AU FIL DES HOMELIES

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LE DOUBLE RÉGIME

Ac 2, 14+22-36 ; Mt 28, 1-10

Lundi de Pâques – B

(21 vril 2003)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l suffit d'une étincelle pour mettre le feu. Il a suffi d'un moment au matin de la Résurrection pour que le monde, sans qu'il le sache, se trouve transformé. Mais la transformation est comme invi­sible, elle est cachée dans le secret des cœurs de ceux qui en ont été les témoins, dans le cœur des femmes de cette lecture, dans le cœur des apôtres, il y a ce germe qui va bouleverser l'ensemble du monde. Nous étions un milliard la nuit dernière à fêter la Résurrection, mais ce germe avait commencé dans le secret du cœur des femmes, dans le mélange du doute et de la stupéfaction, voire même de l'effroi.

La première chose qui est demandée dans cette Résurrection, c'est de détourner les yeux de l'endroit où nous les portons instinctivement, c'est-à-dire vers la mort. Jésus n'apparaît aux femmes que lorsqu'elles se détournent du tombeau vide où il n'y a plus rien à voir et qu'elles se tournent vers Celui qu'elles commencent à attendre et qu'elles peuvent enfin reconnaître et qui est, Lui, du côté de la Vie. Ces apparitions qui vont ponctuer et rythmer tout ce temps pascal, qui vont donner cette tonalité de lumière très intense, très intime et familière à la fois, et définitive, non seulement à ceux qui vont le voir, mais aussi à ceux à qui l'on va le raconter, et à nous qui le recevons, c'est à ceux qui se détournent de la mort, pour se tourner vers la vie.

Et nous, nous sommes encore dans ce mo­ment où nous serions tentés de garder nos yeux sur ce qui ressemble à de la mort, alors qu'il nous faut sans arrêt combattre instinctivement ce vers quoi nos re­gards sont attirés, pour les ouvrir à ce que nous ne voyons pas encore, commençons à entrevoir et com­mençons à pressentir, et qui est du côté de la lumière du Christ. Mais nous ne pourrons recevoir cette pleine nouvelle que si nous luttons en nous-mêmes contre ce qui ne s'ouvre pas à l'espérance de la foi. Et le régime même qui nous permet de détourner les yeux, de dé­tourner le corps, c'est la foi, la confiance, comme si nous avions parfois en pleine nuit, à regarder vers l'avènement de l'aurore qui va venir et à y croire. Et le chrétien est celui qui, tout en sachant par la foi, at­tend. Il y a en lui le double régime de la conviction, de l'inquiétude et de l'attente de l'avènement définitif du Christ. Nous serons toujours partagés dans la confiance que nous mettons dans la victoire du Christ ressuscité sur la mort, et en même temps, dans la constatation que la victoire n'est pas définitivement acquise mais que notre foi l'attend, l'appelle, le désire. Et nous allons rentrer là dans le plein régime de notre humanité qui est, en posant des actes, comme le bap­tême d'Alexis, en posant des actes comme de venir à l'eucharistie, nous posons les actes de l'espérance de notre corps et de notre regard qui se tournent définiti­vement vers celui qui notre cœur attend.

Que les actes que nous posons en ce jour nous permettent à nous et au monde dans lequel nous sommes, d'entendre les pas du Bien-Aimé qui vient vers nous, d'entendre la Résurrection qui commence à se faire entendre et qui ouvre les tombeaux de toutes nos vies.

 

Christ est ressuscité ! Alleluia !

 

 
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