AU FIL DES HOMELIES

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DE L'EXTRAORDINAIRE À L'ORDINAIRE

Ac 3, 11 - 26; Lc 24, 13-35

Mercredi de la première semaine de Pâques – C

(7 avril 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

La Parole et le Pain

 

F

rères et sœurs, et vous chers jeunes qui venez pendant quelques jours dans notre diocèse pour découvrir la vie monastique notamment à Simiane, je pense que vous avez tous déjà entendu cette histoire. Ces deux personnes ont accompagné Jésus sur les chemins de Galilée, de Jérusalem, ils ont vu des choses extraordinaires se produire, ils pensaient que cela allait toujours durer. Et puis, voilà que Jésus se fait arrêter, emprisonner, crucifier et meurt sur la croix. Autrement dit, et vous le savez, si vous êtes déjà partis quelquefois ensemble, on vit une semaine extraordinaire, en pèlerinage, en vacances, et au moment où nous repartons chez nous, on se sent triste. Parce qu'on a partagé des choses fantastiques, il y a des liens très forts qui se sont noués, et on est triste parce que à la sortie du bus, chacun retourne chez soi.

Les pèlerins d'Emmaüs, c'est en quelque sorte, cette situation. C'est le passage de l'extraordinaire à l'ordinaire. Et si Dieu est Dieu, il ne peut être qu'extraordinaire. Et notre vie, quand elle est ordinaire comment pouvoir y toucher et y voir Dieu ? Alors, Dieu ne serait que dans l'extraordinaire, et quand on retourne chez soi et qu'après avoir passé une semaine de rafting, ou après avoir passé une semaine dans un monastère, on rentre chez soi, et puis, c'est fini. Et le matin, on se lève, on prend son chocolat, on prend le bus, et on retrouve nos chers profs et nos chers copains … C'était une première chose par rapport à cet évangile que nous avons entendu.

La deuxième chose, et je pense que vos animateurs et animatrices et vos prêtres vous l'ont déjà dit, c'est que ce récit pour nous chrétiens, est très important, parce qu'on y voit aussi la structure de l'eucharistie. Jésus (mais ils savent pas encore que c'est Jésus), explique la parole de Dieu. C'est la liturgie de la parole, c'est ce que nous avons fait jusqu'à maintenant. Ensuite, avec les disciples, il y a le moment de la fraction du pain dans cet endroit où ils se sont arrêtés. Et au moment où Jésus rompt le pain, les disciples découvrent que c'est lui. Il y a d'abord l'écoute de la parole de Dieu, et ensuite, il y a l'eucharistie.

Mais, j'aurais voulu attirer votre attention sur autre chose. Plus exactement, on nous explique souvent que la liturgie de l'eucharistie suit la liturgie de la parole. En fait, on pourrait faire un parallèle entre les deux moments : faire la parole, c'est bizarre comme expression ? et faire le pain. Je reviens à la première constatation que j'avais fait au départ, l'extraordinaire et l'ordinaire. Nous rentrons bien souvent dans une église, ou nous partons dans un monastère, avec notre propre histoire et avec les ingrédients de notre propre vie. Et quand nous rentrons dans une église ou dans un monastère, nous espérons passer de l'ordinaire à l'extraordinaire, qu'il y ait quelque chose qui se passe. Et en même temps, on bien ennuyé parce qu'on a des ingrédients de notre vie dont on ne pas trop que faire. Quand on arrive pour l'eucharistie, justement, c'est bien cela le problème : c'est passer de l'extérieur à l'intérieur.

Ce qui est extraordinaire dans cet évangile, c'est qu'il y a un parallèle entre faire la parole et faire le pain. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Les disciples, ils avaient l'histoire de Jésus et ils avaient un élément dont ils ne savaient pas quoi faire dans cette histoire, c'était son arrestation et sa mort. C'était comme la pièce du puzzle qui ne rentrait pas dans l'histoire extraordinaire qu'ils avaient vécue jusque-là. Et nous-mêmes, nous possédons des pièces dont nous ne savons pas quoi faire. L'église, l'eucharistie, c'est lieu où l'on arrive avec nos propres ingrédients. Entre nous soit dit, quelqu'un qui n'a jamais vu du pain, qui ne sait pas comment le pain est fait, comment peut-il imaginer si on lui montre de la farine et une baguette, comment peut-il imaginer que la baguette est la finalisation du processus de la fabrication du pain. Ce n'est pas possible. Un peu d'eau, un peu de farine, et comment arrive-t-on au bout de cela, au pain ?

En fait, l'eucharistie, c'est exactement la même chose. On vient avec ce que nous sommes, on écoute la parole de Dieu, et la parole de Dieu nous constitue et en quelque sorte, elle nous fabrique. J'utilise exprès ce mot, parce qu'en écoutant la parole de Dieu, nous découvrons comment notre propre vie se met en place. Il y a certaines choses dont on se sait pas toujours quoi faire, des choses difficiles, ou des autres, et elles prennent leur place. Les disciples ne comprenaient pas comment la mort de Jésus pouvait rentrer dans cette histoire extraordinaire. Nous aussi, nous venons et nous nous laissons fabriquer par la parole de Dieu et par sa grâce. Vous êtes actuellement à Simiane et vous pouvez bien sûr toujours vous dire que les sœurs et les frères que vous voyez sont des gens un peu bizarres, un peu extraordinaires, qu'ils ont choisi une voie qui est à l'extrémité de ce que vous êtes en train de vivre. Je peux vous assurer que le chrétien comme le moine ne cherchent qu'une seule chose, c'est d'unifier leur vie. Dans le mot moine, il y a le mot "monos" qui veut dire "un", c'est-à-dire que comme vous, ils viennent à l'office, à la messe, et ils déposent aux pieds de Dieu tous les ingrédients de leur vie. Et par leur prière et par la grâce de Dieu, leur vie jour après jour prend un peu plus de sens, un peu plus d'unité et d'unification. Dieu, c'est celui qui met dans nos ingrédients que nous lui apportons, le petit levain. Ce levain, c'est ce qui fait lever la pâte. Nous, on apporte une pâte qui et un peu triste, un peu plate, et Dieu est celui qui par sa grâce en mettant du levain dans notre vie, va faire lever toute notre vie.

Que cette expérience de la vie monastique que vous êtes en train de vivre, et je suis sûr que ce n'est pas évident, surtout si on vous demande de prendre des temps de silence, que cette expérience que vous vivez soit l'occasion simplement de vous présenter devant le Christ ressuscité, de lui offrir ce que vous êtes et de recevoir avec confiance les grâces, c'est-à-dire ce levain qui viendra faire lever votre vie pour le plus grand bonheur de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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