AU FIL DES HOMELIES

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LE TEMPS DE LA MYSTAGOGIE

Ac 3, 1-10; Lc 24, 13-35

Mercredi de Pâques – C

(11 avril 2007)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

E

st-ce parce que ce sont des femmes qui ont raconté aux disciples d'Emmaüs que les anges leur ont dit que le Christ est ressuscité, que même s'ils sont bouleversés, ils repartent tristes parce qu'ils pensent que le témoignage des femmes n'est pas assez valable. Je ne pense pas que même si cela avait été des hommes qui avaient raconté aux disciples d'Emmaüs, ils n'en seraient pas moins repartis tristes vers leur village ? Pourquoi ? parce que contrairement à ce que l'on peut penser, la foi n'est pas seulement une question de discours. Certes, cela nous fait plaisir qu'aujourd'hui l'Église insiste sur l'aspect d'un exposé de la foi qui soit organique, cohérent, et qui soit clair en essayant de dire avec des mots les plus précis possible, ce que nous essayons de confesser dans le mystère de la foi, d'essayer de traduire le mieux possible cette vérité sans la trahir. Quand on a la foi, on a plaisir à la transmettre.

On a peut-être aussi oublié une chose, c'est que l'expérience dans la transmission de la foi est fondamentale. Elle passe par le fait qu'il faut être d'abord touché soi-même par la rencontre avec le Seigneur afin de pouvoir le dire et en témoigner le moins mal possible. Mon témoignage, s'il n'est qu'un exposé, ne passera pas. Il doit être rempli non seulement de ces mots qui essaient de dire la foi, mais aussi de cette vie transformée, bouleversée par la rencontre du Seigneur. La transmission n'est pas non plus du côté uniquement du témoignage pour croire. C'est tout un ensemble, et c'est exactement ce que fait le Seigneur avec les disciples d'Emmaüs.

On pourrait raconter longtemps ce qu'on sait sur ces disciples. C'est bien sûr, la liturgie de l'eucharistie, avec la liturgie de la Parole et ensuite, la fraction du pain où ils le reconnaissent. Mais on le voit bien, il y a l'approche par ces Écritures, et par le Verbe lui-même, le Christ, et par ce signe de la fraction du pain qui était d'ailleurs le premier nom de l'eucharistie. C'est aussi l'expérience fondamentale et vitale du boiteux de la Belle Porte, qui reçoivent ce que Pierre et Jean peuvent donner : "Je n'ai pas d'or, je n'ai pas d'argent", je n'ai pas ma petite mallette missionnaire, "mais ce que j'ai je te le donne, au nom du Seigneur Jésus, tu es guéri". C'est le même principe, la même expérience. Je ne transmets pas un discours, je transmets une expérience fondamentale.

Ainsi, les disciples d'Emmaüs ne cessent d'être réinterrogés sur ce qu'ils vivent. Jésus leur demande : Il les interroge sur leur propre discours. Et eux racontent à nouveau, ils feront ensuite une autre relecture : "notre cœur n'était-il pas tout brûlant alors qu'il nous parlait en chemin ?" sachant que Jésus les fait d'abord parler et qu'ensuite, il peut leur expliquer dans l'Écriture, "tout ce qui le concernait". Ils le reconnaissent à la fraction du pain parce que Jésus fait appel à la même expérience, si l'on dit que ce pain rompu c'est l'eucharistie, c'est qu'ils étaient sans doute à ce geste fondateur où l'on reconnaît le Christ qui bénit et rompt le pain pour le partager et le donner à ses disciples. Il leur fait faire "mémoire" de ce geste pour entrer désormais dans la Pâque, dans ce qu'on pourrait appeler d'un mot savant que les Pères de l'Église appelaient la mystagogie. C'est simple, cela veut dire être conduit dans le mystère. Vous le savez, les catéchumènes ne connaissaient pas les sacrements qu'ils allaient recevoir sous leur forme célébrée. Quand on célébrait baptême confirmation et eucharistie pour eux, ils découvraient tout de manière fondamentale comme un événement. Ensuite, les Pères de l'Église les prenaient pendant la semaine qui suit Pâques, et ils leur expliquaient chaque jour les gestes et les Écritures, comme le Christ l'avait fait pour les disciples d'Emmaüs. Ils les faisaient rentrer ainsi dans ce qu'ils avaient reçu. On ne les avaient pas initiés par le discours, mais ils étaient initiés par le Christ lui-même, par les sacrements qu'ils avaient reçus, et à partir de ce trésor reçu, ils ne cessaient plus d'y puiser.

Depuis lors, nous sommes toujours dans le temps de la mystagogie, c'est pour cela que chaque dimanche nous fait revivre notre propre expérience de foi, et comme le dit le Concile Vatican II, les sacrements sont des sacrements de la foi, parce qu'ils la transmettent, mais ils la nourrissent. C'est cela l'expérience de Pâques. Je peux dire que le Christ est ressuscité par tout ce qu'il m'est donné de vivre, non seulement à travers la célébration, la liturgie, la lectio divina, l'apprentissage des Écritures, et ma propre vie, il y a ce mystère de Pâques qui ne cesse de se diffuser, de se répandre, et en même temps ils nous rappelle toujours le cœur et le centre de ce que j'ai vécu et célébré en disant et en confessant : Christ est ressuscité et je crois à la résurrection des morts.

 

AMEN

 

 

 

 
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