AU FIL DES HOMELIES

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IL N'EST PAS ICI

Ac 2, 36 - 41 ; Jn 20, 11-18
Lundi de Pâques - année C (20 avril 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL


I

l n'est pas ici ! Venez voir le lieu où Il gisait ! Il n'est pas ici ! Il vous précède en Galilée. Là, Il vous attend !"

C'est l'événement auquel ont été confrontées ces deux femmes, ce matin-là. Il n'y a rien dans le tombeau, plus de traces de Celui qu'elles aimaient. Pour nous qui n'avons pas vécu ce moment-là, le vi­vons pourtant lorsqu'un des nôtres disparaît. Malgré la douleur, nous avons le sentiment qu'il n'est pas dans ce tombeau et que ce cercueil n'est pas la véritable trace de sa vie qui est plus large que cette boîte de bois. Nous sommes un peu confrontés au même vide apparent, au même vide que ces femmes en ce matin. Elles venaient couvrir d'aromates le corps de Jésus, mais elles ne peuvent pas le toucher car Il est passé de l'autre côté.

Cela c'est l'événement qui a frappé les yeux de ces femmes et pourquoi elles sont tout émues et pleines de joie et courent annoncer aux apôtres. Et en même temps vous avez entendu à quel point quelque chose du ciel vient se révéler. Un ange est descendu et la terre a tremblé. Quelque chose qui descend de la transcendance même du ciel et qui s'est comme révélé en cette terre. C'est à la fois un événement pour les yeux de la terre, les yeux humains, événement que nous constatons nous aussi que, derrière la mort, quelque chose a lieu, quelqu'un vit. Et en même temps cet événement premier de la résurrection annonce que le ciel intervient, qu'il n'est pas indifférent, une trans­cendance se révèle.

Vous avez vu comment réagissent les gardes un peu plus tard. C'est gênant un tel événement ! C'est pourquoi on va inventer une histoire humaine pour donner une solution bien logique à la résurrection. "Ses disciples ont dérobé le corps en pleine nuit" et nous colporterons cette fable pour que tout le monde puisse y croire et que cet événement dans sa transcen­dance n'ait plus de raison d'être. Nous pouvons tou­jours dire qu'il n'y a rien après la mort, nous pouvons toujours essayer de rabaisser ce qu'il y a de transcen­dant dans la vie humaine, comme pour en casser le secret, comme pour cacher ce secret. Mais le secret de la Résurrection qui a pris naissance ce matin-là et qui, chaque jour, se renouvelle dans nos vies, dans notre propre mort, aucune fable ne pourra l'éteindre. Les disciples ne pouvaient pas imaginer la Résurrection. Ce n'est pas eux qui l'ont inventée car cela déborde complètement hors de leur imagination. Malgré tout ce que Jésus a pu dire de son vivant terrestre pour préparer leur cœur à cet événement, cet événement est hors mesure. Et pourtant il est complètement de ce monde, complètement terrestre car il n'y a rien dans le tombeau et en même temps il éclate les mesures de ce monde. Pourquoi ? Parce qu'il est le chaînon, le pre­mier élément du monde nouveau qui s'agrippe au monde ancien, qui prend naissance dans le monde ancien. Il est l'endroit où le monde ancien se fracture pour laisser apparaître le monde nouveau qui, s'atta­chant à chacun de nous par la résurrection de nos vies, prépare la résurrection finale du monde entier.

Nous sommes ce lieu, nous les vivants, ce lieu où se révèle tout à la fois la transcendance de l'action divine et en même temps cet événement sera pleinement historique parce qu'un jour, nous dispa­raîtrons et notre mort s'inscrira dans le livre des morts et des vivants de ce monde. Comme la résurrection du Christ. Et durant toute cette semaine nous fêtons l'en­trée victorieuse du Christ dans le monde ancien, l'en­trée historique et en même temps l'avance de l'éternité dans nos vies.

Alors retrouvons et vivons, avec ces deux femmes, toute l'émotion et toute la joie qui était celle de leur cœur lorsque ne comprenant encore pas telle­ment dans leur tête, dans leur esprit ce qui se passait, avant même de vouloir comprendre, elles ont com­mencé par courir annoncer la bonne nouvelle. Et ceux qui nous ont précédés, ceux que nous fêtons aujour­d'hui, sont déjà dans cette lumière de Dieu. Et ils cou­rent à notre rencontre dans ce silence pour nous an­noncer ce qu'ils voient, eux. Demandons au Seigneur que nous entendions plus clairement, ce qui n'efface rien de nos douleurs, de nos peines et de nos vies hu­maines, de l'historicité de nos vies humaines, mais que nous entendions proclamer clairement en nos cœurs et en nos vies cette transcendance absolue de Dieu, cette résurrection. "La terre tremble !" Elle a reconnu son Sauveur qui est venu, qui a réveillé les morts. Il est victorieux. Il annonce la gloire pour tous les vivants.

 

 

AMEN

 

 
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