AU FIL DES HOMELIES

Photos

APPARITION AUX DISCIPLES D'EMMAÜS

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de Pâques – A

(22 avril 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

E

t Jésus fit semblant d'aller plus loin . Alors les disciples le pressèrent en disant : "Reste avec nous car le soir tombe et le jour, déjà, touche à son terme !"

"Il fit semblant d'aller plus loin !", comme s'Il ne pouvait se contenter de n'être qu'une rencontre passagère sur un chemin, sur un chemin qui va de Jérusalem à Emmaüs, comme s'Il ne pouvait se contenter de n'être qu'une "apparition", comme si quelque chose d'autre n'avait pas commencé à naître dans le cœur de ces deux disciples. Puis Jésus conti­nua à éveiller ce quelque chose dans le cœur des dis­ciples en "expliquant les Ecritures", pour les amener comme tout doucement, comme tout simplement au pain et à sa fraction.

Le Christ Ressuscité n'apparaît pas au sens où Il serait comme une vision pour ceux qui L'ont aperçu, que ce soit pour Marie-Madeleine ou les apô­tres, ou Simon, ou même ces deux disciples-là. Il ne s'agit pas d'une apparition d'un monde autre, différent, extraordinaire d'où le Christ nous révélerait quelque chose de nouveau que ce monde caché aujourd'hui. Mais Il est déjà présent, déjà vivant, dans le cœur de ceux qui discutent entre eux des différentes nouvelles qui planent sur Jérusalem : des femmes l'ont vu, d'autres ne l'ont pas vu, pourtant le tombeau est vide. La rumeur circule dans les rues, une inquiétude, un question est née. Plus loin que cette question, plus loin que cette inquiétude, plus loin que cette interro­gation et que ces nouvelles que l'on échange entre nous, finalement c'est peut-être cette déception, quel­que chose est déjà en train de naître, quelque chose qui est déjà l'Église, dans sa foi. Car l'Église est le lieu où nos yeux s'ouvrent, est le lieu où nous le reconnaissons. Non pas qu'Il nous apparaisse, car nous le savons, à la "fraction du pain" le Christ n'apparaît pas. Mais, au fond de nous, en ce lieu très intime où le Christ est vivant, le pain a une signification, la "fraction du pain" a une signification. L'Ecriture s'est déjà enracinée, et il ne manque que ce petit mouvement du Seigneur qui fait semblant de passer, pour que notre cœur s'éveille, du plus profond de nous-mêmes et dise au Seigneur, avant même de le reconnaître, car c'est là le miracle d'Emmaüs, ils disent à Celui qui est tout, avant même de le reconnaître : "Reste avec nous, car déjà le soir tombe !"

Quelque chose d'eux-mêmes le sait déjà, avant même que les yeux ne le voient et le reconnais­sant, puisque la "reconnaissance" n'aura lieu qu'après. L'Église est le lieu qui vient de naître, le lieu où les yeux des hommes se sont ouverts, parce que le Christ Ressuscité n'apparaît pas comme une vision, mais est déjà vivant dans leur propre cœur. Et c'est le propre cœur de ces hommes qui dit à Celui qui fait semblant de ne pas rester : "Reste avec nous car le soir tombe !" car les hommes pleurent, car la souffrance, car les épreuves, car la nuit. Il nous faut une lumière. Et cette lumière, nous avons déjà faim, nous avons déjà soif de la voir. Un cri du plus profond de l'homme qui, déjà, a reconnu son Sauveur, qui déjà le sait présent.

Cette histoire de l'apparition aux disciples d'Emmaüs, puisque c'est ainsi qu'on l'appelle, c'est l'histoire même, l'analyse profonde de la révélation du Christ, qui ne tient pas à une opinion, aussi vraie soit-elle. Car nous pourrions inlassablement discuter entre nous des "nouvelles de Jérusalem", échanger sur "Celui qui allait délivrer Israël", qui allait délivrer les hommes. Avoir la foi n'est pas une question d'opinion commune, pour nous ici rassemblés. Ce n'est pas parce que nous pensons tous la même chose que nous allons reconnaître le Seigneur, dans la "fraction du pain". C'est parce que, en chacun de nous, vit totale­ment le Ressuscité, et que si nos yeux ne le voient pas, ce n'est pas parce qu'Il ne vit pas, mais parce que nous n'arrivons pas à le voir, en nous et dans nos frè­res. Alors il faut laisser monter, oh non pas cette émotions, mais ce vrai cri de l'homme qui dit, alors que le soir tombe : "Reste avec nous !" Alors, ainsi que l'ont prédit les prophètes et tout l'ancien Testa­ment, alors "vos yeux sont faits pour la lumière". Alors nos yeux verront. Combien de fois Isaïe avait-il répété : "Vos yeux ne verront pas ! Vous ne verrez pas ! Vous n'entendrez pas !" parce qu'Il fallait que le Christ vive déjà en nous, afin que ce soit Lui qui des­sille nos yeux, qui les ouvre à cette lumière déjà existante, et non pas que ce soit nous qui fassions une démarche humaine pour rencontrer cette lumière du Christ. Mais c'est celle qui est déjà vivante et active en nous. C'est pour cela que les disciples disent : "Notre cœur n'était-il pas déjà tout brûlant ?" ne brûlait-il pas déjà de ce feu de la lumière du Ressus­cité, alors qu'Il nous expliquait les Ecritures et sa Ré­surrection ?

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public