AU FIL DES HOMELIES

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DE LA PAROLE À LA RENCONTRE

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de Pâques – B

(26 avril 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous assistons en direct dans cet évangile à la naissance d'une histoire, et comment cette histoire se transmet. En fait, Jésus qui n'est pas reconnu comme tel et qui est qualifié comme le plus ignorant des habitants de Jérusalem, ce qui est quand même un peu paradoxal, interroge les deux disciples sur ce qu'ils savent, ou croient savoir. Et eux, racontent en faisant référence à un autre récit, celui des femmes, un récit à l'intérieur d'un autre récit, et le troisième récit sera à la fin de l'évangile, quand ils iront raconter aux apôtres ce qui leur est arrivé, en corrigeant leur récit premier, et disant comment ils l'ont reconnu à la fraction du pain.

C'est l'histoire de l'Église qui commence là, c'est parce qu'on nous l'a raconté que nous sommes là. Les disciples l'ont entendu de la bouche des femmes qui ont vu, mais eux n'ont rien vu, pas encore, ils commencent par raconter avant de le rencontrer, avant de le voir. Le récit précède la rencontre, et l'ayant rencontré, ils vont auprès des autres qui ne l'ont pas encore vu pour raconter afin de susciter le rencontre et la reconnaissance. Cette prise de parole permet aux disciples, aux apôtres et ensuite à nous, de nous ap­proprier, d'intégrer à notre esprit une histoire à la fois ancienne puisqu'elle s'est passée sans nous, et de lais­ser dans ce récit une lacune, une interrogation, celle des disciples d'Emmaüs qui racontent l'histoire et ils disent finalement :" et nous", et moi ? et vous ? qu'en est-il ? Vous connaissez l'histoire de la Résurrection, vous connaissez l'histoire des apparitions, vous la reprenez, vous la critiquez éventuellement, et en la reprenant, vous attendez, vous désirez être vous-mê­mes, confrontés à la rencontre.

Une Parole qui appelle une expérience de rencontre. C'est ce qui se passe dans l'eucharistie, cette Parole prépare, ouvre, étonne, interroge, afin que notre désir de nous inscrire dans cette histoire soit exaucé par le Présence même de Dieu. Et c'est là que tout est renversé puisque ce n'est plus simplement une histoire passée dont nous ferions mémoire pour hono­rer notre ancêtre, mais nous rendons présente la Pré­sence de Dieu, Il n'est pas simplement Celui qui est apparu et dont nous sommes certains qu'Il est apparu par conviction profonde, mais il est Celui qui apparaît aujourd'hui, et cela à chaque fois que cette Parole est dite, afin que chacun de nous se rendant propriétaire de ce récit, devienne lui-même l'objet de la rencontre actuelle de Dieu. Et celle-ci est toujours valable. C'est cet engagement que Jésus prend à travers ce récit d'Emmaüs, de chaînon en chaînon de ce récit, de ré­ception de ce récit, de se rendre présent, vivant, actif en chacune de nos vies, l'Eucharistie n'étant pas seu­lement une sorte de mémoire aussi belle soit-elle d'ailleurs, mais elle est l'acte d'un Dieu qui se rend présent, plus intensément encore dans chacune de nos vies, venant soigner les blessures, venant guérir nos maladies, venant attiser notre désir de le reconnaître, Celui dont nous savons qu'Il est venu par amour, puisqu'on nous l'a raconté.

Que cette Eucharistie vécue ensemble aujour­d'hui, à travers cette Parole que nous avons entendue et qui est déjà une ouverture d'appétit de sa présence, nous assure qu'il est vraiment présent en son Corps et en son Sang et qu'Il le sera à tout jamais par amour et pour le salut des hommes.

 

 

AMEN

 

 
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