AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE TOMBEAU

Ac 2, 14+22-36 ; Mt 28, 1-10

Lundi de la semaine de Pâques – C

(12 avril 2004)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, j'aurais voulu en ce lundi de Pâques partir de cette question très simple à partir de l'évangile : comment regardons-nous le tombeau ? Comment le tombeau du Christ est-il regardé d'une part par les gardes, et d'autre part par ces femmes qui viennent au petit matin pour le contempler ? Les gardes n'ont pas demandé à regarder le tombeau, ils sont payés pour le garder et c'est tout, mais je crois qu'au-delà de cette remarque très simple, la fonction de garder le tombeau de Jésus, vous le savez, c'est très simple, pourrait s'approcher de cette idée qu'il ne faut pas que les choses changent. Un garde est là pour garder les choses, et pour qu'elles restent dans leur état. C'est la première réflexion.

La deuxième qui est un peu plus complexe, et beaucoup plus intéressante, c'est la manière dont les femmes viennent au tombeau. Elles viennent contempler le tombeau, c'est-à-dire qu'elles viennent contempler un tombeau qui est le signe de la mémoire de Dieu. Un peu comme nous aussi, nous venons nous recueillir sur la tombe de nos défunts et que le tombeau a une fonction de souvenir et de mémoire, c'est-à-dire la manière dont nous pouvons nous remémorer, d'une certaine manière, rendre à la vie le défunt que nous aimons, et nous rappeler les meilleurs souvenirs, et quelquefois aussi les moins bons. Il me plaît de penser justement que ces femmes qui sont venues contempler le tombeau du Christ, n'ont pas pu s'empêcher de penser au Christ lui-même qui, quelques semaines auparavant, venait contempler le tombeau de Lazare.

Aussi, je crois qu'on peut découvrir une pre­mière fonction très simple du tombeau, et que les païens connaissaient aussi, dans le monde gréco-latin, c'est que le tombeau a pour fonction d'éviter que la personne tombe dans l'oubli. Le pire du pire, c'est de ne pas avoir de lieu où se recueillir, afin de rendre la vie au défunt. C'est la fonction du tombeau dont on peut traduire dans certaines langues en termes de mémorial, de mémoire, et c'est la fonction aussi quel­quefois de sculptures, de statues, qui est de rendre présent, et d'éviter que l'autre retombe dans l'oubli, l'oubli étant la pire des morts. Ce qui est beau dans ce séisme que ces femmes vont vivre, et ce qui est aussi très émouvant dan l'ébranlement que le christianisme va déclencher à travers ce culte du souvenir, c'est que pour les chrétiens, venir contempler la mort, venir contempler le tombeau de celui que nous aimons n'a pas uniquement pour but de nous souvenir de l'autre. Il y a le fameux "souvient-toi" du judaïsme, mais ce "souviens-toi " est beaucoup plus large qu'uniquement une sorte de maintenance de l'autre. Il a pour but en fait d'élargir et de nous faire aller ailleurs. L'histoire dans le christianisme, le passage de la mort à la vie, la contemplation de la mort, la contemplation de l'évé­nement passé, n'a pas pour but uniquement de nous faire rentrer dans une sorte de maintenance pour évi­ter l'oubli, ce qui était la fonction des poètes dans l'Antiquité. Comment écrire des vers, comment écrire des poèmes afin de garder le souvenir ? Mais cette fois-ci nous découvrons à travers le message de l'Ange aux femmes qu'il ne s'agit pas de rester là uni­quement à se rappeler les bons repas et les marches en Galilée avec Jésus, au contraire, il faut dépasser et aller plus loin.

La conclusion qu'on peut tirer de cette ma­nière d'envisager l'histoire, dans ce séisme qu'est la Résurrection, c'est de dire que la mémoire et l'apos­tolat, être à la fois dans la mémoire et à la fois être apôtre, c'est la même démarche. On ne peut pas se remémorer, sans aller annoncer la Bonne nouvelle, c'est impossible. On le voit très bien dans la première lecture avec saint Pierre, qui après la Pentecôte, donne ce long discours dans lequel il traverse sa peur et va au-delà des gens pour leur annoncer la Résurrection.

Frères et sœurs, que cet événement de la Ré­surrection que nous avons vu, que nous avons contemplé lors de cette vigile pascale, à travers tous ces signes qui nous ont été donnés de découvrir, à travers l'action de l'Esprit Saint dans le cœur des néo­phytes, que nous puissions nous aussi nous laisser déborder par cette mémoire, par ce souvenir, pour nous envoyer sur les routes de Galilée, annoncer à tous nos frères et sœurs la Bonne Nouvelle.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public