AU FIL DES HOMELIES

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AU BORD DU LAC

Ac 13, 16+26-37 ; Mt 28, 16-20

Vendredi de Pâques C

(31 mars 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

A

entendre ce texte, un des plus beaux sans doute de l'évangile, on pense à un petit joyau que l'on vient mettre à la fin sur un diadème serti de pierres précieuses, de ce qui formait l'ensem­ble des apparitions et qui fait briller, dans ce passage, Jésus vivant, ressuscité, présent parmi nous. On a l'impression que ce texte appartient à la fois au temps des apôtres et à un autre temps, pas forcément le nôtre mais plutôt le temps du ciel.

Les détails sont très concrets, mais en même temps on est comme invité à tellement d'intimité avec le Christ qu'on a l'impression de goûter là ce que sera la joie céleste, la joie du Royaume de Dieu. Il y dans ce texte comme une saveur d'avant-goût de ce que nous vivrons dans l'incroyable proximité de la ten­dresse de Dieu : "Venez déjeuner !" avec du pain sur un feu de braise. Et qu'y a-t-il de plus réjouissant pour le cœur de l'homme qu'un feu qui rassemble des hommes autour de lui et parmi ces hommes, Dieu en l'homme Jésus Ressuscité ? Une poignée d'hommes rassemblés.

Ils étaient repartis sur la mer. Ils ont encore écouté Pierre. "Je m'en vais pêcher !" et ils ont ré­pondu : "Nous venons avec toi !". Malgré le renie­ment de Pierre, malgré l'infidélité caractéristique de cet apôtre, il est resté le premier d'entre eux et il continue à exercer son autorité sur les autres qui le suivent et qui disent : "Montons dans la barque" cette barque toujours symbole de l'entreprise qui deviendra l'Église, mais qui pour l'instant n'est que ce petit noyau suscité, aimé, réuni, rassemblé par Jésus. Mais une entreprise sans le Christ est vaine. Une Église sans ses sacrements, sans la présence de Jésus, Res­suscité est vaine. Ils ne prennent rien et ils peinent toute la nuit.

Alors sur le rivage, sur ce qui est solide, comme à l'horizon des choses qui surgissent à l'aurore et viennent éclairer l'ensemble de la scène, quelqu'un est là. Ce quelqu'un qui laisse comme des pointillés à travers tous les récits des apparitions. On le prend pour un jardinier, pour un voyageur et Il faut que les yeux se dessillent, s'ouvrent pour qu'on traverse cette première illusion et qu'on découvre qui Il est réelle­ment. "Qui es-Tu ?" Première question qui répond au nombre de fois où Jésus avait dit : "Je suis !" reprenant le mot même du Père qui est Celui qui est. Et l'ultime question de l'homme, à la fin de l'évangile est : "Qui es-Tu ?"

Sur ce rivage Jésus apparaît comme un homme et les apôtres hésitent encore. Ils sont dans la barque espérant retrouver la force qu'Ils avaient connue en sa présence. Aucune fécondité, aucune efficacité, rien, une nuit noire, aucun poisson. Les filet n'ont rien pris. Or il suffit qu'ils le reconnaissent sur le bord du rivage. Pierre qui était nu, nu par son reniement, nu par le péché, nu parce qu'il n'avait pas encore revêtu le vêtement de l'Esprit, Pierre reprend la figure que le Christ a voulue pour lui, qu'il soit ce roc de l'Église, il reprend son vêtement et se jette à l'eau, se jette dans la vie, dans cette eau symbole de vie et de mort, afin d'en faire réellement une eau de vie. Il se jette à l'eau avec le vêtement de ressuscité qui est le sien, car Il vient de reconnaître le Christ et veut le rejoindre. Nous avons nous-mêmes à nous revêtir d'un nouveau vêtement de ressuscité pour nous jeter dans le monde afin que, par le monde, nous puissions re­joindre le Christ qui est sur le rivage et qui nous at­tend.

Et aux pieds de Jésus, un feu de braise. Com­bien de feux éclairent toute l'histoire biblique, en pas­sant par le premier et le plus beau, le buisson ardent. Un feu qui vient brûler au milieu de vous et qui ne consume pas. Et que brûlera ce feu ? Un poisson. Ce poisson qui sera le symbole des chrétiens qui se ras­semblent et qui est inscrit sur les murs des catacom­bes. C'est aussi le Christ consumé pour nos péchés. Et ce buisson ardent révèle non seulement le nom de Dieu mais l'Incarnation de Dieu offert en sacrifice pour nous, comme ce poisson consumé, brûlé et par­tagé en communion, ce que nous allons faire dans quelques instants, dans le feu même de l'amour de Dieu nous offrant son corps et son sans livrés pour chacun de nous.

Enfin, ils atteignent la terre, la terre promise. Ils sont aux portes du Royaume, ils ont touché le Christ, ils le voient. Déjà le Royaume nouveau se fait plus intense puisqu'on touche la présence de Dieu. Le Royaume s'avance vers nous comme un rivage.

Et Jésus partage le repas de tous ces gros poissons, 153. Jésus invite chacun de nous à venir déjeuner. Qu'y a-t-Il de plus étonnant que ce repas, pris presque en silence, si solennel et si fort en amour, ce repas entre Jésus et ses apôtres sur le bord du Royaume de Dieu ? Et personne n'osait lui demander : "Qui es-Tu ?" car ils avaient reconnu le Seigneur Ressuscité.

 

 

AMEN

 

 
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