AU FIL DES HOMELIES

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LA RÉSURRECTION

Ac 2, 14+22-36 ; Mt 28, 1-10
Lundi de Pâques - année B (4 avril 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Saint Jean de Malte : Résurrection (Finsonius) 

L

e récit de la Résurrection que nous venons d'entendre dans l'évangile de saint Matthieu a quelque chose d'assez extraordinaire. C'est le seul qui essaie de nous dire ce qui s'est passé dans la Résurrection elle-même. Et il nous le décrit avec des mots qui nous étonnent et qui nous surprennent. "La terre tremble, l'ange du Seigneur descend du ciel, roule la pierre et s'assit dessus et les gardes sont effrayés." C'est sans doute ce qui a inspiré ce merveilleux tableau de Finsonius. Il y un caractère de dramatisation, de pathétique dans cette description de saint Matthieu, mais qu'est-ce que cela veut dire ?

       La Résurrection, vous l'avez remarqué, dans ce récit on ne parle pas de Jésus. On parle du tremblement de terre, de l'ange, des gardes effrayés, de la lumière de l'éclair. Voilà ce que cela veut dire. Il y a eu ce moment où la terre a tremblé, où le monde a perdu son assurance et sa consistance. Pour habiter dans une région où il y a quelques tremblements de terre, c'est une expérience tout à fait spéciale dans laquelle on a l'impression que la terre se dérobe. La terre qui tremble c'est pour signifier que le monde perd son assurance, sa fermeté. Il se produit comme une sorte de craquement, de fissure, de brisure et alors l'ange, c'est-à-dire le monde céleste, fait irruption dans ces brisures de la terre. La Résurrection c'est précisément ce moment où le ciel, l'amour de Dieu, la demeure de tous les saints, ici signifié par la présence de l'ange, fait irruption, fait craquer la terre et commence à y infiltrer, comme on infiltre une semelle de béton pour solidifier le sol, y infiltrer la présence même de la vie du Royaume et de la Résurrection. C'est exactement cela que veut nous dire Matthieu. Et à ce moment-là les gardes, qui symbolisent les forces obscures du mal, de la haine, qui cherchent à empêcher, à tenir captif l'amour de Dieu, les gardes sont complètement anéantis, ces forces sont complètement détruites. C'est la lumière de l'éclair, c'est la venue soudaine du Royaume.

       La terre, notre terre, notre vieille terre, avec tout ce qu'elle comporte, est comme fissurée de l'intérieur pour que surgisse, au cœur même de cette terre, le mystère de l'amour de Dieu, de la visite de son messager. La Résurrection, c'est le surgissement du salut au cœur du monde. La Résurrection, c'est le surgissement du Royaume dans notre terre usée, brisée, abîmée par le péché. Mais les femmes reçoivent la salutation de l'ange qui leur dit : "Ne restez pas ici!" Ce n'est pas ici qu'il faut rester. Ce lieu doit demeurer pour ainsi dire secret. La seule trace qu'il y en aura, ce sera un tombeau vide. "Mais partez !" Et dans le moment même où elles partent, le Christ leur apparaît. Les femmes qui partent, à partir de la Résurrection c'est l'Église. C'est l'Église qui s'avance et dans cette course de l'annonce du Royaume de Dieu qui n'a jamais fini, qui ne s'arrêtera jamais au cœur de ce monde. Et là, le Christ vient. Il n'est plus à l'endroit même de la résurrection. Il les rencontre un peu plus loin. L'ange leur dit : "Il n'est pas ici ! Allez plus loin ! " Et quand Jésus s'approche il leur souhaite la paix. Jésus n'est plus dans le tombeau. Il n'est plus dans la vieille terre fissurée, Il est parti, Il a précédé les femmes et Il précède les disciples en Galilée. Il est devant. Il est devenu notre avenir. Il est devenu notre condition nouvelle. Il est devenu l'avenir de ce peuple qui est son peuple, qui est l'Église.

       Pour nous qui allons aujourd'hui célébrer deux sacrements de façon plus spéciale, le baptême d'Adrien et la première communion d'Alexandre, cela est plein d'enseignement. Un sacrement, c'est le fait que le Christ n'est plus dans un tombeau mais qu'Il nous précède toujours. Quand Adrien va être plongé dans l'eau du baptême, le Christ l'a précédé. L'amour de Dieu l'a appelé de toute éternité et le Christ vient à sa rencontre comme lors que les femmes couraient en s'éloignant du tombeau. Le Christ dira simplement à Adrien : "Je te salue ! Je t'apporte ma paix Je t'apporte ma vie, mon amour ! Désormais je suis ta vie, je suis le Royaume de l'amour qui t'es offert".

       Et pour toi, Alexandre, tu as déjà reçu la vie de Dieu au jour de ton baptême mais le Seigneur va venir et Il va te dire aussi : "Je te salue. Je t'apporte la paix, la paix de la communion, la paix de l'amitié, la paix du bonheur et de la joie partagée." Tu connais cela. Tous les jours, en famille, quand vous prenez le repas, c'est le moment de la paix, de la joie. Et bien là, c'est le Seigneur Lui-même qui t'invite a son repas et qui te propose la plénitude de sa paix et de son amour. Mais souviens-toi bien de ceci : Le Seigneur ne nous donne pas son pain pour nous rassasier. Tu sais, souvent, après les repas humains, on est tellement fatigué, qu'on a envie de faire la sieste. Mais quand on communie on reçoit toujours le pain en petite quantité, pour qu'on ne s'endorme pas en route. Car le Seigneur nous conduit plus loin. Il nous donne le pain pour marcher à sa rencontre, pour aller plus loin, pour aller vers l'avenir qu'Il nous ouvre. Tu te souviendras bien de cela Quand on reçoit le pain de Dieu, c'est le Christ qui vient pour agrandir en nous le désir de l'aimer, le désir d'aller à sa rencontre, le désir de le connaître et de vivre avec Lui.

       Alors, tant pour Adrien que pour Alexandre, qu'à travers la grâce qu'ils vont recevoir, nous aussi nous recevions la véritable grâce de la plénitude du bonheur et de la joie de Dieu, de ce Christ qui a quitté le tombeau pour ouvrir notre cœur fissuré par le péché, pour l'ouvrir à la vie éternelle et au bonheur de son Royaume.

       AMEN

 

 
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