AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'INTELLIGENCE DES ÉCRITURES

Ac 3, 11-26 ; Lc 24, 35-48

Mercredi de Pâques – A

(22 avril 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Ouvrir l'Écriture

J

 

ésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, "leur ouvrit le cœur et l'esprit à l'intelligence des Écritures, leur montrant comment devait s'accomplir tout ce qui était écrit de Lui dans la Loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes". Nous venons d'entendre ces paroles du Christ. Et vous l'avez remarqué, sans doute, dans de nombreux récits d'apparitions du Christ Jésus, comme aussi dans les premières prédications de Pierre ou de Paul annonçant la Résurrection du Christ, il est sans cesse et fréquemment fait appel au témoignage de l'Écriture, au témoignage de l'Ancien Testament. Tout à l'heure, encore, Pierre disait que Moïse avait annoncé un autre prophète semblable à lui. Et d'ailleurs le prophète Jérémie, parlant de l'alliance conclue avec Moise au Sinaï avait annoncé, pour les temps messianiques une alliance nouvelle qui serait gravée non dans la pierre, mais dans le cœur de chair. Hier, nous entendions Pierre, aux premiers jours de l'Église, annoncer que les paroles même du roi David, dans le psaume : "Ma chair ne verra pas la corruption. Tu ne laisseras pas mon âme aux prises avec les enfers", que ces paroles de David ne s'accomplissaient, en vérité, que dans le Christ Jésus puisque le roi David était mort, enterré et qu'il n'était pas vrai qu'il l'avait emporté sur les portes des enfers.

Et si nous lisons Abraham, nous voyons bien aussi que la promesse qui lui avait été faite d'avoir une descendance nombreuse comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer, ne s'accomplissait pas seulement dans son fils Isaac, ni même dans l'ensemble des descendants d'Isaac, le peuple d'Israël, mais que cette promesse, c'était que toutes les nations de la terre se béniraient en lui. Et cette promesse, Abraham savait déjà aussi qu'elle ne se réaliserait qu'à travers ce sacrifice que lui-même avait accepté d'offrir en holocauste quand Dieu lui avait demandé d'offrir son fils Isaac sur la montagne de Moriah.

Ainsi, tout l'Ancien Testament, d'une manière voilée mais dans son sens profond, est prophétie de Jésus-Christ, prophétie de cet amour de Dieu qui est allé jusqu'à l'extrême, jusqu'à la fin, c'est-à-dire jusqu'à la mort sur la croix et qui, au-delà de cette mort s'est relevé vainqueur dans la résurrection de Jésus au matin de Pâques. Car la sortie d'Égypte, également, la traversée de la mer Rouge, l'offrande de l'agneau pascal, et toutes ces figures de l'Ancien Testament, tout le Serviteur souffrant dont nous parlait Isaïe qui était défiguré mais dont la mort sauverait des multitudes, toutes ces pages de l'Ancien Testament peuvent être relues, en profondeur, à la lumière de la Pâque de Jésus-Christ.

Frères et sœurs, nous n'avons probablement assez l'habitude d'enraciner notre foi dans l'Écriture. Je crois que, si nous voulons être fidèles au Christ ressuscité, cœur, centre et lumière de notre foi, si nous voulons être fidèles à ses enseignements les plus précieux, ceux qu'Il a donnés le jour même de sa résurrection, à ses apôtres pour qu'ils nous les transmettent, nous devons scruter les Écritures, ouvrir nos intelligences et nos cœur à cette signification profonde des Écritures pour y découvrir le sens plénier, leur accomplissement total et en même temps toute la profondeur de cette Pâque, de cette mort et de cette résurrection du Christ que ces Écritures nous annoncent et que nous avons maintenant vu s'accomplir dans l'évangile et à quoi nous croyons et en quoi nous avons mis notre espérance, mais que nous avons besoin d'approfondir. Car il est frappant que notre foi, si sincère, si généreuse soit-elle est souvent trop peu éclairée. Je crois qu'il y a là plus qu'un conseil du Christ, un ordre, et plus qu'un ordre. Quelque chose d'indispensable, de vital pour nous enraciner notre foi en Jésus Christ dans cette annonce de l'Ancien Testament.

Certes, la lecture de l'Ancien Testament n'est pas toujours chose facile car il y a un décalage culturel entre ceux qui ont écrit ces livres et nous qui les lisons tant de siècles plus tard. Certes la lecture n'est pas facile car l'annonce prophétique, par définition est toujours voilée, imagée, symbolique et il faut creuser, avec patience et persévérance. Mais si nous aimons vraiment le Christ, nous ne devons pas manquer de cette persévérance et de cette patience, car rechercher les racines de celui qu'on aime, rechercher tout ce qui a été dit de lui, tout ce qui est le jaillissement premier de son mystère, doit être pour nous la chose la plus belle, la plus intéressante, la plus passionnante du monde. Cela vaut la peine que nous nous donnions du mal, cela vaut la peine que nous nous acharnions à comprendre ces Écritures.

Vous le savez, nos frères réformés, nos frères protestants, connaissent bien mieux que nous les Écritures et spécialement l'Ancien Testament. Depuis de nombreuses années, notamment depuis le Concile, on ne cesse de nous exhorter à nous mettre à leur école, à leur exemple et nous aussi, à scruter ces Écritures qui ne leur appartiennent pas plus qu'à nous, qui n'appartiennent pas plus au peuple juif qu'aux chrétiens, qui, au contraire, est notre bien propre, que nous devrions parcourir en tous sens.

Alors, écoutons les paroles du Christ ressuscité. Prenons fermement, courageusement la résolution de lire ces textes de l'Ancien Testament, mystérieux au premier abord, mais qui seront une lumière éblouissante pour notre cœur. Car c'est là que nous pouvons puiser l'intelligence du mystère de Dieu, l'intelligence du mystère du Christ, l'intelligence du mystère de sa Pâque.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public