouvement. Nous n'y pouvons rien. Il y a un moment où nous avons envie d'aller au tombeau et de voir. Et lorsqu'on se penche sur le vide du tombeau, ce n'est pas simple­ment sur l'absence du Christ que nous nous penchons, nous nous penchons sur notre propre mort et sur notre propre destinée de ressuscités. Cela c'est le deuxième temps.

Et ce deuxième moment n'a jamais cessé de­puis vingt siècles. Si nous sommes ici, aujourd'hui, c'est bien entendu parce qu'il y a d'abord eu ce choc : "Il est ressuscité ! Il est vivant !" Mais il y a aussi cette réalité étonnante qui dure à travers toute l'his­toire. Nous sommes totalement partie prenante de cet évènement qui a eu lieu. Il s'est gravé en nous. Il nous a pris dans son mouvement, dans sa dynamique. Et voici que, aujourd'hui, nous pouvons de nous-mêmes, nous qui mourons jour après jour, nous pouvons dire que nous sommes appelés à la même aventure de ré­surrection. Apparemment tout cela s'était passé devant nos yeux : "Voici le Jour que le Seigneur a fait !" Et curieusement, petit à petit, se grave, s'inscrit, se mar­que en nous, dans notre destinée, le fait que nous soyons totalement sous la mouvance de cet événe­ment. L'Église, c'est cela. C'est simplement le peuple de ceux qui, émerveillés, comme sous le choc de cette annonce de la Résurrection, n'en finissent pas de dé­couvrir toutes les conséquences à l'intérieur même de la vie de chacun de ceux qui croient et qui espèrent et qui marchent vers le tombeau, qui sont confrontés jour après jour à la mort, à l'épreuve et à la souf­france, et qui cependant voient germer en eux, perçoi­vent en eux cette germination sécrète de la puissance même du Ressuscité.

C'est vrai, Il est ressuscité, Il nous précède, et pourtant, c'est curieux, Il est au plus intime de nous, et son œuvre est déjà commencée. C'est pour cela que nous sommes dans un entre-deux. Il y a à la fois, cette aspiration profonde vers ce but qui est insaisissable, que nous ne pouvons pas étreindre "Ne Me retiens pas!" alors qu'on voudrait, nous aussi, comme Marie-Madeleine, tenir les pieds du Seigneur. Mais en même temps, il y a le fait que nous éprouvons, à l'intérieur de nous-mêmes, cet incoercible désir de courir au tombeau et de chercher Celui qui est vivant.

Cela c'est toute la trame de notre existence. Cela c'est toute l'histoire de l'Église. En ce jour, prions pour que le Seigneur intensifie par sa grâce ce désir de le rechercher, de le retrouver, ce désir de "rechercher les choses d'en haut" comme dit saint Paul, et surtout ce désir de nous laisser saisir, ou plu­tôt cette joie de voir que nous avons déjà été saisis. Nous sommes déjà, totalement, appartenant au Christ par la grâce de notre baptême, et il ne nous reste plus maintenant qu'à mesurer et à vivre dans toutes ses exigences l'ampleur de ce bouleversement qui a commencé dans la nuit de Pâques," pour tous les hommes et pour notre salut."

 

AMEN

 

 

 
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