AU FIL DES HOMELIES

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LE DON DE LA FOI

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de la première semaine du temps pascal – C

(6 avril 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Lac de Tibériade au printemps

L

 

a stupeur et l'effroi, le doute, la joie, tous ces sentiments se succèdent dans le cœur des apôtres quand Jésus apparaît parmi eux. Et tous ces sentiments depuis la crainte et l'effroi jusqu'à la joie semblent les empêcher, nous dit l'évangile, de croire à la réalité de ce Jésus qui est devant eux. Même quand c'est la joie qui remplit leur cœur et qui les fait exulter, ils ont l'impression, au fond, de se dire que c'est trop beau pour être vrai, puisqu'ils se refusent, à cause de cette joie même, à croire à la vérité de Jésus ressuscité.

Aussi bien, la foi, pour les disciples, n'a pas été chose facile. Ils venaient pourtant juste d'entendre les deux disciples d'Emmaüs leur raconter ce qui s'était passé en chemin et puis, cet arrêt, le soir à la maison, autour de la table, et cette eucharistie où ils avaient reconnu le Christ à la fraction du Pain. Pierre lui-même, avait vu Jésus. Nous n'avons pas le récit de cette apparition, mais cet évangile vient d'en témoigner : "Oui, c'est vrai, le Christ est ressuscité et Il est apparu à Simon." Et puis il y avait eu aussi les saintes femmes qui avaient trouvé le tombeau vide et qui avaient rencontré Jésus en chemin. Et malgré cela, ils ont du mal à croire et même ils se refusent à croire.

Les disciples, en quelque sorte, ont dû faire tout un chemin pour parvenir à la foi. Il a fallu que Jésus, non seulement manifeste sa présence, non seulement insiste sur la réalité de cette présence : "Touchez Moi ! Voyez que je ne suis pas un fantôme ! Avez-vous quelque chose à manger ?" Il a fallu que Jésus, non seulement insiste sur la réalité très concrète, très physique, très charnelle de sa présence, une présence que l'on peut toucher, une présence qui participe à l'activité de ce monde : "Avez-vous quelque chose à manger ?" Il a fallu non seulement que Jésus insiste mais encore qu'Il ouvre leur cœur. Si ce n'est pas Jésus qui avait ouvert leur cœur à l'intelligence des Écritures, c'est-à-dire à l'intelligence de la révélation, à la compréhension profonde, à cette intelligence qui est celle du cœur, qui est celle de la foi, à cette vision qui n'est pas celle des yeux de notre raison pas plus que des yeux de notre corps, mais celle des yeux très spirituels de notre cœur, si Jésus ne les avait pas ouverts à l'intelligence des Écritures, à l'intelligence de cette Parole de Dieu qui, petit à petit s'était révélée, qui avait façonné le cœur d'Israël, qui l'avait préparé à ce jour qui maintenant était manifeste devant eux, si Jésus n'avait pas ouvert leur cœur, ils ne seraient pas parvenus à croire.

C'est un grand mystère que ce don de la foi. Jésus a ouvert nos cœurs. Nous aussi, nous sommes rassemblés aujourd'hui et Jésus vient parmi nous. Peut-être à défaut de stupeur ou d'effroi avons-nous parfois quelques doutes, certainement de la joie. Peut-être avons-nous du mal à croire, et pourtant le Christ a ouvert notre cœur par notre baptême, par toutes ces années où Il nous a appris un peu à lire sa Parole, à déchiffrer la révélation de son mystère. Jésus a ouvert notre cœur et nous devons savoir que cela vient de Lui et de Lui seul. Ce n'est pas un privilège. Ce n'est pas une supériorité. Ce n'est pas quelque chose que nous aurions acquis par plus de fidélité ou plus de travail, plus de vertu que les autres. C'est un don que Jésus nous a fait.

Alors me direz-vous : mais ceux à qui Il ne l'a pas fait ? Je crois que ce don est un don extrêmement mystérieux et dont la forme est différente pour chacun. Nous ne pouvons pas connaître la foi qui est dans le cœur de notre frère car elle est certainement différente de ce mystère indicible qui est en nous et dont nous avons tant de mal à rendre raison, à rendre compte devant nous-même et devant les autres. Ce mystère si profond qui est la base solide de toute notre vie, mais qui nous dépasse de toute part, dans lequel nous sommes comme immergés comme les enfants que l'on plonge dans les eaux du baptême. Nous sommes nous aussi, plongés dans cette foi, et de partout elle nous entoure nous imprègne, mais nous ne la dominons pas. Nous n'avons pas possession de cette foi. Nous ne pouvons pas mettre la main sur elle. C'est un mystère constant au fond de notre cœur et un mystère dans le cœur de nos frères et ce mystère est difficilement saisissable et compréhensible et il est probablement très différent dans la démarche et dans la manière dont Dieu s'insinue au fond de nous-même, en chacun de nous. Alors ceux qui croient ne pas croire ou que nous qualifions d'incroyants, cheminent par des chemins différents où Dieu les conduit d'une manière qu'ils ne comprennent pas plus que nous ne comprenons la manière dont nous sommes nous-mêmes conduits. Mais Dieu les guide et un jour d'une manière imprévisible, inattendue, chaque fois différente, Dieu leur fera découvrir cette lumière s'ils acceptent d'ouvrir leur cœur à la venue de la lumière.

La foi est toujours un mystère. Elle est un chemin très long, très lent, un chemin difficile, mais un chemin que Dieu parcourt avant nous et avec nous, un chemin sur lequel Dieu nous guide à sa manière et comme Il le veut. Car pour chacun d'entre nous le chemin est différent, toujours plus beau, toujours plus merveilleux que celui des autres car il n'y a rien de plus beau que cette marche dans la nuit en se tenant auprès de Dieu que l'on discerne à peine et quelquefois pas du tout et qui cependant est là et qui, peu à peu, nous fait avancer et nous amène jusqu'à Lui.

Alors, frères et sœurs, en ce temps de la Résurrection, replongeons-nous dans cette expérience primordiale, fondamentale de la foi qui a été la nôtre, qui est la nôtre. Essayons de retrouver avec les apôtres cette source de notre foi. Essayons de laisser le Christ ouvrir notre cœur à l'intelligence de sa Parole, à l'intelligence de la Bible, des Écritures, à la compréhension de la révélation de Dieu. Essayons de ressourcer notre âme dans ce terreau fondamental de la foi, à partir duquel nous pouvons vivre et nous épanouir. Et en même temps, soyons pleins de respect, pleins d'admiration et, en silence, contemplons le travail invisible mais réel de Dieu dans le cœur de chacun de nos frères, ce Dieu qui veut que tout homme soit sauvé et qui conduit tous les hommes vers la lumière de sa gloire.

 

AMEN

 
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