AU FIL DES HOMELIES

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JE RETOURNE A LA PÊCHE

Ac 8, 26-39 ; Jn 21, 1-14

Vendredi de la première semaine de Pâques – A

(27 avril 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Lac de Tibériade

J

 

e retourne à la pêche !" Il ne semble pas que la première effervescence des premières apparitions du Christ à ses disciples à Jérusalem leur ait tellement monté la tête pour que, quelques jours plus tard, lorsqu'ils retournent en Galilée, ils retrouvent si paisiblement et si naturellement leurs bonnes vieilles habitudes. Au fond, tout se passe comme si cet intermède d'abord heureux de la montée à Jérusalem, puis dramatique au moment de l'affrontement de Jésus avec le sacerdoce de Jérusalem et enfin cet événement extrêmement mystérieux dont ils n'avaient pas encore compris la signification, cet événement mystérieux que fut la première apparition aux disciples, tout se passe comme si, pour Pierre, Thomas et les autres, cette affaire était une sorte de parenthèse et que, à partir du moment où l'on retrouvait tout banalement le cadre de vie dans lequel on avait évolué auparavant, avant d'avoir connu le maître, la solution la plus simple était de retourner à sa barque et à ses filets.

Je trouve extrêmement beau que le Seigneur ait voulu apparaître à Pierre et aux autres disciples, précisément dans cette espèce de moment de recul où, apparemment, la vie redevient banale et ordinaire. C'est peut-être d'ailleurs pour cela que cette apparition n'a pas tellement de côté dramatique, tout juste le plongeon de Saint Pierre dans les eaux du lac de Tibériade. Autrement, tout se passe naturellement. D'abord c'est le Seigneur sur le bord du rivage, le Seigneur qui ne se fait pas connaître et qui les interpelle familièrement, peut-être même comme Il les avait interpellés au début de son ministère. Et surtout la délicatesse avec laquelle le Christ renouvelle le geste de sa présence à travers le miracle que Luc nous avait raconté au sujet de la pêche miraculeuse au début du ministère.

C'est un peu comme si le Christ avait voulu dire à Pierre et aux disciples : "Au fond, Je suis là comme avant !" Le Ressuscité, c'est bien entendu une présence pleinement glorieuse et manifestée, pleinement efficace, mais qui, en même temps, ressemble tellement à cette humanité qu'ils ont connue dans le Christ Jésus qu'ils avaient découvert et qu'ils avaient suivi.

Ainsi en est-il pour nous. La manière dont le Christ nous saisit, c'est toujours un peu lorsque nous retournons à la pêche. Il y a dans notre vie des moments où nous avons conscience qu'il s'est passé quelque chose d'extraordinaire : un appel, un éveil plus particulier, la sensation presque que le Christ est là et qu'Il est agissant dans notre vie. Mais cela dure plus ou moins. Il y a des moments où tout s'estompe et l'on a l'impression que tout cela n'était simplement qu'une illusion. Or ce n'est pas le cas. Au moment même où nous avons envie de retourner soit à la pêche, soit aux casseroles, soit à notre profession quotidienne, à ce moment-là, curieusement, il y a cette apparition sur les bords du lac de Tibériade où le Christ nous dit simplement : "Les enfants, jetez le filet!" comme pour nous dire : "La même audace que je vous avais mise dans le cœur au moment où vous m'aviez découvert, est-ce que cette audace et cette confiance vous l'avez encore ?" Et alors, à ce moment-là, même si on n'en a pas très envie, même si on n'y croit plus tellement parce qu'on se dit : "Peut-être que ce n'était qu'un beau rêve et rien de plus !" à ce moment-là, je crois que la seule solution c'est effectivement de jeter le filet.

Et c'est là, sans doute, le miracle, c'est au moment où on jette ce filet qu'on s'aperçoit, tout à coup, que c'était le Seigneur et que, même si nous nous l'avions quitté, en pensant qu'après tout ce n'était peut-être qu'un beau rêve, Lui avait toujours été là, et que, la preuve, c'est qu'Il est encore là.

Dans cette eucharistie, demandons que la grâce pascale ne soit pas seulement une sorte d'émerveillement liturgique, d'émerveillement de la fête, même si cela est très légitime et très beau, mais que cette grâce pascale prenne quelque chose de cet enracinement profond de Jésus-Christ dans notre vie, Celui qui nous appelle : "Les enfants", Celui qui s'est manifesté à nous tel qu'au premier jour de notre vie d'enfant de Dieu au premier jour de notre baptême, Il s'est manifesté à nous, dans la même richesse et dans la même plénitude.

 

AMEN

 
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