AU FIL DES HOMELIES

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UNE TRANSFORMATION RADICALE

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de la première semaine du temps pascal – A

(18 avril 1990)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

ette page bien connue des disciples d'Emmaüs correspond à un double mouvement. Le récit lui-même commence par un mouvement de dispersion. Quand le Christ est mort, les disciples quittent Jérusalem, leur attitude est celle du désespoir : dislocation de la communauté elle-même et disloca­tion de chacun des membres de la communauté à l'intérieur de lui-même. "Nous avions cru qu'Il était un prophète en Israël" mais tous nos espoirs sont déçus. Et le deuxième moment c'est celui de la re­constitution de la communauté des disciples à Jéru­salem, à la fois comme rassemblement de ses mem­bres et des individus eux-mêmes par le mouvement de la foi, en se confirmant les uns aux autre la Résurrec­tion du Seigneur.

On a donc un récit qui nous relate de façon très construite la manière dont dans la mort du Sei­gneur, la communauté rassemblée autour de Lui perd son identité et comment cette même communauté disloquée est "récupérée" reconstituée, rassemblée à nouveau dans la confession de la foi. Confession de la foi au sujet de laquelle vous avez sans doute remarqué que lorsque les disciples reviennent à Jérusalem et annoncent la Résurrection, on leur confirme la Résur­rection par le fait que "le Seigneur est apparu à Si­mon". C'est dire que le témoignage des apôtres eux-mêmes, Simon en tête, confirme la reconnaissance du Ressuscité qui a été faite par les disciples d'Emmaüs. C'est l'origine des ministères. Les ministères des évê­ques dans l'Église sont là pour confirmer chacun des membres de l'Église dans sa propre reconnaissance du Ressuscité.

Entre les deux moments, entre les deux mou­vements, de dispersion d'une part et de rassemblement d'autre part et de reconstruction, il y a Quelqu'un qui vient opérer la transformation. C'est le Christ Lui-même. Entre l'Église détruite et l'Église rebâtie, entre Jérusalem en ruines et Jérusalem rebâtie dans la foi au Ressuscité, Celui qui est à l'œuvre, c'est le Christ. Et vous remarquerez ce qui est paradoxal qu'Il la re­construit en dehors de Jérusalem. C'est sur le chemin. C'est même sur le chemin qui apparemment s'éloigne de Jérusalem. Et Il la reconstruit par deux moyens, par sa parole ("Notre cœur n'était-il pas tout brûlant quand Il nous expliquait les Écriture ?") et par le pain, par le geste de la fraction du pain. Et c'est préci­sément au moment où les disciples commencent à être reconstruits dans leur identité de disciples de Jésus que Jésus Lui-même disparaît. Car, à partir du mo­ment où sa grâce a construit, a reconstruit, a rebâti l'Église, où Il s'est donné, où Il s'est livré Lui-même sacramentellement à travers le geste du pain, alors l'Église existe. L'Église c'est ce peuple qui vit par les signes, les signes de l'annonce du Ressuscité et les signes de la célébration de la communauté retrouvée, c'est-à-dire le pain partagé qui est le corps du Christ.

A partir de ce moment-là, Jésus veut mani­fester par son absence que, désormais, l'Église a vraiment la présence du Ressuscité. On pourrait se demander pourquoi le Christ n'a-t-il pas couru avec les disciples d'Emmaüs vers le cénacle de Jérusalem. C'est parce que le Christ, à ce moment-là, a continué son mouvement d'aller plus loin. Le Christ ne court plus à Jérusalem avec les deux disciples d'Emmaüs pour rejoindre les autres apôtres au cénacle, car Lui est allé plus loin. Lui marque le but ultime de toute cette existence de l'Église. Et c'est ce qui fait que, aujourd'hui encore, parce que le Christ a disparu de devant leurs yeux, nous pouvons rompre le pain eu­charistique. C'est parce que le Christ est au-delà de notre saisie que lorsqu'Il a reconstitué la communauté, il faut qu'Il montre que ce n'est pas le but en soi. Et c'est l'origine de la mission, c'est l'origine de l'histoire de l'Église, c'est l'origine de toute notre vie sacra­mentelle. Parce que le Christ a disparu de devant leurs yeux, Il montre que tous les signes convergent vers un au-delà vers lequel nous marchons tous ensemble.

C'est pourquoi cette page des disciples d'Em­maüs explique exactement pourquoi nous sommes là en ce jour. Nous sommes là, chaque jour, parce que le Christ continue sacramentellement de nous expliquer les Écritures, de nous rompre le pain. Mais en même temps Il est au-delà. Le sacrement c'est précisément ce qui réveille en nous la conscience que le Christ est ailleurs et que nous sommes emportés vers cet ail­leurs. C'est pour cela que maintenant, lorsque nous prendrons tout à l'heure le corps et le sang du Christ, il faut bien que nous sachions que notre Église n'est que la maison d'Emmaüs dans laquelle on ne fait que passer, mais Lui, non seulement Il fait semblant d'al­ler plus loin, mais effectivement Il est ailleurs. Il nous reste, à nous, de prendre cette eucharistie, de prendre ce pain et ce vin comme ce qui nous permet précisé­ment d'aller plus loin.

Que la manière dont nous célébrons cette Pâ­que ouvre en nous le désir de chercher véritablement le Royaume, d'en être les témoins par notre annonce de la Parole et d'en être déjà les signes par notre communauté réunie, rebâtie par la puissance du corps et du sang du Seigneur.

 

AMEN

 

 

 
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