AU FIL DES HOMELIES

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VOYAGE DE NOCES

Ac 2, 14+22-36 ; Mt 28, 1-10
Lundi de Pâques - année C (27 mars 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

A

u lendemain d'un mariage, alors que les guirlandes et les lumières sont encore visi­bles, alors que les invités se dispersent, les nouveaux époux commencent leur voyage de noces, ce que, bêtement, les humains appellent la lune de miel. Au lendemain des noces du Christ, nous som­mes conviés à un voyage de noces qui n'est pas tou­jours une lune de miel.

"Partez ! Il vous précède en Galilée !"

Voilà. Nous n'avons pas à choisir quelques îles grecques ou quelque paradis africain mais comme voyage de noces, un chemin qui va de Jérusalem à la Galilée. C'est le chemin de notre vie, c'est le chemin de l'humanité. Et le plus important ce n'est pas d'abord d'arriver, nous n'y entrerons qu'au terme de notre vie, mais c'est de croire que sur ce chemin Quelqu'un nous précède. "Il vous précède en Galilée !" "Là", et là seulement, "vous le verrez !"

Je dis souvent, de plus en plus souvent, aux fiancés et aux époux : vous vous êtes mariés parce que vous vous aimiez, et bien maintenant, Il faut vous aimer parce que vous êtes mariés. Ce n'est pas une pirouette d'idées ou d'images, c'est la réalité même que nous avons tant de peine et tant de joie à vivre à la fois.

Nous avons célébré la Pâque parce que nous aimons Dieu. Nous avons vécu ce temps de fiançailles appelé le carême, mais maintenant, il nous faut aimer Dieu parce que l'Alliance est scellée, parce que les noces ont eu lieu. Il nous faut vivre dans cette Al­liance non plus seulement avec le désir du Grand Jour, mais avec le désir de vivre aussi grandement tous les jours, aussi petits, aussi banals, aussi pauvres que soient ces jours. Et vous savez que ce qui tient des fiancés dans leur marche vers leur mariage c'est cette communion profonde, d'intensité de désir, de regard de l'un à l'autre. Ce n'est pas toujours ce qui les tiendra après leur mariage. Il faudra que cela, ce qui vient de leur propre chair, de leur propre cœur, soit tissé, soit fortifié, soit profondément serré et noué dans une réalité beaucoup moins facile, beaucoup plus douloureuse, mais qui en même temps est la réalité qui noue vraiment en eux l'amour, c'est la fidélité, la fidélité. Vous savez que l'Église n'engage dans le ma­riage religieux que des fiancés qui se promettent indé­fectiblement fidélité.

L'Église ne vit dans le mystère de Pâques que parce qu'elle a accepté, dans le cœur de chaque croyant, de vivre la fidélité de son amour pour son Dieu et pour les autres, dans le mystère pascal qui est source de tous les sacrements. Cette fidélité, les époux et l'Église, dans cette comparaison que je fais, n'ont pas à l'acquérir. Nous n'avons pas à acquérir la fidé­lité, nous avons à l'accomplir. Pourquoi ? Parce qu'elle nous est déjà donnée, parce qu'elle est déjà au plus profond de nous-même, parce qu'elle est le don ineffaçable de l'amour de Dieu pour l'humanité célé­bré dans la Pâque de la mort, de la Résurrection du Christ. Nous n'avons pas à acquérir cette fidélité mais à la recueillir, à la faire vivre et à laisser Dieu tisser en nous ce lien qui est à la fois un lien de mort à nous-même et de résurrection à la vie de l'autre, c'est-à-dire à notre propre vie, à cause et pour l'autre.

Les lendemains de fête sont toujours heureux, et tant mieux. Mais les surlendemains de fête, nous retrouvons la banalité de notre vie. Et cela fait partie de ce chemin qui nous conduit de Jérusalem vers la Galilée. Alors, tout simplement, je crois qu'ensemble, dans cette joie des noces de Pâques, dans la joie de cette Alliance indéfectible, féconde, entre Dieu et l'humanité, dans la joie et l'allégresse de cette Al­liance intime entre le Seigneur de la Création et cha­cun d'entre nous, au plus profond de son cœur, il faut que nous retrouvions ce sens, cette exigence de la fidélité au mystère que nous venons, solennellement, de célébrer. Mais nous retrouverons ce sens non plus dans la solennité mais dans l'humilité, dans la pau­vreté, dans la faiblesse de notre propre vie en sachant que plus profondément que tout ce que nous sommes à la surface de nous-même, il y a cette fidélité de Dieu qui, de toute façon, nous tient, qui, de toute façon, ne nous lâchera jamais, qui, de toute façon, sera pour nous indéfectiblement notre identité profonde et défi­nitive, quoi que, nous, nous fassions.

C'est ainsi que l'amour conjugal se tisse, s'agrandit, prend son véritable visage, sur la trame de la vie des époux et de leur famille, c'est ainsi que cette fidélité à l'Alliance mystique et nuptiale du Christ et de son Église, petit à petit, mais véritablement, trans­paraît, apparaît, transfigure et rayonne sur le visage de l'Église, c'est-à-dire sur le visage de nos vies, hum­bles, pauvres, souvent déchirées, difficiles, mais tou­jours pacifiées parce que, devant nous, marche l'Epoux. "Il nous précède en Galilée." Que ce temps de Pâques soit vraiment un temps de joie profonde, d'allégresse intense, un temps où nous retrouvons l'intensité de l'amour de Dieu pour nous, intensité qui est notre véritable chemin, notre véritable résurrec­tion, la véritable table où Dieu ne cesse de nous nour­rir. C'est le véritable voyage incessant, mystérieux mais plein de joie et de promesse, le voyage des noces du Christ pour nous.

 

 

AMEN

 

 
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