AU FIL DES HOMELIES

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VIVANT MAIS ABSENT, ABSENT MAIS PRÉSENT

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de Pâques – B

(3 avril 1991)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

e ne sais si vous l'avez remarqué, mais ce jour, qui est un seul jour, d'après saint Luc, le Christ a pris deux repas. Il a mangé deux fois. C'est peut-être dire que lorsqu'on est ressuscité, on est affamé. En tout cas, "le premier jour, à l'aurore de ce jour, les femmes courent au tombeau. Et le visage incliné vers le sol, elles ne voient pas les deux hommes éblouis­sants" qui annoncent la résurrection et commencent à expliquer les Écritures. Mais elles ont rapporté ce qu'elles ont vu ou commencé à comprendre, ce qu'el­les ont découvert, aux onze, à Pierre et à Jean, et aux disciples. Peu de temps après, deux disciples prenant la route, quittent Jérusalem et vont vers Emmaüs et ils parlent en chemin. Dans la première apparition, Jésus était déclaré vivant mais Il est absent.

Second épisode, les disciples entre eux, Jésus les rejoint sur la route, mais ils ne le voient pas. Il leur explique de nouveau les Écritures et "leur cœur est brûlant". le soir tombe, les deux disciples l'invitent à rester avec eux. Il rompt le pain et disparaît à leurs yeux." Il est donc cinq ou six heures du soir ou même plus tard, et ils reprennent la route de Jérusalem, ce qui apparemment n'était pas prévu dans leur programme, pour revenir à l'endroit où les apôtres sont réunis, pour annoncer ce qu'ils ont découvert. Et dit l'évangéliste, "à l'instant même le Christ leur apparaît de nouveau." Et de nouveau Il explique les Écritures et leur reproche d'être lents à croire et à reconnaître ce que les Écritures avaient annoncé. De nouveau Jésus mange, non seulement du pain et du vin comme à Emmaüs mais du poisson. Et Luc termine son évangile en nous disant que Jésus emmène ses disciples vers Béthanie où Il disparaît devant leurs yeux. D'abord Il était déclaré vivant mais absent. Puis Il est présent mais non reconnu. Enfin, Il est présent et vivant, les apôtres le touchent et Il dis­paraît à leurs yeux. Voilà la fin de l'évangile selon saint Luc.

Tout cela s'est passé en une seule journée. Cela commence à l'aurore, cela se termine dans la nuit. Tout ce qui a été préparé depuis le début, se trouve résumé en une seule journée comme si un "jour nouveau" véritable devait naître, qu'il avait commencé à se faire sentir à l'aube lorsque les fem­mes s'étaient précipitées au tombeau avec les aroma­tes qu'elles avaient choisis pour oindre le corps de Jésus. Mais cette aurore terrestre n'est pas suffisante pour porter la nouvelle de la résurrection du Christ. Il faut encore le déroulement de la journée et que le soir, de nouveau, tombe sur cette nouvelle, pour qu'une parole se fasse entendre dans la nuit, comme si la Résurrection devait s'inscrire et s'approfondir davan­tage, que dans la nuit Il apparaisse à l'ensemble des apôtres et que disparaissant enfin, Il soit vraiment vivant et présent en eux.

L'évangéliste va reprendre un peu différem­ment ces épisodes dans son livre des Actes des apô­tres en relatant le départ du Christ, l'Ascension, qui souligne l'événement de la présence réelle du Christ, de son absence physique et de sa présence dans leur cœur.

Nous sommes, nous, dans notre temps d'au­jourd'hui, juste après. Nous sommes finalement "le second jour". Et comme au premier jour commençait déjà à luire une lumière nouvelle, "un jour qui n'aura pas de fin", préfiguré par cette aurore que les femmes courant au tombeau avaient connue. Mais cette pre­mière aurore n'était que l'annonce d'une autre aurore qui, elle, n'aurait pas de fin. Et nous sommes nous, dans cette nouvelle clarté qui commence toujours à naître et à poindre dans notre vie.

Demandons d'être un peu précipités, qu'il y ait en nous, comme pour ces femmes et ces disciples, cette même attente. Que nous comprenions un peu que, par les Écritures qui progressivement se dévoi­lent à nous, nous allons découvrir cette lumière qui va durer, qui va s'inscrire en nous et affirmer durable­ment la présence totale et permanente du Christ en chacun de nous. Demandons de pouvoir communier intimement à cette joie des apôtres qui, tout au long de la journée, ont progressivement compris la pré­sence non plus physique, non plus extérieure du Christ, mais sa présence si intérieure qu'elle est éter­nelle.

 

 

AMEN

 

 
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