AU FIL DES HOMELIES

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LA COÏNCIDENCE

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Actes 3, 11-26 ; Luc 24, 35-48

Mercredi de la première semaine de Pâques – A

(3 avril 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

es deux disciples d'Emmaüs... Disciples... Sont-ils des disciples de la première heure ? Les disciples de ces premières paroles du Verbe dans nos paroles d'hommes ? Étaient-ils disci­ples depuis Cana, les premiers à s'être enivrés ? Avaient-ils été saisis par telle ou telle parole de Jésus? Étaient-ils montés sur la montagne ? Avaient-ils été embarqués suite au discours des béatitudes ? S'étaient-ils ralliés au moment de Lazare ? Ils appar­tiennent vraiment aux disciples, mais ce qu'on oublie de dire, c'est qu'ils étaient aussi des pèlerins. Ils re­viennent de Jérusalem, ils étaient montés à Jérusalem pour la Pâque, ce ne sont pas des cheminots, ou des gens qui ne savent pas quoi faire, des randonneurs, non, ce sont vraiment des pèlerins. Ils étaient montés à Jérusalem pour se replonger dans le bain de la présence de Dieu dans le temple, mais aussi dans son peuple, cette sorte de baptême de tout le peuple au moment de Pâque, où l'on revivait avec une intensité très grande la sortie d'Egypte. On revivait la présence de Dieu qui libère. Et comme des pèlerins, ils avaient peut-être un peu souffert de la nourriture qui n'est pas comme à la maison, ou des logements précaires, ou de la chèreté des hôtelleries. Comme des pèlerins qui sont sur le retour, ils avaient la joie de retrouver leur lit, de retrouver cette nourriture habituelle, de retrouver leurs petites habitudes, puisque le pèlerinage nous désinstalle.

Mais, ils sont tristes et mornes, ils n'ont pas cet enthousiasme des pèlerins. Je me souviens aussi sur la route de saint Jacques avoir vu un tableau qui représentait cette scène des pèlerins d'Emmaüs, et les deux pèlerins étaient déguisés en Jacquet, ils avaient le grand chapeau, le bourdon, les coquilles. Et tous les pèlerins qui passaient devant ce tableau se rappelaient qu'ils étaient eux aussi, une sorte de pèlerin. Mais ils sont tristes parce que ne s'est pas opérée cette sorte de coïncidence entre la Pâque qu'ils venaient célébrer, et cet homme. Il y a une sorte de brisure dans leur espé­rance, puisque cette coïncidence qui devait peut-être s'opérer, qu'ils attendaient, il y avait eu cette rentrée de Jésus dans la ville au moment des rameaux, mais cette coïncidence ne s'est pas opérée. C'est cela qui les rend profondément tristes, alors qu'ils devraient être heureux de retrouver les leurs, et raconter ce qui s'était passé.

Et Jésus va les rejoindre, simplement par sa présence. Bien sûr, Il va leur partager toute l'Ecriture, pour leur montrer que cette coïncidence s'enracine profondément, puisque le Messie devait souffrir, puis, Il leur partage le repas de la coïncidence, l'eucharistie, qui est précisément la coïncidence entre tout le mys­tère de Pâque et cette personne-là. Mais aussi en les rejoignant simplement, c'est une personne qui s'ap­pelle Edith de la Héronière et qui a écrit un livre sur la ballade des pèlerins, à propos de saint Jacques, sur le nombre qu'il faut être pour partir en pèlerinage. Elle dit qu'il faut être trois. Elle s'explique : "Au départ, un ordre heureux règne, nul ne peut rester ce qu'il est dans un trio. Si à deux on s'éteint vite, à trois, on se ranime sans cesse. La combinaison se forme et se déforme comme ces vols de passereaux dans le ciel romain." Deux créent une bulle, cette bulle qu'ils étaient et que le Christ a crevé simplement en rejoi­gnant ces pèlerins, trois la crèvent. La présence de Jésus va crever cette bulle de tristesse, de morosité, de déprime, en quelque sorte, simplement par sa pré­sence. "Deux rient, et le troisième grimace, le troi­sième briseur d'ordre n'est jamais le même, le trio s'avance ainsi, mû par une dialectique imparable, contraint d'intérioriser toujours plus les raisons de son existence, jusqu'à se cogner au mystère des liens tissés si fort, et de manière si indissoluble." Et l'auteur conclut : "Il y a quelque chose de l'éternité dans le chiffre trois".

Le Christ en les rejoignant vient crever la bulle, Il vient leur rendre une espérance incroyable, Il invente le pèlerinage à Jérusalem, puisque normale­ment quand on quitte un lieu de pèlerinage quand on est au retour, on ne retourne pas d'où l'on vient, mais là, les deux pèlerins d'Emmaüs vont retourner, inven­ter le pèlerinage à Jérusalem, ils vont aller trouver les autres, ils vont aussi inventer cette manière de se si­tuer par rapport à cette présence. Ils vont aussi ra­conter aux autres ce qui leur est arrivé.

 

 

AMEN

 

 
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