AU FIL DES HOMELIES

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VENEZ DÉJEUNER !

Ac 8, 26-39 ; Lc 24, 35-48

Vendredi de la première semaine du temps pascal – C

(8 avril 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

Environs de Tabgha

C

 

haque texte qui nous rapporte une des apparitions de Jésus ressuscité comporte un accent propre. Le texte d'Emmaüs en saint Luc met l'accent sur l'accomplissement des Écritures. Il y a ces textes du Cénacle où Jésus se présente et souhaite la paix, ces textes où Jésus confie, d'une façon officielle, une mission d'évangélisation pour les disciples à travers le monde entier.

Dans ce texte de la finale de l'évangile de Saint Jean, c'est un autre accent qui est proposé, celui que j'appellerai de la familiarité. Tout est très simple : il est question de la mer de Galilée. C'est un paysage banal pour les apôtres qui pendant de longues années y ont été pêcheurs. Il est question de poisson, de courses du matin : "Avez-vous quelque chose à manger ?" Il est question d'un peu de pain, d'un feu de braise et c'est tout. Il n'y a pas d'explication, j'allais dire spirituelle. Il n'y a pas de souhait particulier, sauf une invitation que vous faites chaque jour envers ceux qui vivent avec vous : "Venez déjeuner !"

Et cependant, cet évangile apparemment banal est d'une très grande profondeur spirituelle, car c'est à travers cette banalité, ce quotidien des gestes, des occupations et des choses de la vie que Jésus, pour la troisième fois, se manifeste à ses disciples après sa Résurrection d'entre les morts. Nous chantions au début de cette messe : "Ton chant de joie, ô Christ Ressuscité, a réveillé l'aurore !" Cette aurore, au bord du lac de Galilée avait vraiment quelque chose de nouveau pour les apôtres, à travers les gestes les plus simples et les choses les plus connues, car cette aurore n'était pas seulement celle du soleil, pas simplement celle du jour, mais celle du Christ dans le cœur des apôtres, celle du Christ sur le rivage de la mer qu'il connaissait bien. Ils avaient l'habitude de voir des gens circuler dans la brume matinale sur les rochers, sur les cailloux du rivage de cette mer de Galilée. Et cependant la présence de Jésus, non reconnue au début, s'affirme petit à petit. Son identité se confirme jusqu'au moment où elle va rejoindre le cœur de l'apôtre que Jésus aime, saint Jean, jusqu'au moment où elle va mettre en route, de façon quelque peu fougueuse, l'apôtre Pierre qui va se jeter à l'eau pour rejoindre son Seigneur. Il y avait vraiment dans le cœur des apôtres un chant nouveau, en cette aurore où le Christ leur est apparu au bord de la mer de Tibériade.

Cet évangile de la familiarité est manifesté par cette présence de Jésus. Or vous savez que, au fur et à mesure que la familiarité que l'on entretient avec quelqu'un s'approfondit, au fur et à mesure que l'intimité se fait plus dense, plus intense, plus confiante, les paroles, les discours, les explications s'amenuisent puis disparaissent. Et c'est bien pour cela qu'aucun des disciples n'osait demander à Jésus qui Il était. Aucun des disciples n'a eu l'audace ou peut-être la maladresse, l'indélicatesse de lui poser une question sur Lui-même, car Jésus, ils le savaient, c'était bien Lui qui était présent dans ce silence, dans cette solitude du matin. Et ils ont découvert, à ce moment-là, que la présence seule de Jésus leur suffisait. Aucune explication n'était nécessaire.

Pour vous permettre d'entrer plus profondément dans le sens de cet évangile de la familiarité et de l'intimité avec le Christ ressuscité, voici un court texte d'un auteur spirituel du douzième siècle. Je vous le lis tel quel, vous aurez d'en recueillir l'une ou l'autre parole pour que celle-ci nourrisse votre prière de ce jour.

"Mes frères, en quoi la joie de votre cœur est-elle un témoignage de votre amour du Christ ? Pour moi, voici ce que je pense. A vous de voir si j'ai raison. Si jamais vous avez aimé Jésus, vivant et mort, puis rendu à la vie en ce jour où, dans l'Église, les messagers de sa Résurrection annoncent celle-ci et la proclament d'un commun accord et à tant de reprises. Votre cœur se réjouit au-dedans de vous et dit : on me l'a annoncé, Jésus, mon Dieu, est en vie. Voilà qu'à cette nouvelle mon esprit se ranime, lui qui était assoupi de tristesse, languissant de tiédeur et prêt à succomber au découragement. En effet, le son de cet heureux message parvient même à tirer de la mort les criminels. S'il en allait autrement, il ne resterait plus qu'à désespérer et à ensevelir dans l'oubli celui que Jésus, en sortant des enfers, aurait laissé dans l'abîme. Tu seras en droit de reconnaître que ton esprit a pleinement recouvré la vie dans le Christ s'il peut dire avec une conviction intime : cela me suffit si Jésus est en vie. Comme cette parole exprime un attachement profond, qu'elle est digne des amis de Jésus, elle est pure affection qui parle ainsi : cela me suffit si Jésus est en vie. S'Il vit, je vis car mon âme est suspendue à Lui. Bien plus, Il est ma vie et tout ce dont j'ai besoin. Que peut-il me manquer en effet si Jésus est en vie. Quand bien même tout me manquerait, cela n'aurait aucune importance pour moi, pourvu que Jésus soit vivant. Si même, Il lui plaît que je manque à moi-même, il me suffit qu'Il vive, même si c'est que pour Lui-même. Lorsque l'amour du Christ absorbe ainsi totalement le cœur de l'homme, de telle sorte qu'il se néglige et s'oublie lui-même et n'est plus sensible qu'à Jésus-Christ, et à ce qui concerne Jésus-Christ, alors seulement la charité est parfaite en lui.

Certes, à celui dont le cœur est ainsi touché, la pauvreté n'est plus à charge. Il ne ressent plus les injures. Il se rit des opprobres. Il ne tient plus compte de ce qui lui fait du tort Il estime la mort comme un gain. Il ne pense même pas qu'il meurt car il a plutôt conscience de passer de la mort à la vie. Quant-à nous, bien que nous ne puissions nous rendre témoignage d'une telle pureté, allons pourtant, allons voir Jésus à la montagne de la Galilée céleste, au lieu qu'il nous a désigné. En avançant vers Lui notre amour grandira et au moins, quand nous parviendrons au terme, il deviendra parfait. Lorsqu'on avance la voie, d'abord étroite et difficile, s'élargit et les faibles prennent de la force : la chair du Christ est notre provision de voyage. Jésus a d'abord envoyé les anges, les femmes et les apôtres comme témoins et messagers de sa Résurrection. Dès maintenant, Il nous crie Lui-même, du haut du ciel : "Me voici, Moi que vous avez pleuré comme un mort pendant ces trois jours. Je suis mort pour vous, c'est vrai, mais me voici en vie. Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Venez à Moi, vous tous qui souffrez de la faim. Venez déjeuner et je vous restaurerai. Venez, les bénis de mon Père recevoir le Royaume préparé pour vous. Là où Il nous appelle, que Jésus daigne aussi nous conduire."

 

AMEN

 
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