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JE RETOURNE A LA PECHE

Ac 8, 26-39 ; Jn 21, 1-14
Vendredi 1er Avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

 

Frères et sœurs, chacun des récits d'apparition du Christ ressuscité a sa couleur propre. Nous avons déjà vu, pour un certain nombre d'entre eux la caractéristique de leur contexte, de la relation que Jésus renoue avec les disciples. Ici, dans cette histoire de la pêche miraculeuse, c'est encore une caractéristique assez originale qui est propre à ce récit. Simon-Pierre dit "Je vais pêcher". La plupart du temps, on ne fait pas attention à cette phrase, pourtant, il y a quand même un exégète qui l'a utilisée pour faire un livre sur la résurrection intitulé "Je retourne à la pêche". Je crois qu'il a raison, c'est comme ça qu'il faudrait traduire, ce n'est pas simplement "Je vais pêcher", mais "Je retourne à la pêche".

 

 

Dans ce récit de la pêche miraculeuse, ce qui est intéressant, c'est que le petit groupe des disciples qui étaient au bord du lac de Tibériade, ont malgré les apparitions à Jérusalem, essayé de tirer des conclusions sur l'avenir. Et c'est que le plus sûr est de reprendre le métier. C'est donc que pour Pierre, Jean et les compagnons de métier, de pêche, pour eux l'affaire est presque classée. Ca n'exclut pas quelques modifications dans leur vie, mais fondamentalement, c'est fini. Et c'est précisément ce contexte-là que Jésus choisit pour leur apparaître. Il leur apparaît à travers une sorte de clin d'œil d'une part qui fait allusion aux précédents miracles d'une pêche miraculeuse au début de la vocation des disciples quand il avait dit à Pierre : "Tu seras pêcheur d'hommes", et d'autre part qui est un clin d'œil en ce qu'il ne cherche pas à les sortir de leur métier de pêcheur. Au contraire, il les fait plus pêcheurs que jamais puisqu'il y a plus de poisson qu'il ne pourraient normalement en prendre, c'est une pêche à proprement parler miraculeuse. 

 

 

Par conséquent, l'orientation, le but du récit est de nous montrer que la présence du ressuscité n'est pas quelque chose qui nous arrache à la vie courante mais au contraire qui nous y plonge avec un autre regard. Et c'est précisément cela l'originalité de ce récit. Les apôtres ont pris le parti de retourner à la pêche, d'accord. Pour autant, la présence du ressuscité serait-elle absente de cette profession de pêcheur? Eh bien non, elle y est plus présente que jamais. Et si vous le remarquez, c'est un peu la même chose, non plus avec l'apparition du Christ ressuscité, mais avec une apparition de Philippe sur le chemin de l'eunuque qui repart en Ethiopie. L’eunuque est le ministre des finances de la reine d'Ethiopie, il est sans doute prosélyte, c'est-à-dire craignant Dieu ; il n'est pas vraiment juif, mais il fait déjà un certain nombre d'obligations cultuelles, et il est parti à Jérusalem et en revient. Apparemment, il a fini ses dévotions, ses exercices de piété. Simplement, dans le char, comme il s'ennuie, il lit un rouleau d'Isaïe que peut-être il s'est fourni en allant en pèlerinage à Jérusalem. Et c’est là, dans le retour à la vie quotidienne de l'eunuque qui retourne faire son métier de ministre des finances de la reine d'Ethiopie, que Philippe intervient : "Comprends-tu ce que tu lis?". Et c'est dans ce retour à la quotidienneté que Philippe lui révèle le sens du rouleau du livre d'Isaïe, qui montre qu'il parle et qu'il annonce quelque chose que l'eunuque ne pouvait pas comprendre et qui est l'irruption de la présence du ressuscité. D'où le baptême à la fin. Et quand il est baptisé, Philippe disparaît. Comme si le but de la conversion baptismale était non pas de vous retirer de la vie et des obligations quotidiennes, mais au contraire de vous y laisser mais avec une autre perspective, un autre regard, une autre manière d'être. 

 

 

Eh bien, c'est aussi un des messages de Pâques. Le message de Pâques, ce n'est pas de nous arracher à la vie actuelle, c'est de nous dire que la vie actuelle continue mais que nous pouvons la vivre autrement. Donc, aussi bien cet évangile de la pêche miraculeuse que l'épisode du baptême de l'eunuque de la reine d'Ethiopie, ont tous les deux d'une certaine manière le même but et la même visée, c'est de dire que désormais, nous sommes par la puissance du Christ ressuscité incités à poursuivre notre propre vie, dans le métier où nous sommes, avec les préoccupations que nous avons, avec les relations sociales que nous avons. Simplement, maintenant, c'est la présence du ressuscité qui est au cœur de cette vie.