AU FIL DES HOMELIES

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SCRUTER LA PAROLE

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de la première semaine après Pâques – A

(30 mars 2005)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

J

e ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, tel l'impotent mendiant devant la Belle Porte du Temple, nous nous tenons souvent ainsi devant l'Écriture Sainte, et peut-être que pour certains d'ente vous, comme pour moi, on a l'impression que la fête de Pâques n'a pas changé grand-chose à tout cela.

C'est vrai que nous mendions souvent la Parole de Dieu, nous mendions souvent le sens de l'Écriture, nous aimerions ne plus être impotents, paralysés, pour pouvoir enfin saisir la Parole de Dieu, comprendre le sens des Écritures, comprendre enfin ce que Dieu a dit à la fois dans la Bible et puis ce qui est dit aussi pour notre propre histoire sainte. Nous sommes là et nous tendons la main, nous essayons de saisir quelques éclats argentés ou dorés, de quelques mots qui traînent dans la Bible, dans les psaumes, les évangiles, et nous essayons bien souvent de bric et de broc, saisir ces quelques mots, de les mettre les uns après les autres pour essayer de discerner un sens qui nous réchauffe le cœur et qui nous permette de comprendre enfin ce que c'est que cette histoire d'être ressuscités, de vivre comme des ressuscités. Il faut bien le reconnaître, très souvent, nous faisons chou blanc. Nous échouons, nous n'arrivons pas à nous lever, et nous restons comme ça indéfiniment auprès de cette Belle Porte, qui soit dit en passant, est justement cette porte, qui un jour, sera ouverte pour les juifs quand le Christ reviendra, quand le Messie viendra.

Effectivement, comme les deux pèlerins d'Emmaüs, nous arrivons à mettre quelquefois des mots les uns après les autres, mais ces mots nous dépassent, car en fait, ce que les pèlerins d'Emmaüs disent à Jésus, c'est tout à fait correct, c'est tout à fait juste : il y avait le Messie, fort en actes, en paroles. Mais une chose est de prononcer des paroles justes, autre chose est de saisir véritablement le poids des mots. C'est cela que je trouve remarquable dans ce temps pascal, dans cette semaine qui suit la Vigile pascale, c'est le poids des mots, la floraison des mots. C'est la manière dont les mots qui se cachaient, comme les racines de l'Arbre de la connaissance au Paradis, dans notre vie souterraine, dans nos événements souterrains, se mettent tout à coup à germer comme l'arbre que je vois de ma chambre : ce matin, j'ai vu avec plaisir les premières feuilles sortir de leur bourgeon.

C'est tout le travail de ces mots, de notre vie spirituelle, de notre vie intérieure qui souvent nous échappe. Telle une maquette, nous nous retrouvons avec des bouts dont nous ne savons pas quoi faire. Et l'Esprit Saint, le Seigneur, la vie du Ressuscité nous saisit à bras le corps, et nous prenons alors des événements épars de notre vie, qui nous semblaient si lointains de la vie du Christ, et maladroitement, avec le Christ qui chuchote à notre oreille, nous commençons à assembler le puzzle, nous commençons à assembler la maquette, nous commençons à assembler tout ce qui, dans notre vie n'avait apparemment pas de sens. C'est alors la vie du Ressuscité qui commence à germer, qui commence à apparaître, et cet arbre qui nous semblait si sec, qui semblait même prêt à flamber par le péché, commence à laisser sortir les fleurs, à laisser sortir le parfum suave de cette vie divine qui nous saisit et nous prend totalement. Et nous commençons à gambader, j'ai envie de dire que ce qui est très beau pour le coup, par rapport à d'autres courses, c'est que ce brave homme gambade sans partir vers un but. Il est là faisant d'abord l'expérience qu'il n'arrivait pas à faire, de se mettre en route vers Dieu, vers le parvis du Temple, il est là, il essaie ses membres qu'il n'avait jamais plus utilisé, il est comme béat d'admiration. C'est peut-être ce que nous avons aussi à faire de temps en temps frères et sœurs, avant de vouloir aller saisir le Christ, peut-être que le Christ nous dit : essaie tout simplement, essaie ce que je t'ai donné, tes membres, ouvre ta vie, tout ce que tu as vécu, la Parole que je te donne avant même de trouver un sens, essaie de prendre les mots et de les ajuster les uns avec les autres, joue avec ma Parole, joue avec ma vie, joue avec les psaumes, avec les évangiles, et tu iras là où tu iras … Ce n'est pas grave, car je serai toujours à côté de toi. Arrivera un moment où le Christ va se cacher, il va faire comme l'Époux dans le Cantique des cantiques, le Christ qui s'échappe de cette auberge, Il va nous quitter. C'est que c'est insupportable pour nous. Combien de fois on peut entendre justement en confession des gens qui nous disent : oui, j'avais saisi le Christ, enfin, Il était avec moi, oui je le sentais auprès de moi, et d'un coup, Il s'est échappé, est-ce que cela veut qu'il ne m'aime plus, Il me punit, qu'est-ce ce que je lui ai fait pour qu'il s'en aille. Ce qui est magnifique, c'est que le Christ nous dit : va plus loin, ne pense pas qu'il faille que tu me saisisses, ne pense pas que tu puisses croire que tu vas réussir à un moment donné à me saisir. Ce n'était même pas le cas pendant le carême, comment pourrions-nous encore penser maintenant qu'Il est ressuscité, que nous pouvons encore plus le saisir. Non, au contraire, Christ ressuscité est celui qui s'enfuit encore plus loin, et qui veut nous montrer que dans nos mots, dans nos vies, nous devons aller toujours plus loin.

Frères et sœurs, que cet évangile des disciples d'Emmaüs nous fasse passer des mots à la nourriture, qu'il nous fasse passer maintenant à l'eucharistie, au corps que le Christ nous donne afin de continuer sur les chemins du Christ ressuscité.

 

 

AMEN

 

 
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