AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE FRÉMISSEMENT DE LA RÉSURRECTION

Ac 2, 14+22-36 ; Mt 28, 1-10

Lundi de Pâques – C

(16 avril 2001)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Q

uittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples".

Ce passage de l'évangile sur la Résurrection de Jésus est un évangile en mouvement. Il y a un premier mouvement, un évènement, et un second mouvement. Quand les femmes arrivent au tombeau, elles ne sont pas émues et pleines de joie. Marie de Magdala et l'autre Marie sont certainement remplies de bien d'autres sentiments que la joie, ce serait plutôt la tristesse, même cette profonde rancœur contre les hommes qui ont tué leur Bien-Aimé, Celui, comme dit le Cantique, "que leur cœur aime". Là, il y a un mouvement à partir d'un évènement incontrôlable dont elles ne sentent finalement que la répercussion. Car la résurrection de Jésus elles ne la perçoivent pas directement, elles en perçoivent d'abord les consé­quences. Alors, certes, un ange leur parle, certes, cet ange roule la pierre, certes, il s'asseoit sur cette pierre et leur donne une annonce, mais ce n'est pas d'abord le Christ ressuscité qui leur apparaît et qui leur dit : "regardez, Je suis ressuscité". L'ange leur dit même : "regardez le lieu où Il était mis, le lieu où Il gisait." Ce lieu, puisque Jésus est ressuscité, ce lieu est vide, on ne voit plus Jésus. Mais elles repartent émues et pleines de joie à cause des conséquences de la résur­rection, car même si elles voient l'ange, celui-ci n'est que l'écho et la répercussion de la résurrection. Cela signifie d'abord que le ciel lui-même a été atteint par l'évènement, le ciel lui-même a tremblé, a frémi à la joie de la résurrection. Les anges eux-mêmes ont été touchés par cet évènement. La résurrection ne concerne pas seulement le ciel, Jésus ne ressuscite pas à la gloire de Dieu le Père uniquement, pour les beaux yeux de Dieu. Non Il ressuscite aussi pour la terre.

C'est le deuxième espace dans lequel va se déployer cette résurrection. Cette annonce aux fem­mes alors que ceux qui gardaient le tombeau eux sont saisis de frayeur et tombent comme morts, tandis que les femmes sont réveillées de leur tristesse, de leur peur et de leur crainte, et elles peuvent repartir "tout émues et pleines de joie". Elles ont la charge ensuite de perpétuer ces ondes, ces conséquences de la résur­rection. C'est Jésus d'ailleurs Lui-même qui le leur dit : "Maintenant, allez annoncer à mes disciples. Soyez comme les anges, comme ceux qui répercutent, comme ceux qui se font l'écho de cette voix qui a crié dans la nuit, que le Christ est vivant et ressuscité".

Cela me fait penser à une chanson que vous connaissez certainement de Michel Legrand qui dit ceci : "Comme la pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau, et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l'eau, tu fais tourner de ton nom au vent des quatre saisons, tous les moulins de mon cœur". Je pense que la résurrection, c'est exactement pareil. Oui, la pierre a été roulée et comme la pierre qui tombe dans l'eau vive et y disparaît, on n'en voit ensuite plus que les ondes, plus que la répercussion. Et le courant de l'eau, le courant de notre vie continue à passer, l'histoire se déroule, et pourtant la pierre sur laquelle les bâtisseurs vont construire, la pierre d'an­gle est là, tout peut s'édifier. Notre vie passe, telle une Pâque, sans cesse sur cette pierre qui reste dans notre vie. Sans cesse dans nos vies, parce que la résurrec­tion est jetée comme cette pierre dans l'eau vive du ruisseau, nos vies passent sans cesse et peuvent reve­nir sur l'évènement de la résurrection. Tout ce que nous vivons, tout ce que nous sommes peut prendre sens. Il suffit d'avoir les bonnes ailes du moulin. Que ce soient celles du moulin à eau, qui vont faire tourner la grande roue pour broyer les grains qui vont donner la pâte et l'Eucharistie, ou que ce soient les ailes du moulin à vent, que ce soit le vent de l'Esprit, celui de la brise d'automne ou le vent coulis du printemps, peu importe, c'est toujours le vent qui vient faire tourner les moulins de notre cœur.

La résurrection ce n'est rien d'autre que cela, sentir, frémir à cet évènement qui peut transformer notre tristesse en joie. Oui, tout ce que nous vivons, et comme nous le montrent aujourd'hui Yvette et André, par l'amour, le mariage, toutes les réalités de notre vie, par l'amitié, les rencontres, par toutes les rela­tions, les communications, peut s'établir la résurrec­tion. A nous d'en être les disciples, mais les disciples qui repartent émus et pleins de joie.

 

AMEN


 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public