AU FIL DES HOMELIES

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LA FRACTION DU PAIN

Actes 3, 1-10 ; Luc 24, 35-48???

Jeudi de Pâques??? – C

(18 avril 2001???)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, quelle page magnifique que celle de cette apparition de Jésus aux disciples d'Emmaüs, page célèbre. Quelle page éton­nante, ces hommes qui marchent avec Jésus, qui peu­vent parler pendant plusieurs heures avec Lui sans le reconnaître, même quand Jésus leur explique le mys­tère de sa propre Pâque et comment, ainsi que nous venons de la chanter : "Il devait souffrir pour entrer dans sa Gloire".

A quoi donc ces disciples vont-ils le recon­naître ? Ils le reconnaissent, l'évangile nous le dit dans la dernière phrase de ce passage, quand ils font le récit de ce qui leur est arrivé aux apôtres, une fois revenus à Jérusalem, ils le reconnaissent "à la frac­tion du pain". La fraction du pain, c'est la manière la plus ancienne dans l'Église et dans l'Écriture, de dési­gner l'Eucharistie. Au début des Actes des apôtres on nous dira que les premiers chrétiens "étaient fidèles à l'enseignement des Apôtres, aux prières et à la frac­tion du pain". Et nous verrons à Troas, Paul, au cours de la nuit du samedi au dimanche, après avoir veillé dans l'attente du Christ, rompre le pain.

La fraction du pain, avant d'appeler notre sa­crement l'Eucharistie, c'est-à-dire l'action de grâces, l'exultation de joie, avant de l'appeler comme nous le faisons d'un mot à peu près incompréhensible et très tardif, la messe, ou comme les protestants qui l'ap­pellent la Cène du Seigneur, en référence au dernier repas de Jésus avec ses disciples, ou encore de l'ap­peler la liturgie comme le font les orthodoxes, utili­sant dans un sens restreint ce mot que nous utilisons de façon plus générale et plus large, la première dési­gnation est donc la fraction du pain. C'est donc que les premiers chrétiens, les évangélistes eux-mêmes, saint Luc en tout cas, ont été attentifs à cet aspect de l'Eucharistie qui est le partage fraternel. Le pain est rompu, c'est-à-dire partagé pour que tous en aient une part. Il est remarquable que le don que nous fait le Christ de sa présence et qui remplit depuis des siècles la vie des chrétiens, que ce don ne soit pas caractérisé d'abord par l'intimité de chacun d'entre nous avec le Christ reçu dans notre cœur, dans notre corps, mais soit caractérisé d'abord par le fait que ce don que le Christ nous fait de sa chair, nous le partageons avec les autres, avec nos frères. Ce n'est pas dans un tête-à-tête solitaire que le Christ se donne à nous, mais c'est dans un acte de communion communautaire. C'est ensemble, en Eglise, que nous recevons le Corps, et pour la Sang du Christ il en va de même, le geste de la coupe partagée est aussi un geste de communion fra­ternelle. Le mot communion dont on se sert aussi couramment pour désigner ce sacrement ne veut pas seulement dire que nous sommes unis au Christ, mais que nous sommes aussi unis les uns aux autres ou plus profondément encore que c'est dans le geste d'union des uns aux autres que le Christ se donne à nous. Le Christ vient à nous pour faire éclater les barrières de notre cœur et de notre prière, de notre dévotion et de notre intimité, afin que nous soyons ensemble, que nous nous retrouvions dans cette fra­ternité écclésiale qui rassemble notre petite commu­nauté, mais qui nous rassemble aussi avec toutes les communauté de ce diocèse, avec tous les diocèses de l'univers, avec l'Église de tous les temps. Dans l'Eu­charistie, nous retrouvons tous nos frères chrétiens, et c'est dans ce geste d'hostie, de pain rompu, de pain partagé, que nous rencontrons le Christ. Le Christ a voulu se donner à nous en nous donnant les uns aux autres, et cette chair du Christ que nous mangeons et qui devient notre propre chair nous rend intimement frères de tous ceux qui nous entourent, qui eux aussi reçoivent cette même chair du Christ qui devient leur propre chair, de telle sorte qu'entre leur chair et la nôtre, il y a cette parenté inouïe, que nous sommes ensemble devenus présence du Corps de la chair du Christ.

Frères et sœurs, n'oublions jamais cette di­mension. Il arrive que certaines personnes, au mo­ment où avant de communier on échange le baiser de paix, en signe précisément de communion fraternelle quand on va s'avancer, il arrive que certaines person­nes, ostensiblement se recueillent, à genoux, la tête dans les mains, pour ne pas donner le baiser de paix. C'est un contre-sens, c'est exactement le contraire de ce que Jésus a voulu et nous signifie dans cet évangile : "Vous le reconnaîtrez à la fraction du pain, au par­tage du pain, au partage de ma chair, de mon Corps et de mon Sang, au partage de ma Présence". C'est dans la mesure où nous communions les uns avec les autres que nous pouvons aller jusqu'au bout de la vé­rité de notre communion avec le Christ.

 

 

AMEN

 

 
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