AU FIL DES HOMELIES

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QUELS SONT CES PROPOS ?

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de Pâques – C

(22 avril 1992)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

Q

uels sont ces propos que vous échangez en chemin ?" Cléophas st son ami racontent à cet Inconnu ce qui s'était passé ces derniers jours, le film des évènements. Et Jésus dit : "Quoi donc ?" Il est étrange ce dialogue entre Jésus et ces deux amis. Le Seigneur est là, incognito, étranger, inconnu et ignorant. Voilà un homme qui vient de Jérusalem et qui ne sait rien de ce qui, depuis quelques semaines, défraie la chronique ou fait courir le tout Jérusalem. Voilà un homme qui semble complètement étranger aux évènements qui viennent d'ébranler la cité sainte et plus encore l'autorité des prêtres et des scribes, presque l'autorité de l'empereur romain. Jésus est là, marchant silencieusement avec eux, une discrétion absolue et Il écoute ces deux disciples lui raconter non pas le mystère de ce que Lui-même a vécu, car ils ne l'ont pas encore saisi, mais les évènements dont Il fut Lui-même le héros. Et même Jésus s'entend dire un certain nombre de paroles et d'œuvres qui l'ont fait classer comme "un prophète devant Dieu et devant les hommes". Voilà que ces deux disciples racontent à Jésus l'histoire de l'aveugle-né et leur étonnement, voilà que ces deux disciples disent à Jésus que ce prophète avait pardonné à une femme prise en fla­grant délit d'adultère, voilà que ces deux disciples racontent l'histoire de Lazare alors que Jésus ne sem­ble pas du tout savoir de qui il s'agit, voilà que ces deux disciples racontent l'entrée triomphale à Jérusa­lem, les miracles, la multiplication des pains, la résur­rection des enfants, et ainsi de suite. Et peut-être même qu'ils remontent, eux aussi, aux prophètes et à Moïse. Comme le cœur du Seigneur devait être tout brûlant au-dedans de Lui en écoutant ces deux disci­ples lui raconter ce que Lui-même était venu faire pour eux !

Ce qui étonnant c'est que le Seigneur, devant cela, ne les reprend pas. Il les laisse parler de "sa vie", c'est-à-dire de leur vie, sous le mode du passé. Et vous le savez bien, lorsqu'on a perdu un être cher, pouvoir en parler à quelqu'un d'autre, même à un étranger, redonne un peu espérance. Il n'est pas tout à fait mort. On a l'impression qu'il est encore vivant. Mais c'est toujours du passé. Et ces disciples ont un savoir exact des faits, des gestes, des paroles de Jésus. Ils ont tout retenu et ils sont en train de ressasser, avec émerveillement mais avec nostalgie, avec regret, parce que leur espérance est quand même déçue. "Cela fait trois jours !" Il y a bien eu quelques visites au tombeau, quelques paroles de femmes, mais cela ne règle pas le problème, Lui, ils ne l'ont pas vu. Et en écoutant cela Jésus est en train de percer ce mystère de la présence du salut qu'Il est venu accomplir à l'intérieur même de ces hommes "lents à croire." Ils savent très bien mais tout ce savoir, toute cette parti­cipation événementielle à la vie du Seigneur, ce n'est pas encore à cela que Jésus veut les conduire. Il faut passer du savoir à la connaissance, à la reconnais­sance. Et c'est cet étranger ignorant qui va lui-même les faire passer à la connaissance. A la connaissance de Lui-même, Lui, on ne l'a pas vu ! Et ils sont là, sans le voir, avec Lui. Et le Seigneur, en reprenant exactement tout ce que ces disciples viennent de lui raconter, en reprenant depuis Moïse par les prophètes jusqu'à la Pâque dernière, Il reprend tout cela et Il leur révèle que c'est de Lui qu'il s'agit et qu'Il est Celui qui, de façon totale, définitive et personnelle, vivante et vivifiante, est venu accomplir la Loi.

Ceci me fait partager deux réflexions. La première, je viens de la suggérer. La foi chrétienne n'est pas un savoir. Ces deux disciples en savaient beaucoup. La foi chrétienne n'est pas une somme de connaissances, elle n'est pas la nostalgie d'un passé. La foi chrétienne est la rencontre avec le Christ vi­vant. Il s'agit de renaître avec Lui, de le connaître, Lui et la puissance de sa Résurrection qui va être signifiée de façon efficace dans la Fraction du pain pour la communion. L'actualisation de la "fraction" de son corps sur la croix pour la communion dans la joie et la réalité de la Résurrection. Mais vous, surtout vous qui venez souvent, qui êtes "bien au courant" des pro­phètes, vous avez lu, vous assistez aux conférences, vous discutez beaucoup, vous savez beaucoup. Les disciples aussi savaient, mais ils marchaient à côté du Christ en le prenant pour un ignorant. Mais leur igno­rance c'était justement de ne pas avoir compris qu'il fallait passer du savoir à la rencontre. Et que c'est la rencontre qui faisait que le savoir n'était pas l'objet d'une connaissance passée, mais que c'est la rencontre qui donne au passé la réalité du mémorial, de la mé­moire, de l'actualisation permanente sur le chemin de la vie de la présence du Christ mort et ressuscité.

Le deuxième point c'est que c'est en annon­çant à quelqu'un d'autre ce qu'ils venaient de vivre que les disciples ont rencontré le Seigneur Jésus. C'est en quittant Jérusalem, le cœur chargé de peine, peut-être encore d'un espoir secret ou en tout cas de tout ce qu'ils avaient, même superficiellement, connu, assi­milé de ce prophète, c'est en en parlant avec quelqu'un d'autre qu'ils L'ont rencontré. Ce n'est pas en le gar­dant pour eux-mêmes. Ils auraient bien pu dire à cet étranger : Tu n'es pas au courant ! file ! Probablement que cela ne t'intéresse pas ! Tu as dû rester chez toi, toute la fête de Pâques, tu ne dois pas être très pratiquant, donc ce qu'on a vécu ne doit pas beaucoup t'intéresser ! Et cependant, comme cet étranger atten­dait justement que ces deux apôtres lui disent ce que Lui-même voulait leur faire découvrir.

Alors, il y a une façon de vivre la Pâque qui est de l'annoncer. Il y a une façon de rencontrer le visage du Christ Ressuscité qui est de dire aux autres ce que nous avons vécu avec Lui, même si ceci n'est pas encore tout à fait parfait, même si nous n'avons pas encore tout à fait bien compris. Et là nous en sommes tous au même point, quels que soient nos diplômes en théologie ... Oui, passer du savoir à la rencontre de Quelqu'un, cela se fait en disant aux au­tres ce que nous savons de Lui. Et Lui-même achè­vera la connaissance dans le don qu'Il ne cesse de nous faire à travers le repas eucharistique.

Que ceci soit, en partie, la grâce de la Résur­rection du Christ ! Que ceci bouleverse aussi notre cœur, rende notre cœur brûlant de sa présence pour que cette chaleur et cette lumière réjouisse tant et tant de nos frères qui marchent à côté de nous, que nous croyons ignorants et sans espérance, mais qui atten­dent qu'on leur dise aussi ce que nous venons de vivre pour qu'eux-mêmes, un jour, le rencontrent à la table de l'eucharistie.

 

 

AMEN

 

 
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