AU FIL DES HOMELIES

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LA CHASTE SUZANNE ET LA FEMME ADULTÈRE

Dn 13, 1-9+15-60

(24 avril 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

D

ans ce temps où l'Église, maternellement, accompagne les catéchumènes au baptême, elle propose aujourd'hui le visage de deux femmes. Suzanne, l'innocente et la femme adultère surprise dans son péché.

Ces deux femmes, ce sont les deux visages de l'humanité. C'est dans ces deux épisodes, la même démarche, le même baptême qui leur est donné à toutes deux, mais chaque fois c'est un visage différent de l'humanité qui nous est présenté et chaque fois, c'est une manière différente dont le mystère du baptême saisit l'humanité, dont la grâce de Dieu s'empare de l'homme pour le sauver.

Le premier visage, c'est Suzanne l'innocente qui, elle aussi, veut se plonger dans les eaux qui purifieront son cœur. Suzanne, c'est cet aspect de l'humanité qui a quelque chose d'innocent. Tout n'est pas mauvais dans le cœur de l'homme. Le péché originel n'a pas complètement corrompu la nature de l'homme. L'homme est bon encore, en tant qu'il est une créature de Dieu qui garde en lui-même secrètement ce désir de s'avancer vers son Dieu. Et c'est précisément cela que Suzanne représente.

      Mais c'est en même temps le fait que nous soyons créatures, que nous soyons bon, parce que nous sommes l'œuvre de Dieu, nous sommes menacés par le monde, par la haine, par le péché et la violence qui veulent se déchaîner sur nous et qui sans cesse menacent de corrompre et d'abîmer définitivement ce qu'il y a de bon en nous.

       Et alors, il n'y a qu'une chose à faire, c'est que malgré le mal et la violence qui se déchaînent, il ne faut pas se faire le complice de ce mal pour essayer de se sauver soi-même par ses propres énergies. Mais au contraire, il faut s'en remettre vraiment à l'amour de Dieu.

       Lorsqu'un catéchumène est plongé dans les eaux du baptême, il y a toute cette partie de lui-même qui désire rencontrer son Dieu et qui doit se remettre totalement en confiance et en innocence dans l'amour de son Dieu. Et c'est pour cela que Suzanne n'était ni sous un acacia ni sous un tremble, mais elle était déjà prophétiquement à l'ombre d'un autre arbre, l'arbre de la croix qui était son Seigneur, qui rendait le jugement pour elle. Car c'est cela que signifie le mot de Daniel : "Dieu est mon juge, Dieu est mon jugement". Dieu a rendu mon jugement.

       C'est exactement ce qui est arrivé à Suzanne dans la mesure où elle s'en est remise vraiment à Dieu dans l'innocence de son cœur. Dieu, son Seigneur, lui a rendu par la bouche de Daniel, son jugement et l'a sauvée.

       Mais Dieu ne se contente pas, par le baptême, de sauver ce qu'il y a de bon en nous. Il veut aussi sauver ce qui est corrompu et perdu par le péché. Et c'est la deuxième figure. Lorsque le catéchumène est plongé dans les eaux du baptême, c'est tout entier, bon et mauvais à la fois qu'il y est plongé, et cette face mauvaise, c'est celle de la femme adultère surprise dans son péché.

       Là aussi, maintenant, dans son péché, son juge c'est la Loi, les scribes et les pharisiens qui veulent appliquer la sentence de Moise. Une sentence qui est écrite sur la pierre. Or, Jésus écrit sur la terre des traces indéchiffrables qui ne dureront apparemment pas. En réalité c'est l'image du Seigneur qui veut parler, non plus dans la dureté du cœur de pierre, mais c'est le Christ qui va jusqu'à cet endroit le plus faible, le plus vulnérable et le plus démuni de nous-mêmes pour y graver les paroles de son pardon.  

       Lorsqu'un catéchumène est plongé dans les eaux du baptême, c'est cela aussi qu'il éprouve. C'est qu'il est pardonné au plus intime de lui-même, là où il est terre, pétri de terre, fragile et sans assurance sans sécurité, uniquement face à son péché. Et c'est jusque-là qu'il est sauvé.

       Pour nous aussi, si nous avançons avec nos catéchumènes, avec tous ceux qui se préparent à recevoir le baptême, nous qui nous avançons vers le Christ mort et ressuscité pour nous, vers la fontaine d'eau vive qui jaillira encore en flots abondants pour notre cœur dans la nuit de Pâques, sachons aller vers Dieu à la fois, avec cette innocence, cette bonté que Dieu a mise en nous quand Il nous a créé, mais sachons aussi aller en lucidité en portant le poids de notre péché et en sachant que nous entendrons cette parole merveilleuse : "Va, et désormais en pèche plus! "

 

       AMEN


 

 
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