AU FIL DES HOMELIES

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LE TEMPS DE LA TENDRESSE

Ac 2, 14+22-36 ; Mt 28, 1-10

Lundi de Pâques

(17 avril 2006)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

J

e dois vous avouer, frères et sœurs, qu’avant ma coopération à Jérusalem, à Béthanie plus exactement, avant cette période, l’idée que j’avais du désert était une idée de carte postale que nous trouvons maintenant dans toutes les boutiques à Aix, très beaux paysages, quelque chose de très neutre, très esthétique. Et puis, étant novice en cette matière, arrivant à Béthanie, j’ai été confronté à ce désert de Juda dans lequel Jésus lui-même est venu vivre, expérimenter la vie de l’homme, ce désert de Juda que le Christ contemplait quand Il était à Béthanie chez Marie et Lazare. Le désert de Juda, qu’est-ce que c’est ? Ah ! c’est un lieu brûlant, et glaçant. Un lieu qui ne connaît aucune tiédeur. Le désert de Juda, il ne livre que le ramshin, ce vent qui à l’avance, s’annonce chez les enfants par une excitation, une fébrilité, un énervement, le ramshin terrible. Et puis, le désert de Juda, en fait ne livre sa beauté que deux fois par jour, au petit matin, quand le soleil se lève et que les rayons du soleil viennent faire miroiter la mer morte, sortant de Jordanie et éclairant ce désert de Juda. Et ce désert de Juda qui retrouve cette même beauté le soir, quand les derniers rayons du soleil viennent se projeter contre le dôme du rocher et se refléter dans une couleur rougeoyante dans le désert de Juda.

Pourtant, au cours de ces premiers mois, il y avait un travail qui se faisait en profondeur dans ce désert, un travail que j’ignorais totalement. Un principe de vie, un souffle de vie plus fort que le froid, plus fort que le vent, pus fort que la mort, un souffle qui travaillait, imperceptible à la peau, invisible à l’œil nu, et qui, à un moment donné à fait comme éclater le rocher, comme pierre, a fait éclater la terre asséchée, et comme aspirées par le ciel, par la lumière sont apparus des coquelicots. Un manteau rouge sang qui est venu revêtir le désert. C’était impossible de penser que ce désert pouvait permettre l’apparition de fleurs aussi belles et nombreuses. Alors, après le temps de l’hiver, après le temps du froid et du ramshin, c’était le temps de la tendresse. Ce désert livrait ce qu’il avait de plus beau, de plus noble, ces fleurs, ces coquelicots. Et puis, les enfants qui avaient un cœur fermé, dur, notamment à cause des violences militaires, aussi à cause des violences familiales, leurs cœurs s’ouvraient comme le désert, et ils se mettaient à courir comme une volée de moineaux aux alentours de Béthanie pour cueillir des coquelicots en abondance, en faire des gerbes, et les offrir dans un moment de tendresse aux sœurs et aux monitrices, et ces fleurs venaient alors fleurir la maison.

Tremblement de ce désert, tremblement du cœur de ces enfants qui s’ouvraient à la tendresse et à l’amour, tremblement de terre qui nous rappelle aussi saint Matthieu dans son évangile. Tremblement aussi de ces gardes qui étaient censés enfermer dans la terre le créateur de la terre. Tremblement du cœur de ces femmes qui étaient venues contempler le sépulcre de leur maître.

Frères et sœurs, en ce jour de lundi de Pâques, nous pouvons dire oui, bienheureux tremblement de terre qui a livré son fruit, bienheureux tremblement de terre dans laquelle a été planté le grain de blé, ce grain de blé qui est mort et est sorti de terre. Bienheureux tremblement de cœur qui a su fissurer le cœur de ces enfants, le cœur de ces femmes qui étaient venues contempler la mort, notre propre cœur qui est venu contempler la Passion du Christ au cours de cette semaine. Bienheureux tremblement de cœur qui a laissé surgir la vie, la Résurrection du Christ.

Puissions-nous nous aussi laisser surgir à la face du monde, et à la face de nos frères et sœurs, ce travail souterrain du Christ qui planté dans le cœur de chacun de nous, qui travaille comme dans l’invisible, quelquefois sans que nous le sachions, quelquefois sans que nous puissions percevoir sa présence vivifiante, sa force et son entêtement pour nous sauver, pour faire vivre. Frères et sœurs, puissions-nous laisser surgir le Christ de notre cœur, lui qui est tapi dans notre cœur comme ces millions de coquelicots qui sont comme endormis sous les rochers du désert de Judée, et qui n’attendent que la rosée, qui n’attendent que le printemps pour venir surgir et se donner à la beauté et au regard des hommes. Que nous puissions nous aussi resplendir de cette résurrection, que nous puissions l’offrir comme une gerbe de fleurs à tous ceux que nous aimons.

 

AMEN


 

 

 

 
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