AU FIL DES HOMELIES

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MILLE QUESTIONS NE FONT PAS UN DOUTE

Ac 2, 14+22-36 ; Lc 24, 1-12

Lundi de Pâques – A

(1er avril 2002)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

a bonne nouvelle de la Résurrection qui cons­titue le cœur de notre foi, de notre vie chré­tienne est une réalité, un mystère qui est très difficile à croire. Et dès la première génération, c'est pour cela qu'il ne faut pas s'affoler si pour nous-mê­mes c'est encore quelque chose de difficile à accepter, dès la première génération, on a ressenti cette diffi­culté.

L'évangile de ce matin est un petit résumé de toutes les difficultés qu'il y a à croire à la Résurrec­tion. Donc, il faut qu'on se le tienne pour dit, si nous sommes chrétiens, si nous croyons à la Résurrection du Christ, si nous croyons à la vie éternelle, ce n'est pas simplement parce que nous croyons vaguement que tout le monde ira au Paradis, mais c'est vraiment parce que nous sommes affrontés à une réalité très profonde, très difficile à accepter, et qui va à re­brousse-poil de toutes nos manières de penser.

Le premier détail qui me paraît important, c'est que ce ne sont pas les femmes elles-mêmes qui sont capables de comprendre ce qui s'est passé. Elles arrivent au tombeau, et elles trouvent un tombeau vide. En soi, quand vous trouvez un tombeau vide, vous ne pensez pas immédiatement à la Résurrection. On a envie de dire, comme dans un autre évangile on le dit également : "on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l'a mis ". Là évidemment, les femmes sont devant le tombeau vide et elles ne savent pas quoi penser. Elles sont démunies. Il faut passer par là, par cet aspect "démuni", devant la réalité du tombeau vide. A ce moment-là, l'évangile nous dit qu'il y a deux personnages très mystérieux qui sont vraisem­blablement des anges, c'est-à-dire des personnes qui ne sont pas de ce monde (je n'ose pas dire des extra-terrestres), des non-humains, qui eux seuls sont capa­bles d'expliquer aux femmes ce qui s'est passé. La bonne nouvelle de la Résurrection, la compréhension de ce qui se passe n'est pas simplement de l'ordre de l'intelligence humaine. Ce n'est pas nous tout seul qui avons inventé que le Christ est ressuscité, cela nous a été donné d'en haut. C'est une première chose. Pour les femmes, cette révélation, car c'en est une, est quelque chose qui les comble de joie, qui les remplit de bonheur, et l'évangéliste nous décrit ces femmes au tombeau qui sont comme éblouies de la bonne nou­velle qui leur est annoncée par les deux personnages mystérieux qui leur interprètent le sens des événe­ments, seules, elles n'y auraient rien compris, et tout heureuses, elles s'en vont l'annoncer aux personnes censées être les plus intéressées par ce qui vient de se passer, c'est-à-dire les apôtres. Or, cela ne marche pas. Les apôtres disent : ce sont encore des histoires de bonne femme, c'est cela que la parole des apôtres veut dire en termes concrets : "Ils tinrent cela pour de purs radotages", ce qui veut dire que cela ne tient pas de­bout ! Non seulement, c'est difficile à deviner, à com­prendre, mais c'est difficile à communiquer. Donc, il faudra aussi que les apôtres aillent voir le tombeau vide, et l'on nous dit que Pierre quand il arrive devant le tombeau vide, ce n'est pas très évident pour lui non plus.

C'est pour cela que dans le récit, petit à petit, les enchères montent, jusqu'au moment où c'est effectivement le Christ qui dit à ses disciples : "Voilà, Je suis là au milieu de vous". Donc, je trouve que ces récits de la Résurrection, loin d'être des récits naïfs comme on le dit souvent, des petites histoires pour nous encourager à croire, non ! C'est vraiment l'his­toire des difficultés qu'il y a eu à croire à la Résurrection.

Je crois que pour nous, c'est d'un grand se­cours, parce que cela veut dire plusieurs choses. La première chose, cela veut dire que pour nous aujour­d'hui encore, il ne faut pas être scandalisé si intérieu­rement, pour nous, c'est difficile à croire. C'est vrai que de croire que cet homme qui a été méprisé par tout le monde, qui a échoué complètement dans sa mission, qui a été crucifié, qui a connu la mort la plus ignoble, que cet homme, c'est le Sauveur, et que c'est l'unique source de vie pour l'humanité, ça c'est un véritable pari. Si cela ne venait que de nous, ça ne marcherait pas. Moi personnellement, je pense que c'est une des raisons pour lesquelles je crois à la Ré­surrection. On n'a pas pu l'inventer. Il a fallu qu'on nous en dévoile profondément le sens. Ce n'est pas une construction de l'esprit humain Et deuxièmement, et je dois dire que c'est la chose la plus intéressante, c'est que même quand on en est convaincu, on n'arrive pas à le partager, et aujourd'hui encore, cela reste difficile. Aujourd'hui encore, quand on essaie de se dire le mystère de la Résurrection, on sent bien que ce n'est pas facile, et que ce n'est pas facile de convain­cre. On a envie de dire : finalement, si vous y croyez, croyez-y, mais nous cela ne nous intéresse pas.

Or, voilà vingt siècles que cela dure cette ré­sistance. Et là aussi, je me dis : si cela fait vingt siè­cles qu'on essaie malgré tous les obstacles et toutes les difficultés à s'annoncer les uns aux autres la Ré­surrection, c'est qu'il doit quand même bien y avoir quelque chose là derrière. Je crois que la Résurrec­tion, c'est un défi de Dieu pour nous dire : vous n'imaginez pas ce que Je vous ai préparé. C'est diffi­cile pour vous à accepter.

Et je trouve très beau qu'aujourd'hui pour le baptême d'Adrien, on ait lu ce texte, parce que pour nous aussi, apparemment comme parents, parrain et marraine, famille, paroisse où Adrien est baptisé, on peut bien penser qu'on lui apprendra le catéchisme. Mais ce n'est pas aussi simple que cela. En réalité, on lui apprendra des choses difficiles, dures à croire. Apparemment maintenant, il est totalement perméable et il est capable d'accepter tout ce qu'on lui dit, mais peut-être qu'un jour, il réfléchira dans sa tête et qu'il dira : ce que mes parents, ce que mon curé, ce que la catéchiste m'a raconté, est-ce que c'est viable ou pas ? Est-ce que ça tient ou pas ?

Je crois que c'est une réaction normale d'avoir vis-à-vis de la Résurrection cette attitude qui consiste sans cesse à être en interrogation.

Je voudrais terminer par une phrase qui m'a beaucoup éclairé sur la question de la résurrection. Cette phrase vient d'un ecclésiastique anglais, qui s'est converti, qui est devenu un cardinal, c'est le cardinal Newman. Il vivait dans une époque très marquée par la science où l'on critiquait la religion, disant que ce qu'elle racontait c'étaient des fables, des mythes, etc... Les chrétiens étaient inquiets quand ils se posaient des questions, quand ils se demandaient ce que voulait dire croire à la Résurrection. Et Newman disait tou­jours : "Mille questions ne font pas un doute". Je crois que cela veut exactement ceci : la Résurrection est un mystère sur lequel il faut se poser des questions, il faut interroger, il faut provoquer Dieu, il faut mettre Dieu au défi, puisqu'Il nous met Lui-même au défi. Le doute, c'est quand on a décidé qu'on ne pouvait rien savoir. Le doute, c'est le bureau des affaires classées. C'est dans les tiroirs et les placards, ça c'est le doute. Mais la question, c'est de se dire : je m'y casse les dents, mais tant pis, j'y vais, je cherche !

Je crois qu'aujourd'hui, quand on baptise Adrien, que ce soit pour nous l'occasion de nous re­nouveler le cœur, en nous disant qu'effectivement ce mystère dans lequel on va le plonger, la mort et la Résurrection du Christ, que ce soit pour nous une nouvelle fois l'occasion de nous poser la question, non pas de rester distants, mais de nous dire : ce qu'il commence à vivre par l'amour de Dieu, qu'est-ce que cela veut dire encore pour nous. Sommes-nous donc tellement blasés que nous avons enfoui la foi au bu­reau des affaires classées, ou bien, sommes-nous ca­pables, quel que soit notre âge, notre génération, de réveiller en nous cette question profonde : "mais qui es-Tu Seigneur ? Et qu'il nous réponde au fond de notre cœur : "Je suis le Vivant, le Ressuscité, Celui qui vient apporter la plénitude de la joie et de la vie éter­nelle à Adrien aujourd'hui".

 

 

AMEN

 

 
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