AU FIL DES HOMELIES

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LES DISCIPLES D'EMMAUS

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de la semaine pascale – C

(2 avril 1986)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

S

i j'avais pu faire un reportage sur la Résurrec­tion, je crois qu'avec mon appareil je me serais empressé de faire une photo de Jésus au mo­ment où Il pose la question à ces deux disciples d'Emmaüs : "Que s'est-il passé à Jérusalem ?" Et eux de lui répondre qu'il s'est passé des choses graves et de lui raconter ce qui s'est réellement passé.

Il est étonnant que Jésus crucifié, ressuscité, apparaisse dans une humanité encore plus totale, en­core plus douce, encore plus tendre, avec ses disci­ples, après sa résurrection. D'ailleurs quand on lit cet évangile, on y trouve étonnamment l'Église, non seu­lement celle qui va naître et qui naît parce que la fraction du pain donne le Christ et fait naître l'Église, mais aussi parce que les gens vont et viennent en parlant entre eux. Des hommes discutent de choses graves et sérieuses, qui d'ailleurs les empêchent de reconnaître Jésus, et puis quelques femmes ont cru avant tout le monde à la Résurrection, mais les hom­mes ne croient pas toujours aux radotages des fem­mes.

Et c'est vrai que dans cet évangile, il y a deux versants : il y a cette humanité bien inscrite, cette épaisseur constituée de ces hommes et de ces femmes qui vont et viennent, (quelque chose en eux a bougé, mais ce n'est pas encore très net), et puis de l'autre côté Jésus qui revient, avec un visage encore plus humain et qui dit : "Je suis là et je marche avec vous sur cette route !" Ainsi va l'Église discutant de choses sérieuses et graves, et peut-être qu'à travers ces dis­cussions nous oublions que c'est Lui qui mène la danse, cette danse de la Résurrection, car c'est Lui qui, à travers l'eucharistie qui chaque jour ponctue l'Église depuis le début de l'Église jusqu'à la fin des temps, c'est Lui qui dirige et nous emmène, nous ac­compagne sur la route qui est celle qui nous mène vers le visage d'un Dieu Ressuscité et d'un Dieu qui a pris chair.

Et en revanche, l'eucharistie qui conduit cette Église et qui ponctue, comme un refrain permanent, toute l'histoire de l'Église, en revanche, elle redonne sens à cette humanité. De nouveau nous avons à pren­dre le bâton de la route et à marcher sur la route Et cette eucharistie qui prend le pain et le vin pour révé­ler Dieu redonne sens et redonne pleine valeur à ce pain et ce vin, comme si le pain que Jésus avait mangé tout au long de sa vie était comme rendu maintenant à sa pleine valeur : la valeur même de la peine et du travail de l'homme qui, de fait, redevient par le sens même de cette résurrection, redevient possibilité de révéler la gloire de Dieu.

Oui, c'est vraiment l'Église qui est décrite aujourd'hui avec ses discussions nombreuses, avec ses aveuglements peut-être, en tous les cas c'est le Christ qui nous dit : "Je suis là !" Et je suis venu compléter et achever ce don, non seulement par cette vie, mais je suis venu comme une nourriture, afin de grandir en chacun de vous, en chaque chrétien et de faire de chacun de vous un nouveau Christ. Une Église qui marche et qui marche à la suite du Christ, et qui ne marche pas pour elle seule, mais c'est Lui qui vient conduire et qui nous accompagne.

Alors, sur notre propre route de chrétiens dans l'Église, sur notre propre route, entendrons-nous, verrons-nous ce visage souriant et plein d'ironie du Christ nous demandant ce qui s'est passé ? Sachons y reconnaître les vrais traits de Dieu, Celui qui vient nous dire "O cœurs lents à croire !" Laissez-vous renverser, laissez-vous transformer, laissez-vous habiter, laissez-vous nourrir par cette chair qui se fait nourriture et qui vous conduit car Moi seul "Je suis Celui qui suis le chemin, la vérité et la vie".

 

AMEN

 

 

 
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