AU FIL DES HOMELIES

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ILS LE RECONNURENT

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de Pâques – B

(19 avril 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

eurs yeux étaient empêchés de le reconnaître". Vous avez peut-être remarqué, frères et sœurs, que dans plusieurs apparitions du Christ ressuscité, ceux à qui Il apparaît d’abord ne le reconnaissent pas. Marie Madeleine le prend pour le jardinier, ici les disciples d’Emmaüs le prennent pour un voyageur quelconque sur la route. Nous trouverons bientôt la même chose quand les apôtres sont retournés pêcher sur le lac de Tibériade, et que Jésus leur apparaît sur le rivage. Jésus est donc autre. Il est passé de ce monde à son Père. Il est passé de cette vie de la terre à cette autre vie à laquelle Il nous appelle, dans laquelle Il veut nous introduire et qui n’est pas, remarquez-le, un surcroît de gloire, car Marie Madeleine ne l’a pas pris pour un roi ou un prince, et les disciples d’Emmaüs n’ont pas cru à un grand personnage qui viendrait avec tout l’appareil de sa gloire Non, Il est autre d’une manière pourtant toute naturelle, tout ordinaire, toute simple.

Chaque fois, Jésus va se faire reconnaître par le cœur même, le cœur croyant des disciples. A Marie Madeleine, le signe de cette reconnaissance sera la manière dont Jésus prononce son nom : "Marie", alors, à ce moment-là, elle aussi ses yeux s’ouvrent et elle s’écrie "Rabbouni", Maître, et elle se prosterne à ses pieds.

Ici, les disciples d’Emmaüs vont reconnaître Jésus au geste de l’eucharistie. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : "Quand Il fut arrivé avec eux, Il prit le pain, Il prononça la bénédiction, l’action de grâces, l’eucharistie. Puis, Il le rompit et le leur donna". Et eux-mêmes, quand ils viendront rejoindre les apôtres diront : "Nous l’avons reconnu à la fraction du pain". La fraction du pain qui est le nom le plus ancien que nous retrouverons dans les Actes des apôtres pour désigner l’eucharistie. En effet, "Il le rompit et le leur donna et alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent", car Il est le seul à avoir donné ce pain qui ce corps en nourriture. Mais, nous dit le texte, mystérieusement : "ils le reconnurent, mais Il avait disparu de devant eux". Qu’est-ce à dire ? Puisque Jésus leur avait donné ce pain qui est son corps, ils n’avaient plus besoin de le voir à côté d’eux, ils l’avaient dans leurs mains, dans leur bouche, dans leur cœur, dans leur corps. C’est le régime nouveau de la vie de l’Église où nous ne rencontrons plus le Christ sur les routes de Galilée, où nous ne prenons pas nos repas avec Lui, mais c’est Lui qui est notre repas. C’est Lui qui est notre vie, l’aliment de notre vie nouvelle. Ceci manifeste l’accord profond qui existe entre la résurrection du Christ et l’eucharistie. Nous avons l’habitude de voir dans l’eucharistie le sacrifice de Jésus, le sacrifice de la messe qui est celui-là même de la croix, mais ce sacrifice est inséparable de son aboutissement. Jésus a accepté de souffrir et de mourir sur la croix, mais pour ressusciter, pour du fin fond de cet abîme de la mort et des enfers, pour se redresser vivant et entraîner avec Lui toute l’Église, tous les disciples, toute l’humanité, dans la vie.

C’est pourquoi d’ailleurs pendant le temps pascal nous lirons longuement le chapitre sixième de l’évangile de Jean, dans lequel Jésus nous propose une véritable catéchèse de l’eucharistie : "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et je demeure en lui". C’est le Christ ressuscité qui nous parle. Par l’eucharistie nous établissons notre demeure, nous stabilisons notre existence dans le Christ lui-même. Nous devenons membres de son corps ressuscité, déjà appelés et comme aspirés vers la gloire, vers la résurrection. Et pour que nous puissions ainsi demeurer dans le Christ, être les membres de son corps, Il vient demeurer en nous, faire sa demeure en nous, habiter dans notre cœur, pour transformer de l’intérieur notre propre corps en son corps ressuscité, puisqu’il se donne à nous en aliment, et que l’aliment, c’est ce qui devient notre propre chair.

Ainsi, la chair du Christ ressuscité devient notre chair, et commence à l’ensemencer par la puissance de sa résurrection, puisque aussi bien saint Paul nous dit : "Celui qui par son Esprit a ressuscité Jésus, rendra aussi la vie à vos corps mortels par ce même Esprit". L’Esprit Saint qui sera répandu sur toute l’Église au jour de la Pentecôte et qui ne cesse d’envahir cette Église jusqu’à la fin du monde, l’Esprit Saint en quelque sorte, opère en nous, déjà le début de notre résurrection en façonnant la chair du Christ dans ce pain, le sang du Christ dans ce vin, pour qu’en mangeant ce pain et en buvant ce vin, nous recevions la présence vivante du corps ressuscité du Christ dans notre propre chair.

Frères et sœurs, vivons cette eucharistie et chacune de nos eucharisties, comme cette entrée déjà commencée, déjà inaugurée dans la gloire de la résurrection.

 

 

AMEN

 

 

 
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