AU FIL DES HOMELIES

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ILS LE RECONNURENT

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de Pâques – C

(29 mars 1989)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

I

ls le reconnurent à la Fraction du pain !" Parmi tous les récits d'apparitions dont l'atmosphère, le style de rencontre sont étonnamment variés, l'ap­parition aux disciples d'Emmaüs touche notre capacité de reconnaître Jésus. Il est surprenant que cet Homme qui chemine avec eux, cet homme qui leur réchauffe le cœur en leur expliquant les Écritures et comment toute la Parole de Dieu dans Moïse et les prophètes convergeait vers Lui, il est étonnant que cet homme n'arrive pas à éveiller en eux la foi tant qu'Il n'a pas posé ce geste décisif de la fraction du pain.

C'est dire que le geste sacramentel, dans la vie de l'Église, n'est pas simplement une sorte de consé­quence ou d'accessoire pour que la vie religieuse soit complète, mais le geste sacramentel, comme tel, donne à chacun des croyants de reconnaître Jésus. Nous le reconnaissons, nous aussi, à la fraction du pain. Les actes sacramentels sont bien sûr des prolon­gements de l'activité de Jésus, mais des prolonge­ments qui nous le font connaître, qui nous le font dé­couvrir. Autrement ce n'est pas quelque chose de conséquent ou de latéral, c'est quelque chose de pri­mordial. Rompre le pain c'est recevoir la grâce de reconnaître Jésus.

Et l'on comprend pourquoi ce récit a une si grande importance pour comprendre ce qu'est l'Église aujourd'hui. L'Église est aussi ce peuple en marche, l'Église est aussi ce peuple à qui le Seigneur, par la bouche de ses ministres, explique les Écritures. Mais l'Église devient le peuple de la reconnaissance, dans tous les sens du terme, reconnaître Jésus et vivre dans la reconnaissance de ce qui nous a été donné, l'Église devient le peuple de la reconnaissance quand elle pose un geste sacramentel, qui est précisément un acte par lequel nos yeux s'ouvrent. Qu'Il s'agisse du geste sacramentel du baptême, appelé pour cette raison "l'illumination", qu'il s'agisse de l'acte sacramentel qui lui est immédiatement lié et qui est celui de l'eucharistie.

Pour nous donc, aujourd'hui, participer à l'eu­charistie n'est pas une conséquence de la foi. Cela lui est immédiatement lié et impliqué. Le geste sacra­mentel comme tel nous ouvre à la connaissance même du Christ Ressuscité. Si l'Église ne célébrait pas les sacrements, elle ne connaîtrait pas son Seigneur. Il ne suffit pas d'ouvrir la Bible, il ne suffit pas de com­menter les Écritures même pour montrer qu'elles s'ac­complissent en Jésus-Christ, il ne suffit même pas de marcher à côté de Lui, sans le reconnaître. Il faut ef­fectivement que soit posé le geste écclésial de la frac­tion du pain pour que nos yeux s'ouvrent.

Cela nous permet de comprendre pourquoi l'Église a toujours tenu à ce que le véritable rythme de sa vie soit la célébration dominicale de l'eucharistie. Ce n'est pas un moyen d'entretenir le moral des trou­pes, ce n'est pas un moyen de favoriser la diffusion idéologique du message. La célébration eucharistique du dimanche est l'acte même de la rencontre du Res­suscité et la Résurrection, pour nous, aujourd'hui. Et si nous prolongeons cette eucharistie dominicale à travers toutes les eucharisties de la semaine c'est pour la même raison. C'est l'acte de la reconnaissance du Ressuscité. Dans le moment où nous est donnée la grâce de poser cet acte, nous sommes véritablement les disciples d'Emmaüs. C'est là que nous le recon­naissons à la fraction du pain.

 

AMEN

 

 

 
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