AU FIL DES HOMELIES

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LE CHEMIN D'EMMAUS: LE CHEMIN VERS LES PAÏENS

 Ac 3, 1-10, Lc 24, 13-35
30 mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

F

rères et Sœurs, dans cet ensemble des récits d’apparition qui sont devenus les récits officiels du témoignage de la résurrection, il y a parfois certains détails auxquels nous ne prêtons guère attention et qui pourtant sont très révélateurs. Aujourd’hui, le récit qu’on appelle Les disciples d’Emmaüs, en est un. Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué, la plupart des récits de résurrection, sauf celui-là, se déroulent toujours dans des lieux qui pouvaient rappeler quelque chose aux disciples : quand Jésus apparaît au cénacle, à proximité du tombeau, ou en Galilée là où il y avait eu des moments de détente, de travail ou de pêche sur le lac de Tibériade, ou même sur la montage que l’on peut associer à celle qu’avait gravi Jésus au bord du lac de Tibériade pour proclamer la charte des béatitudes.

Tous les récits d’apparition font allusion à un épisode qui devait être assez précis dans le cœur et la tête des disciples, pour que, ayant l’apparition de Jésus ressuscité à cet endroit-là, l’identité entre celui qu’ils avaient connu avant et après la mort, soit soulignée d’un grand trait au crayon rouge géographique. « Oui, c’est bien le même que nous avons connu à cet endroit-là ». Or, il n’y a qu’un récit dans lequel on a toute chance de penser que Jésus a utilisé un endroit où il n’a jamais mis les pieds lorsqu’il était vivant sur la terre : c’est le chemin qui descend vers Emmaüs. De fait, c’était la route vers les païens, vers Césarée, vers Lode, vers la côte qui était le lieu des échanges, du commerce, de l’économie, des nouvelles citées bâties par Hérode et ses successeurs. Ce n’est vraisemblablement pas un lieu que Jésus avait fréquenté. Il a toujours fait l’aller-retour entre la Judée et la Galilée, mais il n’a pas dû aller sur le chemin d’Emmaüs, celui qui part de la côte vers l’Est, en tout cas nous n’en avons aucun témoignage dans les textes des évangiles.

 

Et c’est précisément ce lieu-là, un lieu hors lieu, que Jésus choisit pour l’apparition qui est la plus développée et la plus explicitée par l’évangéliste Luc. En effet, c’est l’apparition qui a le plus de portée universelle, car le chemin d’Emmaüs, ce sera sans doute plus tard le chemin de l’évangélisation vers les nations païennes. Quand Pierre descend à Lode, il a dû passer par Emmaüs, quand Paul va et vient entre Jérusalem et Antioche, il prend le bateau à Césarée et il a pris ce chemin-là. Le chemin d’Emmaüs est un des chemins qui a été l’ouverture à la mission chrétienne vers les païens dans les premières décennies.

 

Les deux disciples ne sont pas des païens, ils habitent à Emmaüs comme beaucoup de petites communautés juives qui sont disséminées dans cette population majoritairement païenne de la côte méditerranéenne à cet endroit-là. Jésus choisit une méthode pour se manifester qui n’a pas son équivalent ailleurs. Il commence par la parole, et il commence incognito, anonyme. « De quoi parliez-vous en chemin ? » C’est la question aux païens : « Quel est le Dieu que vous cherchez ? Quel est l’héritage religieux que vous portez ? » Jésus, presque prophétiquement, laisse entendre qu’il s’intéresse à des gens dans le fait de leur faire accoucher de ce qu’ils portent en eux mais n’arrivent pas à exprimer. Les deux disciples d’Emmaüs sont des juifs qui font figures de païens auprès de Jésus et disent « Voilà, il s’est passé des tas de choses, nous ne comprenons rien, nous ne savons pas quel est le sens de tout ça et nous rentrons à la maison ». Cet épisode met au clair l’attente de quelque chose qu’ils ne peuvent pas identifier puisqu’ils ne croient pas à l’apparition de Jésus aux femmes près du tombeau. Il est vrai que des femmes sont rentrées du tombeau et ont dit qu’elles l’avaient vu, mais ils n’y croient pas, ces deux disciples jouent le rôle de l’incrédulité païenne.

 

Et au moment où ils invitent ce compagnon de voyages étonnant, quand ils lui disent « Viens manger avec nous », le Christ fait semblant d’aller plus loin, car précisément, il veut aller plus loin, il veut que la mission s’organise jusqu’aux extrémités du monde. Jésus accepte mais la manière dont il se fera reconnaître, c’est l’eucharistie. Ce qui sera donné comme signe universel à tous ceux qui croiront en Jésus, c’est le pain rompu et le vin partagé. L’apparition aux disciples d’Emmaüs, c’est un peu notre apparition à nous qui sommes issus du monde païen, qui ne sommes pas du peuple juif et qui recevons par cette espèce d’ouverture sur le chemin d’Emmaüs, par la parole et par les sacrements, le mystère de la présence du salut et de la résurrection.

 

AMEN

 

 
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