AU FIL DES HOMELIES

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POURQUOI CHERCHEZ-VOUS PARMI LES MORTS ?

Ac 2, 14+22-36 ; Lc 24, 1-12

Lundi de Pâques – A

(5 avril 1999)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

P

ourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant? Il n'est pas ici, il est ressuscité ! Ces femmes, Marie-Madeleine, Jeanne, Marie, et peut-être d'autres qui arrivent au tombeau savent très bien ce qu'elles cherchent. Elles cherchent sim­plement un homme qu'elles ont connu, un homme qu'elles ont aimé, un homme dont on sait désormais, un homme dont elles ont pris conscience, qu'il était mort, que sa vie s'était arrêtée. Et donc, elles font normalement, de manière ordinaire ce qu'on fait pour tous les morts. Elles apportent ce qui est nécessaire réellement à la sépulture, parce que les obsèques ont eu lieu très très vite, et que lorsqu'elles vont au tom­beau, elles ne s'attendent pas à autre chose que d'y trouver une tombe, éventuellement, d'y trouver le mort ! Et leur être physique, intérieur, est tout tourné vers la mort, il est intérieurement tourné vers la mort parce qu'elles sont certainement tristes, repliées sur leur cœur, et elles sont ainsi simplement à même de faire les derniers gestes, des gestes contre nature, si minimes soient-ils, à celui qui les a quitté.

C'est pourquoi l'effet de la Pâque va se res­sentir directement sur ces femmes : elles ne s'atten­daient pas à ce que la pierre soit roulée, à ce que le tombeau soit vide, et encore moins à ce que deux êtres vêtus de blanc leur apparaisse. Et ils disent cette phrase capitale : "Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est vivant, , il n'est plus ici, où cher­chez-vous, et pourquoi cherchez-vous ? Il est ressus­cité !"

Oui, pourquoi cherchez-vous parmi les morts, Celui qui est vivant, il est ressuscité ! Et lorsqu'elles entendent cette phrase étonnante, l'évangile nous dit : "elles ont le regard à terre", elles sont encore sur ce qui est mortel, sur ce qui est de l'homme, et cette phrase va les ouvrir. Elles étaient certainement venues avec une manière d'être, dans leur démarche elle-même, comme on va au cimetière, et elles vont en repartir avec un autre regard, une autre manière d'être, de comprendre les choses, et certainement avec une démarche différente. Qu'est-ce qui s'est passé, une simple rencontre, une simple phrase qui est appuyée sur un souvenir, au moins au premier abord. Ce qui pour nous n'est plus un souvenir, mais un mémorial, ce que l'on appellera même une anamnèse, lorsque dans la liturgie de l'eucharistie, nous disons : "Il est grand le mystère de la foi", nous proclamons la nais­sance, la mort, la passion, la résurrection, la venue dans la gloire, nous faisons donc anamnèse.

Rappelez-vous ce qui était dit ? C'est le Christ lui-même qui a dit : "Il faut que le Fils de l'Homme souffre, et qu'il ressuscite ..." Elles ont donc mémoire elles-mêmes d'une parole qu'elles avaient déjà enten­due, et qui d'un seul coup, ce jour-là, prend un sens, effectivement, Jésus l'avait dit, et du coup, cela induit une confiance parce que la parole des anges, c'est la même que celle de Jésus, la parole de ces émissaires, de ces envoyés, c'est la même que celle de l'homme qu'elles aiment, et elles se souviennent, et ce souvenir induit une confiance, deux hommes qui disent exac­tement la même chose que celui que nous avons connu ! Et du coup, la Pâque s'ouvre à elles. La Pâ­que, qu'est-ce que c'est ? c'est un passage, c'est un changement de situation, et elles changent, elles ne repartent pas du tout comme elles sont venues. Elles se sont appuyées sur la foi et le mémorial, pour que dans la confiance, s'opère en elle un autre regard et une espérance. "Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est vivant ? Il n'est pas ici, il est res­suscité." Les saintes femmes font ainsi l'expérience effectivement que le Christ n'est pas ici, il est mieux qu'ici, il est en nous, parce que désormais, sa parole, son mémorial, c'est moi qui le porte, sa parole qui construit, qui édifie et qui donne la vie,( ne devait-il pas souffrir et ressusciter ?) c'est désormais les fem­mes qui l'annoncent, même si elles ne sont pas crues, cela c'est autre chose, mais elles sont les prophètes, les porteuses de cette parole, de cette Pâque. Et peu à peu, "Il n'est pas ici", parce qu'il est dans le cœur de chacune de ces femmes, il est au cœur même de leur vie. Et c'est comme cela que peu à peu, doucement, réellement, simplement, la Pâque fait son effet, c'est-à-dire qu'elle se répand de ce lieu où "il n'est pas ici", dans le cœur de tous les hommes, où désormais, le Christ est vivant. Il suffit de se rappeler la Pâque, de faire mémoire de cette Pâque, et donc de faire confiance à celui qui nous a dit :"Je ne vous laisse pas orphelins, je vous donne ma vie, je suis avec vous jusqu'à la fin du temps". Pour que nous aussi, à la suite des saintes femmes nous soyons ceux-là même qui acceptions de vivre dans l'espérance, la confiance l'amour qui n'auront plus de fin.

Frères et sœurs, pour vivre cela, il faut que nous soyons ressuscités, il faut que nous soyons ceux qui accomplissent la Pâque ? C'est le baptême qui nous l'a donné. Et faisons attention, nous n'avons pas "été" baptisés, nous "sommes" baptisés. Cela veut dire que ce n'est pas un acte lointain, mais la Pâque, c'est aujourd'hui, et si nous sommes baptisés, la Pâque va se réaliser aujourd'hui, et cela veut dire qu'aujour­d'hui, il nous est dit : "Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est vivant, il n'est pas ici, il est ressuscité". Pourquoi cherchez-vous encore au quoti­dien dans la mort, par nos actes, par nos paroles, par nos gestes, par nos jugements, etc ... mais nous ne faisons que chercher encore dans la mort.

Or, il faut que s'opère en nous la Pâque. Et cette Pâque, c'est de relever notre regard du sol, de le lever sur le monde et de voir la vie l'espérance, la lumière du matin de Pâques, puisqu'il est vivant, il est ressuscité, il n'est pas ici, il est sorti du tombeau, et il est dans le secret de notre vie, de notre cœur.

 

 

AMEN

 

 
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