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APPARITION A MARIE-MADELEINE

Ac 2, 36-41 ; Jn 20, 11-18

Mardi de Pâques – A

(24 avril 1987)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

es apparitions du Christ ressuscité sont assez différentes les unes des autres par leur contexte et aussi par leur contenu. Certaines ont un contenu dogmatique évident : aux apôtres le Christ montre ses plaies, son côté, et leur dit : "Voyez que je ne suis pas un fantôme, voyez que j'ai une chair et des os". A Thomas, Il précise : "Avance ta main, mets-la dans mon côté !" Et encore : "Recevez l'Esprit saint ! Comme le Père M'a envoyé, Moi aussi je vous envoie !" Ces apparitions sont comme la fondation de l'Église, dans sa structure, dans le contenu de sa foi, dans la certitude qui la fera vivre.

Et puis il y a d'autres apparitions qui semblent plus personnelles, plus intimes, qui semblent s'adres­ser moins à l'ensemble des disciples qu'à telle ou telle personne en particulier, et où Jésus va se révéler non pas par des preuves éclatantes, mais par une sorte de communication intérieure, spirituelle, au plus profond du cœur. C'est ce qui se passe avec Marie-Madeleine, c'est la toute première apparition du Christ Ressuscité et c'est pourquoi Marie-Madeleine est appelée "le témoin privilégié de la Résurrection" ou encore "l'apôtre des apôtres" puisque c'est elle qui est allée annoncer aux apôtres la résurrection du Christ.

Cette apparition à Marie-Madeleine se concentre sur ce mot de Jésus : "Marie !" Alors que ses yeux ne voyaient pas, ne reconnaissaient pas le Christ (sans doute parce que le corps du Christ Res­suscité est différent dans son apparence de ce qu'Il était auparavant), voilà qu'Il va se manifester à elle qui l'avait pris pour le jardinier en lui disant seule­ment son nom "Marie !" Jésus ne se contente pas de dire à Marie-Madeleine : je sais qui tu es. Il le lui dit avec toute l'intimité, toute la tendresse, toute la pro­fondeur d'amour qui est la sienne et que Marie de Magdala de qui Jésus avait chassé sept démons, Marie de Magdala qui l'avait suivi après cette guérison de son cœur, Marie de Magdala reconnaît à cette ten­dresse, au ton de cette voix, quelque chose d'unique qui est sa relation intime, personnelle avec Jésus.

Jésus Ressuscité, ce n'est pas seulement "l'Homme Nouveau", ce n'est pas seulement le prin­cipe d'un univers nouveau. Jésus Ressuscité, ce n'est pas seulement le "Premier-né d'entre les morts", ce n'est pas seulement Celui qui a remporté la victoire sur les puissances de l'enfer et le prince de ce monde, Jésus Ressuscité c'est Celui qui sait trouver le chemin le plus profond, le plus intime du cœur de chacun de nous. La résurrection du Christ ne l'éloigne pas de nous. Elle ne le situe pas dans un monde inaccessible, dans un univers tellement transcendant que nous ne pourrions nous en approcher que de loin et que notre entrée dans cet univers serait renvoyée à notre propre résurrection à la fin des temps, Jésus Ressuscité reste infiniment proche, infiniment intime avec chacun. Il sait le nom de chacun et Il sait le dire avec cette ten­dresse qui n'appartient qu'à Lui, parce que ce n'est pas seulement une tendresse humaine, c'est une tendresse divine. C'est donc l'amour le plus brûlant, le plus doux, le plus proche, le plus profond, le plus intime. C'est la voix de Celui qui, comme le dira saint Paul, "est plus moi que moi-même", de "Celui qui vit en moi", qui est ma propre vie.

Jésus parle à Marie-Madeleine, Jésus parle à chacun d'entre nous. Jésus Ressuscité est présent au cœur de chacune de nos vies. Et à chacun de nous comme à Marie-Madeleine Il dit notre propre nom, avec ce ton de voix et cette proximité qui sont inimi­tables, irremplaçables, que personne ne peut avoir à l'égal de Lui. Jésus Ressuscité est plus nous que nous-mêmes, Jésus Ressuscité est notre propre vie, Jésus Ressuscité, c'est Lui qui est là toujours, à toute heure, à tout instant, mystérieusement mais réellement, in­tensément présent au cœur de nous-mêmes. C'est Lui qui à tout instant nous appelle et nous invite et nous étreint et prend notre propre cœur dans ses mains et dans son cœur pour que nous soyons remplis de la lumière très douce de sa vie nouvelle qui est notre vie, car c'est pour nous qu'il l'a acquise à sa Résurrection pour nous la donner, pour que, nous aussi, nous en­trions déjà dans ce Royaume de la Résurrection. Et même si notre chair n'est pas encore passée par la mort, le tombeau et la résurrection des morts, déjà ce mystère est naissant au fond de nous-mêmes.

C'est cela le baptême, c'est nous faire déjà naître à ce mystère de la résurrection c'est-à-dire de l'intense proximité du Christ, de l'infinie présence du Christ dans notre cœur. Que Marie-Madeleine nous apprenne à reconnaître la voix du Christ, à entendre les mots qu'Il murmure au fond de notre cœur, ce nom, ce "Nom nouveau" qu'Il nous donne, par lequel Il nous appelle et nous invite. Que Marie-Madeleine nous apprenne à écouter cette voix et à marcher à sa suite pour entrer avec Lui dans ce bonheur qu'Il veut nous donner.

 

AMEN