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IL N'EST PAS ICI ... JE VOUS SALUE !

Ac 2,14+22-36 ; Mt 28,1-10

Lundi de Pâques – B

(24 avril 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, j'aime beaucoup l'évangile que nous venons d'entendre parce qu'il est presque contradictoire. Les femmes arrivent au tom­beau, et le message de l'Ange est le suivant : "Il n'est pas ici. Allez le chercher, allez voir les disciples, allez dire qu'Il sera en Galilée". Mais elles n'ont pas plutôt tourné les talons que Jésus vient à leur rencontre et leur dit : "Je vous salue". L'Ange dit : "Il n'est pas là", et aussitôt après, Il est là. Cela peut paraître bi­zarre, on peut mettre ce fait sur le compte de la fantai­sie du rédacteur, je ne sais pas et cela ne m'intéresse pas beaucoup, mais ce qui m'intéresse c'est de voir ce paradoxe de la Résurrection : à la fois Il n'est pas là, mais Il est présent ! Si aujourd'hui nous sommes croyants ce n'est pas parce que nous avons prise sur le Christ, ce n'est pas parce que nous le tenons ou que nous en serions les propriétaires, les héritiers, les pos­sesseurs. Il n'est pas ici ! Quand nous disons que le Christ est ressuscité, nous disons vraiment qu'Il nous a précédés, Il est avant nous, il est notre aîné, Il a ouvert les cieux, Il nous a ouvert ce monde nouveau auquel nous n'avons pas encore accès. Donc, la Ré­surrection, c'est cet appel à aller le chercher plus loin, ailleurs, là où le Christ se trouve à la droite du Père. Et en même temps, pourtant, cela paraît contradic­toire, Il est là aujourd'hui : "Je vous salue". Et quand nous sommes là pour l'eucharistie c'est le Christ qui vient au-devant de nous et pour nous saluer, Il nous offre comme il va le faire dans un instant, son corps et son sang. C'est cela le statut de la Résurrection, à la fois appelés à rencontrer le Christ là où Il n'est pas, c'est-à-dire ailleurs que dans son tombeau, et en même temps rencontrer le Christ là où Il est, là où Il peut se rendre présent à nous dans son Eglise.

C'est pour cette raison que nous sommes heu­reux de pouvoir baptiser Kelly aujourd'hui parce qu'en fait, en ce jour de la Résurrection, cet évangile lui trace pour ainsi dire tout le programme de sa vie, tout le programme de sa formation et de son apprentissage et de sa découverte de la foi chrétienne. A la fois nous lui dirons, Jésus n'est pas ici, et pour un enfant c'est particulièrement émouvant de lui dire : "Dieu sera toujours au-delà de toi". C'est presque tout le pro­gramme de l'éducation d'un enfant : le faire sortir de cet état d'enfant dans lequel il est, qui est un état in­complet et pourtant il aurait tendance à se complaire. Éduquer un enfant aussi bien humainement que dans la foi, c'est l'appeler toujours à sortir de lui-même, et quand nous baptiserons Kelly, tout à l'heure, on va l'appeler à sortir d'elle-même, il faut qu'elle rencontre Dieu au-delà d'elle-même, c'est cela qui est merveil­leux dans l'éducation d'une enfant, c'est de sentir tou­tes ses possibilités, et de lui dire : "toi tu ne les vois pas, tu ne les comprends pas mais cependant, Dieu t'appelle au-delà de toi, et tes parents et à travers tous ceux et celle qui seront auprès de toi pour ton éduca­tion, nous t'appellerons à sortir de toi-même. Et par le baptême, nous la faisons enfant de Dieu, demeure de l'Esprit Saint. Jésus aujourd'hui vient au-devant de Kelly par le geste du baptême, il la salue comme son enfant bien-aimée dans laquelle Il veut faire resplen­dir la puissance de sa gloire et de sa Résurrection".

Frères et sœurs, que ce statut de l'existence chrétienne, aussi bien pour Kelly qui aujourd'hui va être baptisée, que pour nous qui sommes baptisés depuis plus longtemps, que ce statut nous révèle nous-mêmes dans notre propre foi chrétienne. C'est une foi étonnante et déconcertante, elle nous appelle au-delà de nous-mêmes, et en même temps, le Christ est vé­ritablement là au milieu de nous, c'est Lui qui baptise, c'est Lui qui donne son corps et son sang, c'est Lui qui fait de nous l'Église, qui fait de nous son corps pour la Vie éternelle.

 

 

AMEN