AU FIL DES HOMELIES

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LES DISCIPLES D'EMMAÜS

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de la première semaine de Pâques – A

(25 avril 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

Campagne d'Emmaüs

E

 

lle est à la fois étrange et surprenante cette scène de l'évangile que nous connaissons si bien. Les deux disciples marchent vers Emmaüs sans s'apercevoir que Celui qui prend toute leur conscience, que Celui qui occupe toute leur pensée est là à marcher avec eux. Il est là comme un étranger pour eux qui le connaissaient si bien, et ils ne le reconnaissent pas. Voici que cet étranger leur demande : "De quoi parlez-vous en chemin ?" Les disciples Emmaüs, sans savoir à qui ils parlent, vont raconter tout ce qu'ils ont appris, non seulement lorsque le Christ était vivant, mais tout ce qu'ils ont appris de la Loi juive, des prophètes, du salut et du peuple d'Israël. Et ils ne se rendent pas compte qu'ils sont en train de raconter l'histoire du salut à l'auteur même de cette histoire du salut, qu'ils sont en train de raconter la mort du Christ à Celui-là même qui est près d'eux et qui est ressuscité. Comme le cœur du Christ devait être tout brûlant, tout étonné, en entendant ces disciples lui raconter ce qu'il était venu faire, de la part de Dieu, pour les hommes ! Mais comme il dût y avoir dans son cœur une pointe d'amertume, non pas l'amertume d'un regret pour des choses passées, comme cela habitait le cœur des disciples, mais à cause de la lenteur de ces disciples à croire ce qu'Il était venu accomplir.

Le Christ a entendu l'histoire du salut, et Il a senti dans son cœur toute notre lenteur à croire. Lui qui est venu accomplir la Loi et les prophètes, Il sent, comme une sorte de souffrance intérieure, que nous-mêmes, nous n'arrivons pas à croire en Lui et que nous partons dans nos maisons ou à l'intérieur de notre vie remplis de tristesse, sans abandonner pourtant tout ce que nous avons vu, tout ce que nous avons connu. Il va falloir que ces disciples passent du savoir, de la connaissance inscrite désormais, pour eux, dans le passé, à l'avenir même. Ils n'auront pas quelque chose d'autre à apprendre, ils n'auront pas une connaissance nouvelle à acquérir ou un savoir nouveau à intégrer, mais simplement à rencontrer la personne vivante sur laquelle ils savent tant de choses et qu'ils sont suivie pendant sa Passion, qu'ils ont suivie jusqu'à son tombeau. C'est dans l'eucharistie que le Christ va faire ce renversement de la connaissance intellectuelle du passé à la mémoire présente. C'est en rompant le pain qu'Il va leur manifester qu'Il accomplit les Écritures, que tout ce qu'ils savent depuis Abraham, Moïse et les prophètes n'est pas, désormais, inscrit dans une histoire que l'on retiendra en la regrettant, mais quelque chose qui est ouvert à l'avenir et qu'ils auront à vivre.

C'est dans l'eucharistie que nous-mêmes, aujourd'hui, nous rencontrons le Christ Ressuscité, pas simplement, pas d'abord dans ce que nous avons appris, dans ce que nous savons avec notre tête, mais dans cette eucharistie que nous allons célébrer, où le Christ, par la fraction du pain, veut se faire reconnaître à nous.

 

AMEN


 
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