AU FIL DES HOMELIES

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PRIER LES PSAUMES AVEC LE CHRIST

Jon 3, 1-10

(3 avril 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

O

n pourrait se demander pourquoi Jonas a eu un tel succès dans la Bible, pourquoi ce signe est devenu le premier des signes, le majeur, et que Jésus lui-même le reprend, parce que la symbolique qui s'y attache est extrêmement puissante. Cette symbolique ramène à elle tous les éléments qui sont de l'expérience de l'homme. 

Quand on lit les psaumes, on peut être étonné d'entendre une sorte de machination systématique dont le psalmiste est une victime. Il y a un complot, il y a un piège, il y a un puits, il a été pris en défaut, on l'a surpris, on l'a attaqué, on l'a cerné, on l'a submergé par les assauts. Tous ces mots-là sont les mots des psalmistes. Les psaumes reprennent la première expérience religieuse humaine, celle de l'attaque par le mal. Si on avait à trouver le premier point, le point sensible, le point de départ de la véritable expérience religieuse, ce n'est pas tant le besoin d'une protection, une sécurité, c'est d'abord que quelque chose peut me dépasser, me cerner, me submerger totalement. Une douleur, une attaque, une offense, je peux être totalement victime. 

       Et à cette première expérience, s'en ajoute une autre, plus complexe encore, que non seulement je peux être la victime, mais je sais qu'il y a en moi capacité d'être aussi le bourreau. C'est-à-dire que le mal que je ressens, dont je peux essayer de décrire l'expérience, qui est d'ailleurs la manière dont les psaumes vont décliner cette première expérience originaire, malheureusement, elle trouve un écho en moi. Ce mal extérieur trouve en moi un mal possible intérieur, même si je ne l'ai pas commis, j'en sens en moi les capacités. Evidemment le psalmiste se situera davantage du côté de la victime que du côté du bourreau, il n'y a pas de psaume de bourreau dans la Bible, on ne les a pas retenus, on a retenu que les autres. Mais ce qui est au fond de l'expérience, c'est la manière dont le mal dans son imprévisibilité, son absurde, peut venir frapper le point le plus faible de l'homme : son innocence, et l'on sent les plaintes de cette expérience qui ouvre à la foi. 

       C'est pourquoi le signe de Jonas, Jonas qui se refuse d'abord à la rencontre avec Dieu, et qui ensuite est amené à être englouti puisqu'il se refuse à cette rencontre, la conséquence en est, non pas que Dieu le punit, mais qu'il est lui-même submergé par le mal, plus rien ne le protège. Quelle meilleure image que ce monstre enfouit au fond des eaux, la baleine, ce n'est pas suffisant, imaginez une hyper baleine comme on dirait maintenant, l'hyper baleine qui effectivement engloutit Jonas. On trouve cette image dans d'autres contes, où effectivement l'homme est perdu, englouti, digéré. Voilà les termes qui vont faire signifiance dans l'expérience du mal. Et puis ensuite, il est vomi au sens propre du terme. Il est tiré des eaux, il en est sorti, mais tout couvert d'algues, encore tout poisseux de l'expérience qu'il a vécu au cœur de l'estomac de la baleine, comme chacun de nous garde en lui-même les traces et les cicatrices de la manière dont le mal nous a attaqué. 

       Nous trouvons là ce qui fait le lit et la prière même des psalmistes. Deux conséquences : si nous ne l'avons pas encore vécu, tant mieux, si nous l'avons vécu, nous comprenons. Si nous ne l'avons pas vécu, nous pouvons la lire et prier ces psaumes pour ceux qui l'ont vécu, pour le vivre, et comme cela, nous nous faisons les intercesseurs de ceux qui effectivement sont engloutis et submergés, et ne peuvent du fin fond de l'estomac de la baleine envoyer leur cri vers Dieu. Et puis même, si nous ne voulons pas, ou si nous voulons une autre intention de lecture de ces psaumes, nous le prenons comme le combat que le Christ mène lui-même contre le mal, contre toutes les forces du mal, sans en oublier aucune. Et là, nous touchons à la fibre vivante du psaume. Le Christ lui-même a entrepris d'affronter la totalité des forces maléfiques. Il l'a fait par amour pour chacun de nous, c'est ce que racontent les psaumes, et c'est là-dedans que nous pouvons découvrir ce que c'est que la prière, que de parler avec les mots même de Jésus qui ouvre son cœur, son désespoir au Père. 

 

       AMEN

 
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